« R&E, locomotive d’une liste d’union nationale »

Par Milena Radoman

Mercredi 22 février 2012 | 14:36
Laurent Nouvion

Laurent Nouvion : « Je ne pense pas être bling bling. Le fait d’être élu au conseil national depuis 4 ans m’a fait évoluer et devenir plus humain. » © Photo Monaco Hebdo.

Campagne électorale acide, plan de relance à la Société des bains de mer, conditions du rachat de l’ASM-FC… Avant l’assemblée générale de Rassemblement & Enjeux, qui aura lieu le 15 février, son président Laurent Nouvion balaie l’actualité du moment.

Monaco Hebdo : Qu’attendez vous de votre prochaine assemblée générale, à moins d’un an des élections ?
Laurent Nouvion : Pour nous, cette AG est un rendez-vous important. C’est la quatrième année que Rassemblement & Enjeux, qui est une formation assez jeune, a été créé. On arrive à l’orée des 400 adhérents. C’était un objectif très musclé que nous dépasserons, je l’espère, en juin. Le 15 février, nous serons au moins 200. Parallèlement, nous avons mis en place des comités politiques thématiques, qui ont lieu toutes les trois semaines avec des personnalités civiles. Sur tous les sujets. On va accélérer le processus et démarrer en mars des réunions publiques thématiques mensuelles.

M.H. : L’UDM organise depuis quelques mois des cafés citoyens. R&E démarre ses comités politiques thématiques. Cette année les réunions publiques de campagne commencent bien plus tôt que lors des précédentes échéances électorales ?
L.N. : Il ne s’agit pas de se faire plaisir ou de se faire de la publicité mais d’obtenir des remontées d’informations. Nous voulons que les gens s’expriment et parlent en toute liberté des problèmes qu’ils rencontrent. Cela nous permet de constituer une base de données dans le cadre de la rédaction du projet politique qui sera finalisé et rendu public à l’automne.

M.H. : L’AG mettra en lumière certaines personnalités de votre future liste ?
L.N. : C’est trop tôt pour parler de la composition de notre liste qui sera présentée au mois d’octobre. Mais ce que je peux vous dire, c’est que R&E sera la locomotive de la future liste d’union nationale. Une liste pluraliste qui rassemblera de la partie gauche à la partie droite de l’hémicycle et qui intégrera des gens de l’ancienne majorité de 2003 et de celle d’avant 2003. Ce sera la seule liste ouverte, qui porte les ferments de l’unité nationale. Certes, il y a une campagne électorale et les listes en présence porteront des projets politiques différents. Mais on n’est pas à Monaco dans une situation où l’on peut porter sur la place publique une guerre civile. Ce serait complètement sclérosant. Compte tenu des difficultés que connaît Monaco et de la conjoncture économique actuelle, on doit se serrer les coudes.

M.H. : Sur 24 candidats, combien représenteraient les couleurs de R&E ?
L.N. : Ça m’est complètement égal. On n’est pas dans une logique de 2003 avec une proportion de candidats UP, Unam, PFM…

M.H. : Cette logique mathématique compte. Comme l’ont prouvé les difficultés qu’a connu votre liste en 2008 avec l’alliance entre Valeurs & Enjeux et le RPM… (2)
L.N. : La période électorale 2007-2008 a été un champ de mines, très difficile à gérer. Je me suis retrouvé moi-même en première ligne et j’ai beaucoup appris. Je me suis formé sur le tas. J’ai eu une opération à cœur ouvert, là tout de suite, comme ça. Alors en osant une métaphore médicale, le patient n’a peut-être pas été très bien opéré mais il a été sauvé…

M.H. : Votre AG est destinée à lancer certaines propositions du projet politique. Lesquelles ?
L.N. : On a une démarche simple : nous ne promettrons rien qui ne pourra être tenu. On a un principe de réalité.

