Inculpé pour avoir agressé un conseiller

Par Milena Radoman

Mercredi 22 février 2012 | 14:32

Ministere d'Etat

© Photo Christophe Giraudeau / Monaco Hebdo.

Pour la première fois, un Monégasque est mis en examen pour violences et outrages sur un membre du gouvernement.

L’« affaire » aurait pu passer inaperçue. Signe des temps et de l’influence des réseaux sociaux, c’est la page Facebook du parti majoritaire au conseil national, l’Union des Monégasques, qui a donné l’alerte. Le 1er février, un message, aujourd’hui retiré, dénonçait « l’agression » dont avait été victime un membre du gouvernement. Le lendemain, un communiqué officiel enfonçait le clou : « Le Ministre d’Etat vient d’être informé de l’inculpation d’une personne notamment pour outrage et violences sur un conseiller de gouvernement. Le Ministre d’Etat et chacun des conseillers tiennent à cette occasion à exprimer toute leur sympathie et leur solidarité à M. Marco Piccinini. »
Pourquoi de tels messages de soutien ? Le 31 janvier vers 13 heures, devant le ministère d’Etat, Marco Piccinini croise le chemin du restaurateur de La Spiaggia Eric Chauvet-Médecin, venu au siège du gouvernement pour déposer des documents. Selon l’accusation, c’est alors que le Monégasque aurait insulté le conseiller pour les finances, l’aurait agrippé par le bras puis donné un coup de pied à la cheville. Le tout non loin des policiers en faction devant le ministère d’Etat. Ont-ils vu la scène ? En tout cas, ces agents, qui certes opéraient le changement d’équipe à ce moment-là, ont laissé Eric Chauvet rentrer chez lui. Ce n’est qu’une heure après que la Sûreté l’a convoqué. Au commissariat, il entamera sa garde à vue (décalée pour des raisons médicales) avant d’être déféré devant le parquet. Le restaurateur est ensuite inculpé et placé sous contrôle judiciaire. « Il paraît vouloir faire sa propre justice, ce qui n’est pas acceptable », lance le procureur général Jean-Pierre Dréno pour expliquer le comportement présumé de l’accusé. Le parquet poursuit en effet Eric Chauvet pour d’autres chefs d’inculpation : harcèlement, menaces et tentative d’extorsion sur la personne de Bernard Lambert, ancien directeur général de la Société des bains de mer. Mais ce n’est pas tout. Le restaurateur est également accusé de violences sur un agent de la sécurité de la SBM qu’il aurait frappé le 24 janvier, après s’être introduit lors du conseil d’administration de la SBM.

Une histoire de terrain
S’il assume son âme de justicier, Eric Chauvet, qui s’est déjà fait remarquer pour son caractère sanguin, réfute les faits qui lui sont reprochés. Le Monégasque indique « ne pas avoir haussé le ton ni violenté le conseiller Piccinini ». Son avocat Me Michel ajoutant que « les policiers témoins de la scène ne corroborent pas la thèse de l’accusation et disent ne pas avoir vu de violences. » Pour Chauvet, qui crie au complot, toute cette affaire serait liée au fait qu’il ait porté plainte pour escroquerie contre la SBM dans le cadre d’un litige immobilier dont les prémisses remontent à 2008. Une plainte où il invoque un accord verbal avec Marco Piccinini et Bernard Lambert, alors respectivement administrateur et directeur général de la SBM. Toujours selon Chauvet, les dirigeants de la SBM lui auraient en effet promis une parcelle de terrain de 250 m2 à Roquebrune qui lui aurait permis de construire « une villa pour sa famille, le rêve de sa vie » (1). Depuis 2008, comme sœur Anne, ne voyant rien venir et se heurtant à des « portes closes », le quinquagénaire aurait passé récemment la vitesse supérieure. Arrosant ces dernières semaines les autorités de courriers et d’enregistrements d’écoutes téléphoniques pour étayer ses accusations. Multipliant les visites intempestives dans les bureaux administratifs de la SBM mais également au domicile de Bernard Lambert, ce dernier ayant quitté ses fonctions de DG en novembre dernier. Eric Chauvet admet également avoir envoyé des sms, qu’il qualifie de « courtois », à la fille de Bernard Lambert, afin qu’elle intercède en sa faveur. Des procédés qui auraient conduit à la plainte pour harcèlement.

Harcèlement et violences avec ITT
Le 24 janvier, informé de la tenue du conseil d’administration de la SBM, en présence du gouvernement, à l’hôtel de Paris, Eric Chauvet-Médecin débarque dans le salon réservé. Le ton montant, un vigile (seul) arrive. Tente de ceinturer Chauvet. Le restaurateur soutient que sa fille — qui l’a accompagné — ayant été touchée, une gifle est partie, « sans être franchement portée ». Quoi qu’il en soit, selon des sources concordantes, le vigile s’évanouira quelques minutes après, nécessitant, selon l’accusation, une hospitalisation, un certificat médical attestant, lui, de quelques jours d’incapacité de travail. Au final, seul André Muhlberger, le directeur de la Sûreté, venu en renfort quelques minutes plus tard, convaincra Eric Chauvet de sortir de l’Hôtel de Paris. Libre.
La suite, on la connaît… Une semaine après, c’est devant le ministère d’Etat que la rencontre avec Marco Piccinini aura lieu. Un conseiller qui n’a pas souhaité commenter cette affaire. Tout comme la Société des bains de mer. Jean-Louis Masurel se contentant de déclarer que « cette affaire ancienne, qui n’a pu se résoudre, à notre grand regret, de façon amiable, est aujourd’hui entre les mains de la justice. »
C’est donc désormais au juge d’instruction, qui devrait demander une expertise psychologique du restaurateur, de faire la lumière sur ce dossier. Seule certitude, pénalement, les violences et outrages sur conseiller de gouvernement sont sévèrement réprimées par le code pénal (3 mois à un an de prison pour les outrages et un an à 5 ans pour les violences). Mais si Eric Chauvet-Médecin dénonce une justice à « deux poids deux mesures », le procureur, lui, assure que la plainte du Monégasque pour escroquerie sera instruite comme les autres. Le magistrat aurait d’ailleurs le dossier à portée de main sur son bureau.

(1) Il s’agirait d’un bout du terrain, accolé au Monte-Carlo Country Club, initialement convoité par Eric Chauvet mais finalement acquis par la SBM lors d’une vente aux enchères, destiné notamment à accueillir une nouvelle entrée du MCCC et du tournoi de tennis.

Post to Twitter Post to Digg Post to Facebook Post to Reddit Post to StumbleUpon

R&E : en passant par le Rocher

Rassemblement & Enjeux a organisé sa troisième réunion de quartier sur le Rocher, le 10 mai dernier au Club bouliste de Monaco.
Le port Hercule en arrière-plan et le futur conseil national en voie d’achèvement sur le trottoir d’en face, Laurent Nouvion, leader du parti Rassemblement & Enjeux et lui-même résident du Rocher, « jouait » à domicile, le [...]

Actualité 24 mai 2012

Hôpital : un nouveau syndicat indépendant

Le Syndicat hospitalier autonome de Monaco, fondé en février dernier, est devenu la troisième organisation syndicale au CHPG. Un mois plus tard, il remportait ses premières élections.
Début 2012, un coup de tonnerre éclate dans le milieu du syndicalisme hospitalier monégasque. Le syndicat des agents hospitaliers (SAH), alors majoritaire et affilié à l’Union des syndicats de [...]

Actualité 24 mai 2012