«?La Principauté a un rôle à jouer?»

La Rédaction
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Michel Rocard

L'ancien premier ministre a atteint le pôle Sud, le 21 janvier. L'octogénaire s'était rendu au pôle Nord le 18 avril 2011. © Photo Monaco Hebdo.

Invité par la Fondation Prince Pierre, Michel Rocard, ambassadeur de la France pour les régions polaires, a défendu, le 6 février, la nécessité d’une coopération internationale.

Propos recueillis par Romain Chardan.

Monaco Hebdo?: Quelles sont les menaces qui pèsent sur l’océan Arctique??
Michel Rocard?: La première menace est avant toute chose le réchauffement climatique et l’élévation du niveau des eaux. Malheureusement, on ne peut pas combattre ce phénomène directement. Nous pouvons cependant essayer de contrôler l’émission des gaz à effets de serre. Une législation est en place, mais cela ne fonctionne pas très bien. Le second problème est lié à la biodiversité. La menace de modification des conditions de vie de la faune est importante. Les espèces les plus concernées sont les phoques et surtout les ours blancs, bien moins nombreux.

M.H.?: Pourquoi la coopération internationale est-elle si importante sur cet espace??
M.R.?: Il est nécessaire d’établir des règles qui profitent à tout le monde. On peut aujourd’hui naviguer sur l’océan Arctique, mais cela reste dangereux. Aucun pays frontalier de cet espace ne peut couvrir seul d’éventuelles opérations de sauvetage lors d’un accident, par exemple. Mais ils sont tous décidés à préserver leur souveraineté nationale. Il y a une grande réserve en termes de pétrole et de gaz d’hydrocarbure. C’est ce qui les motive à rester dans cette voie.

M.H.?: Quelle est la situation de l’Antarctique actuellement??
M.R.?: C’est un continent, avec environ 65-70 bases sur place. Cet espace est géré par le traité de l’Antarctique, qui date de la Guerre Froide. La zone a alors été démilitarisée, et toutes les revendications territoriales ont été gelées. Trois protocoles ont été mis en place. Le dernier a reconnu ce continent comme terre de science et réserve naturelle. Le problème qui se pose là-bas, c’est que la fonte des eaux est plus compliquée qu’en Arctique. Sous la glace, il y a de la terre, le niveau des eaux augmente, ce qui peut être très dangereux. Mais tant qu’on respecte les protocoles et le traité, on préserve un maximum cet espace.

M.H.?: La Principauté peut-elle jouer un rôle dans la coopération internationale à ce niveau-là??
M.R.?: Je pense que oui. Monaco est un Etat indépendant, qui peut signer des traités. Le prince est un grand sportif et un écologiste passionné des affaires polaires. Nous ne sommes tout de même que deux hommes du monde politique à avoir foulé le sol des deux pôles (rires). Il pourrait surtout prendre la parole lors d’une réunion de chefs d’Etat afin de défendre cette idée. La Principauté a une autorité scientifique à ce niveau.

M.H.?: Ecologiquement parlant, le programme de François Hollande correspond-il à la réalité??
M.R.?: Il y a beaucoup de choses utiles et intelligentes dans le programme du PS. Mais les combats écologiques ont d’abord une dimension internationale. Il est difficile pour un candidat unique des les inclure dans un programme personnel. J’espère tout de même l’entendre annoncer qu’il reprendra ce combat. Malheureusement, il y a des problèmes techniques, qui font que ces idées ne sont pas alignées avec le budget ni la crise financière.

M.H.?: Quelle sera la priorité du futur président selon vous??
M.R.?: Je soutiens naturellement François Hollande, mais pour lui comme pour un autre, il faudra avant tout prévenir les Français que la plus grave menace reste une explosion financière internationale. Cela risque d’ailleurs de nous entraîner en récession et de casser nos espoirs de croissance. Il faut combattre ça.

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