M.H. : Un peu comme le socialiste François Hollande, candidat de « l’espérance lucide », qui déclare « ne comptez pas sur moi pour faire des promesses que je ne pourrai pas tenir » ?
L.N. : C’est peut-être Hollande qui a sorti la formule mais rappelez-vous que depuis 2007, j’ai toujours dit que nous n’avions rien à promettre. Il faut redonner confiance aux Monégasques. Nous allons bâtir un projet précis et crédible avec des propositions mais je rappelle aussi qu’il ne s’agit que de propositions. Il y a un gouvernement dans ce pays. Et c’est le gouvernement qui est chargé d’appliquer les priorités et la politique fixées par le prince. Si nous pouvons influer pour pouvoir faire appliquer nos propositions dans certains domaines, c’est notre devoir de le faire. Mais il ne faut pas se tromper. Il y a un certain nombre de choses que l’on ne pourra pas obtenir qui sont liées à la structure même des institutions, du pays et donc à notre stabilité.

M.H. : Lors de l’AG, vous interviendrez tout de même sur des sujets ciblés. Lesquels ?
L.N. : Nous avons un problème de politique de santé, sur la filière gérontologique. J’aurais par exemple aimé que le gouvernement nous présente véritablement des perspectives précises sur le transfert du Cap fleuri 1, du Cap 2 et sur l’ouverture du centre de gérontologie avec un calendrier précis. Mis à part les dérapages financiers hallucinants – le centre de gérontologie a coûté 50 % de plus au bas mot –, on n’est au courant de rien. Il y a de plus un problème avec la maison de retraite A Qietüdine qui est vide à 30 % alors qu’il devrait y avoir une liste d’attente… La Fondation Hector Otto cherche un certain nombre de bâtiments. Pourquoi n’y a t-il pas un échange avec A Qietüdine qui correspond parfaitement aux besoins d’Hector Otto ?

M.H. : Et pour optimiser les recettes ?
L.N. : Parlons par exemple du Yacht Club, qui est un produit d’appel exceptionnel signé Foster pour les gens à forte valeur ajoutée, les yachts au-delà de 50 mètres et leurs propriétaires… Il y a encore un dérapage financier sur le coût de cet ouvrage. J’ai une idée pour couvrir en grande partie ses frais de construction. Il était prévu initialement de concevoir un espace d’exposition de 1500 à 2000 m2 dans cet endroit qui est l’un des plus chers de Monaco et l’un des plus luxueux d’Europe. Or, il n’y a qu’à voir le yacht club pharaonique de notre concurrent direct, Porto Cervo en Sardaigne : il est vide ! Les propriétaires de bateaux déjeunent ou ont une réunion au yacht club. Mais ils n’ont pas besoin d’un hall d’exposition ! Ce sont donc autant de m2 vides et inexploités. Pourquoi ne pas transformer ces 1 500 à 2000 m2 en deux ou trois appartements roof de très grand standing, les pieds dans l’eau, et qui feraient l’objet d’un bail à longue durée, comme cela a été fait à la Belle Epoque ? Cela permettrait de proposer une offre immobilière à cette clientèle de super riches que le gouvernement se gargarise de séduire depuis un an ? On a essayé de me dissuader de faire cette proposition, mais je la ferai quand même. Car vous pouvez récupérer 50 à 100 millions d’euros sans aucun problème. On nous dit qu’il faut faire des économies et changer de culture. Voilà un exemple qui démontrerait que l’on change vraiment de culture !

M.H. : La majorité aussi revendique de proposer des opérations étatiques rentables…
L.N. : Parler d’opération rentable pour des investissements de l’Etat, c’est stupide. L’Etat n’a pas vocation, notamment dans le cadre des terrains délaissés, à ce que l’ensemble des équipements soient rentables. Il s’agit de logements sociaux, d’un lycée technique, d’un collège, etc. L’hôtel 3 étoiles et l’immeuble de bureaux projetés représentent seulement 4 à 5 % de la totalité de la superficie des délaissés. Et c’est là-dessus que nous proposons, sous réserve d’une loi de désaffectation, que ce soit l’entité qui s’occupe de l’hôtel 3 étoiles, qui construise cet établissement et qui paye un loyer à l’Etat. Le même principe doit être appliqué à l’immeuble de bureaux. Parler de rentabilité sur les opérations qu’engage l’Etat, c’est une absence totale de bon sens dans les finances publiques. L’Etat pouvait parler de rentabilité pour la construction du terre-plein de Fontvieille, puisqu’il a gardé 30 % des terrains publics contre 70 % affectés au privé.

