Les ados se verraient de plus en plus refouler à l’entrée des établissements nocturnes. Les patrons de bars affichent un discours plus ferme.
«On ne sert pas d’alcool aux mineurs. » Depuis plusieurs mois, la très populaire Brasserie de Monaco située sur la Darse sud a décidé d’afficher dès l’entrée de son établissement cet écriteau. Un message concis et clair. Histoire de faire comprendre aux ados tentés par quelque alcool fort et autre premix qu’ils doivent passer leur chemin… Une pancarte qui n’a pas été postée là par hasard. Le manager de l’établissement, Gilles Goggia, a comparu il y a quelques mois devant le tribunal correctionnel pour vente d’alcool aux mineurs. Il a écopé d’une amende de 250 euros, mais a bénéficié de l’amnistie princière. « Il s’agissait d’un accrochage entre jeunes. Ils ont été sortis de l’établissement et livrés à la police. L’un d’entre-eux dans la bande était mineur, j’ai donc été convoqué devant le tribunal », explique le manager. Au-delà de ce message écrit aux vertus dissuasives, le manager l’assure. Les contrôles ont été intensifiés. Toutes les pièces d’identité sont passées au crible dès qu’il y a un doute sur la majorité du client. « Depuis que l’on demande les cartes d’identité en permanence, notre clientèle a d’ailleurs vieilli », souligne-t-il. Avant de concéder que « comme dans tous les établissements de Monaco, il y avait des mineurs qui buvaient de l’alcool. Mais on ne veut plus risquer une condamnation ou pire une fermeture. C’est trop dangereux, on a une quarantaine de salariés à faire vivre et une réputation à tenir. S’ils ne sont pas accompagnés du père ou de la mère, les mineurs ne rentrent pas. Et lorsque par exemple, dans un groupe de 10, l’un d’entre-eux est mineur, je refuse tout le groupe. » Pas un simple discours. Les lycéens de la Principauté interrogés affirment de manière quasi unanime ce durcissement. « C’était assez facile de rentrer à la Brasserie. Aujourd’hui, on se fait tout le temps refouler à l’entrée. Les contrôles d’identité sont quasi systématiques. Et dans les autres établissements, on ne tente même pas, puisqu’on sait déjà qu’on arrivera pas à rentrer », expliquent plusieurs élèves de 1ère du lycée Albert 1er.
Policiers en civil
La sûreté publique continue, elle, de veiller au grain. Des policiers en civil font régulièrement “ la tournée des bars ” pour vérifier que la réglementation est bel et bien respectée. Tandis que la police maritime rode régulièrement autour des établissements. « La direction de la sûreté publique procède de manière quasi hebdomadaire à des contrôles dans les établissements publics, notamment ceux de la Darse sud qui attirent une clientèle jeune. Ces contrôles ont deux objectifs : rappeler la réglementation en vigueur qui interdit la vente d’alcool aux mineurs, et rappeler cette réglementation aux responsables des commerces », explique le conseiller de gouvernement à l’intérieur, Paul Masseron. Dans les autres bars situés sur la Darse sud, les gérants martèlent également le même refrain. Les mineurs sont priés d’aller voir ailleurs… « A l’origine, le Zest était un restaurant. L’établissement s’est peu à peu transformé en bar de nuit, plus festif. On a donc vu de plus en plus de jeunes se présenter. Depuis l’été dernier, nous avons donc engagés deux personnes qui contrôlent les cartes d’identité à l’entrée. Le restaurant est ouvert aux mineurs seuls et aux parents avec des mineurs jusqu’à 23h30. Après 23h30, les mineurs qui sont au restaurant sont priés de sortir. Et pour tous les clients qui veulent aller au bar, s’ils n’ont pas 18 ans, ils ne rentrent pas », affirme Jean-Luc Hérouard, le gérant du Zest. Autre bar très populaire de la Principauté : le Before. « Très peu de mineurs se présentent à notre bar, car nous avons la réputation d’accueillir une clientèle beaucoup plus mûre. Plutôt âgée entre 25 et 35 ans », affirme l’un des gérants Fred Bouazis. Quant au Ni club, le directeur Richard Maria se revendique même comme « l’une des seules discothèques qui n’accepte pas les mineurs. Si dans un groupe de jeunes d’une vingtaine d’années, un parmi eux n’a que 17 ans, tout le groupe ne rentre pas. Nous avons réellement une identité de discothèque pour adultes. »
Fausses cartes d’identité ?
Difficile pour autant dans certains établissement qui accueillent le samedi soir entre 500 et 800 personnes d’assurer un filtrage de tous les mineurs… D’autant que « tous les week-ends, nous avons des jeunes qui amènent des fausses cartes d’identité. Soit il s’agit de la carte d’identité de la sœur qui est majeure, soit il s’agit carrément de faux papiers », témoigne un patron d’établissement. Interrogée sur ce point, la sûreté publique affirme pourtant « qu’aucune infraction de cette nature n’a été signalée à la direction de la sûreté publique, ni mise en évidence ou constatée par les services de police. » Avant de préciser : « Une seule fois au cours du mois d’août 2011, un jeune mineur de nationalité française, non résident en principauté, a été interpellé sur la voie publique en état d’ébriété manifeste et a été trouvé en possession d’une carte nationale d’identité au nom d’un tiers, majeur. Il ne s’agissait pas d’une fausse carte d’identité, mais d’une carte déclarée perdue. Rien n’a permis d’établir que le mineur avait présenté cette carte d’identité pour pénétrer dans un établissement de nuit. Ce cas demeurant isolé. Il est hasardeux de considérer qu’il s’agit là d’une pratique avérée. »
Une vingtaine d’ivresses aiguës au CHPG
Refoulés dans les bars de Monaco, les lycéens interrogés affirment donc consommer à domicile. Chez les copains. « On se débrouille toujours pour trouver un ami qui a 18 ans et qui achète de l’alcool à Carrefour », témoignent plusieurs élèves de Terminal du lycée Albert 1er. Des soirées durant lesquelles, les consommations excessives, communément appelées « binge drinking » — qui consistent à boire un maximum en un minimum de temps — sont légions. « Les services de police apparaissent quelque peu démunis face au phénomène d’alcoolisation, parfois aggravée, de mineurs se produisant dans le cadre du domicile. L’attention des parents doit être attirée sur la responsabilité première qui est la leur en la matière », explique d’ailleurs sur ce point le conseiller Paul Masseron. A noter qu’au CHPG, 21 mineurs ont été hospitalisés en 2 011 dans un état de coma éthylique ou d’ivresse aiguë. (Voir interview du docteur Goldbroch page 20). « Compte tenu des faibles effectifs, l’histogramme montre une importante variabilité de l’âge : 17 ans prédomine, même si dès 14 ans, les effectifs sont importants. Des cas dès 12 et 13 ans, sont également observés », précise enfin l’hôpital monégasque.


Sabrina Bonarrigo








