L’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) qui milite pour une légalisation de l’euthanasie active en France a ouvert ce débat sensible à Monaco le 13 février à la salle du Canton.
Légaliser ou non l’euthanasie. La question reste encore délicate dans de nombreux pays. Sans doute l’est-elle encore plus à Monaco où le catholicisme est religion d’Etat. Du côté des autorités monégasques, pas question évidemment de légiférer sur cette question. Encore moins de légaliser. Sur la fin de vie, le gouvernement prône le développement des soins palliatifs. L’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) — qui compte 1 500 adhérents dans les Alpes-Maritimes et une soixantaine à Monaco — a eu toutefois l’audace — malgré une faible audience — d’ouvrir ce débat sensible, le 13 février à la salle du Canton. « Il a fallu 30 années en France pour que l’euthanasie soit débattue au parlement. Il aura fallu des cas très médiatisés comme celui de Vincent Humbert, ce jeune tétraplégique que sa mère avait aidé à mourir en 2003, pour que l’opinion publique et les hommes politiques fassent évoluer leur point de vue sur la fin de vie pour ces patients atteints de maladies incurables. Les choses n’évoluent pas en un jour, surtout dans ce domaine, lance Jacques Desaunay, le délégué de l’ADMD dans les Alpes-Maritimes et à Monaco. En principauté, un représentant doit aussi s’engager sur ces questions. Si on n’en parle jamais, on avance jamais ! »
Euthanasie clandestine
Selon l’association, 20 000 euthanasies actives, et donc illégales, seraient pratiquées chaque année en France. Et à Monaco, qu’en est-il ? « Je pense que les médecins de Monaco ne sont pas différents des médecins des autres pays. Dans certains cas, leur conscience doit aussi leur dicter de soulager des personnes en trop grande souffrance, explique-t-il sans évoquer de cas concrets. Aucun médecin n’opère ce geste par compassion ou par intérêt. Il le fait par humanité. » Des médecins qui vivent souvent mal ce « droit de vie ou de mort » qu’ils peuvent exercer sur un malade. « Les médecins sont également phagocytés par le conseil de l’ordre. A la moindre plainte, ils risquent de perdre le droit d’exercer. Ils se retranchent donc vers le serment d’Hippocrate, rajoute Jacques Desaunay. Il y a aussi cette peur de se faire dénoncer par d’autres à l’hôpital. C’est pourquoi, on conseille à nos adhérents qui ont des proches en très grande souffrance de retourner chez eux. Il est beaucoup plus facile de s’arranger avec le médecin traitant, et d’abréger les souffrances à domicile. »
Débat politique
L’ADMD qui milite pour une légalisation de l’euthanasie active souhaite évidemment que l’injection mortelle soit médicalement assistée. « Car les doses à injecter varient selon les patients. Si ce ne sont pas les bonnes, le risque est que l’état de santé du patient empire gravement », rajoute ce délégué qui mène aussi ce combat pour éviter que des médecins se retrouvent devant les tribunaux. En France, le combat sera aussi politique. L’association compte bien alerter les futurs candidats à l’élection présidentielle sur ces questions. « En 2009, le groupe socialiste avait déposé au parlement une loi sur l’euthanasie. Tous les socialistes étaient pour. Tous les UMP étaient contre. Comment croire un avis aussi tranché ? Nous voulons que les politiques votent selon leur conscience et non selon les ordres d’un parti », rajoute le délégué. En tout cas, certaines personnes dans l’assistance espéraient bien que cette question soit politiquement débattue aussi à Monaco…


Sabrina Bonarrigo