M.H. : Certains investissements ont été largement financés par l’Etat via le fonds de réserve. Vous trouvez qu’il s’agit d’opérations rentables ?
L.N. : S’agissant de la Tour Odéon, selon les informations que nous avons aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup d’appartements qui ont été vendus sur plan, ce que je regrette. Comme je regrette les réactualisations de coût qui n’avaient pas été indiquées aux élus dès le départ. Tout cela au détriment de l’Etat qui paye la note au profit des promoteurs. Ce qui lui a coûté 15 millions de plus sur les 350 à 380 millions versés. Encore une fois, on ne peut que déplorer que cette opération soit passée par le truchement du fonds de réserve et non du budget national, lui permettant d’échapper au contrôle des élus. Ni vu ni connu.

M.H. : Quant à la ZAC ? On parle d’un Monoprix concurrent direct de Carrefour Monaco ?
L.N. : Sur la ZAC, on a un autre problème. Que l’Etat participe à l’opération à hauteur de 200 millions d’euros dans cette opération, pas de problème. Il y a des infrastructures qui désengorgent la partie Ouest de Monaco, des logements et des rentrées de loyers à terme. En revanche, il faut être extrêmement vigilant sur le futur centre commercial qui y sera ouvert. Le gouvernement passe son temps à faire des études qui coûtent cher et qui ne servent pas à grand-chose. Il en a fait une sur l’offre commerciale et doit donc connaître l’offre que doit proposer la ZAC Saint-Antoine pour qu’elle ne soit pas cannibale par rapport à ce que Monaco propose à 300 m, à Fontvieille. En ce qui nous concerne, nous demandons à ce que l’activité commerciale proposée soit complémentaire et non concurrente. On peut tout faire quand on a du courage politique.

M.H. : Vous parlez d’un coût démesuré des études. Quel est-il ?
L.N. : J’ai été le seul depuis 3 ans à avoir demandé les coûts directs et indirects de l’ensemble des études hors équipement et grands travaux. J’ai posé la question à 3 conseillers de gouvernements pour les finances qui se sont succédés et je n’ai toujours pas eu de réponse… Mais ce qui est certain, c’est que là aussi, en matière de culture d’économie, il y a un souci. Au lieu de passer son temps à aller chercher des experts à Paris ou ailleurs, le gouvernement devrait faire appel à ceux qui sont à Monaco et qui coûtent 0 euro, 0 centime. Ce sont les élus des deux chambres, mairie et conseil national.

M.H. : D’ici la fin février, la Société des bains de mer annoncera son plan de relance. Votre position ?
L.N. : Sur la SBM, on est dans une période de paix armée. Je suis très étonné que la direction de la SBM ne respecte pas les délais annoncés pour l’annonce du plan de relance. Ils nous avaient dit première quinzaine de janvier, on est début février. Et l’annonce devrait être repoussée à la mi février. Dans une période qui est déjà très tendue socialement, cela ne conforte pas un climat de confiance.

M.H. : Vous aviez proposé une réunion quadripartite direction/syndicats/gouvernement/parlement. Quel écho a eu votre proposition ?
L.N. : Sur cette réunion avec l’ensemble des acteurs, obéissant à la formule papale selon laquelle on reste le temps qu’il faudra pour sortir avec un compromis minimum avec tout le monde, le gouvernement nous a opposés une fin de non recevoir. Cette réponse n’augure pas de très bonnes choses pour la suite…

M.H. : Vos réserves sur les conditions de rachat de l’ASM ont amené une mini-polémique avec l’UDM et une réaction de l’administrateur de l’ASM et de la SBM Willy de Bruyn dans nos colonnes…
L.N. : Je n’ai jamais cité nommément M. de Bruyn. M. de Bruyn a jugé bon en son âme et conscience de vous répondre et de donner certaines informations.

M.H. : Pour vous il y a eu conflit d’intérêt ?
L.N. : Si j’ai été le seul sur l’échiquier politique à dénoncer les conditions de cette opération, en ce qui concerne les intérêts de la SBM, c’est que manifestement je considérais qu’il y a eu des dysfonctionnements. Je n’ai pas à m’occuper du fonctionnement du conseil d’administration de la SBM ou des conflits d’intérêt internes, ce n’est pas mon affaire. En revanche, je suis concerné, en tant que membre de la commission de placement des fonds, des intérêts de la SBM. Je rappelle que la SBM est venue nous demander notre agrément pour prendre une participation au capital de MSP, structure qui contrôlait l’ASM Football Club. Ce qui, contrairement à ce que raconte l’UDM, qui n’a rien compris dans cette affaire, n’a rien à voir avec les 26 à 27 millions d’euros de redevance versés sur 4 années. L’abandon de la participation de la SBM pour un euro reste pour moi anormal. La SBM devait récupérer une partie de son investissement voire pourquoi pas reverser cette somme à son fonds social ? Dans la période actuelle, cela aurait arrangé tout le monde et bien disposé les esprits en vue des futures négociations. Je trouve cela dommage. C’est un acte manqué.

M.H. : La guerre des petites phrases a démarré. Le journal de l’UDM a d’ailleurs publié une caricature de vous. Le ton se corse ?
L.N. : Je n’ai aucun commentaire sur le dessin lui-même, je regrette juste qu’il ne soit pas signé. En revanche, j’ai trois remarques. La première c’est que face à la progression constante de R&E, la majorité déclinante a ressenti le besoin de me caricaturer, comme elle le fait d’ailleurs pour nos propositions. Deuxièmement, je ne suis pas sûr que ce soit astucieux car ils me font de la publicité. Troisièmement, les Monégasques jugeront dans les urnes dans moins d’un an.

M.H. : L’UDM essaie de surfer sur une comparaison avec le côté bling bling de Sarkozy ?
L.N. : Posez-leur la question. La majorité essaie surtout de nous enfermer dans un climat déplacé de lutte des classes. Or en principauté, tout le monde s’en fout, chacun fait ce qu’il veut, chacun a sa vie et ses problèmes. A Monaco, on n’a pas les moyens de singer la France. Nous ne sommes pas là pour développer des idéologies entre 2 mouvements politiques parce que 80 % de choses nous rassemblent entre le respect de la famille princière, la défense de nos institutions et de nos spécificités.
Je ne pense pas être bling bling. Je suis bien dans mes baskets, très serein par rapport à mon évolution personnelle. Cette démarche de chose publique et le fait d’être élu au conseil national depuis 4 ans m’a fait évoluer et devenir plus humain. J’ai toujours été très humain mais j’avais une carapace personnelle d’éducation et de principes, qui me donnait un aspect extérieur un peu froid et distant. C’était peut-être aussi de la protection…

M.H. : Vous pensez que la campagne sera dure ? Vous l’appréhendez ?
L.N. : Ce ne sera pas une campagne de gentlemen. Mais de mon côté, je ne répondrai jamais aux attaques déplacées et personnelles. Nous répondrons uniquement par des propositions et une volonté d’unité nationale pour éviter la guerre civile.

M.H. : Le Tout-Monaco bruisse d’un rapprochement avec votre ancien adversaire politique – que vous n’avez pas ménagé dans le passé – et conseiller de gouvernement Stéphane Valeri ?
L.N. : Le temps passe, la vie passe et on ne passe pas son temps à se quereller… Je n’ai pas toujours été d’accord avec lui, c’est un animal politique et un ancien adversaire, ça laisse des traces. Je n’enlève pas un mot à ce que j’ai dit lorsqu’il était président du conseil national. En revanche, depuis qu’il est au gouvernement, vous ne m’avez pas entendu dire quoi que ce soit sur lui.

M.H. : Pas de pacte donc ?
L.N. : C’est un membre du gouvernement comme les 4 autres. Ce n’est pas ma lecture des institutions qu’un candidat aux élections nationales, leader de l’opposition ou de la majorité, passe des pactes. Nous sommes des gens adultes, qu’il y ait un dialogue qui s’installe pour le bien du pays, c’est normal.

(1) L’AG se déroulera le 15 février à 19h au Novotel.
(2) La finalisation de la liste de Rassemblement & Enjeux pour Monaco, fusion de V&E et du RPM, avait fait l’objet d’âpres négociations et impliqué, dans la dernière ligne droite, le retrait de candidats du Parti monégasque.

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