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L’ASM vendue
pour un euro symbolique

Par Milena Radoman

Jeudi 12 janvier 2012 | 06:44
euro

© Photo DR

Les conditions de rachat du club de football monégasque commencent à soulever les interrogations des conseillers nationaux.

Le 23 décembre, le communiqué officiel de l’AS Monaco, annonçant la prise de contrôle du club, à hauteur de 66,67 %, par la société Monaco Sport Invest (MSI) de Dmitry Rybolovlev, avait passé sous silence les conditions financières du rachat de l’ASM. Se bornant à indiquer que « MSI s’est engagée à investir au moins 100 millions d’euros au cours des quatre prochaines années. Ce montant constituant un minimum garanti et au besoin, il peut être augmenté. »
Depuis cette annonce officielle, plus rien. Mais certaines voix se demandent aujourd’hui à quelle sauce les anciens actionnaires se sont fait manger. A l’instar du mouvement politique Rassemblement & Enjeux qui, lors de ses vœux à la presse le 9 janvier, s’est montré soucieux des intérêts de la Société des bains de mer, laquelle possédait 40 % de l’ancien actionnaire (Monaco Sport Partenaires) et avait investi près de 11 millions d’euros dans l’ASM. Pour mémoire, en 2009, la société anonyme monégasque MSP, au capital de 150 000 euros, avait en effet succédé à Monaco Football Investissement (MFI) au poste d’actionnaire principal avec 51 % des parts du club.

« Le gouvernement ne nous a pas informés »
« Nous nous demandons si les intérêts de la SBM ont été protégés et nous espérons que l’Etat s’est assuré que ce monopole reprenne ses billes », a ainsi déclaré Laurent Nouvion, qui demande que la commission de placement des fonds se réunisse sur ce sujet et a déjà écrit au conseiller pour les finances Marco Piccinini en ce sens. Car les conseillers nationaux ont été tenus à l’écart de la négociation. « Le gouvernement ne nous a pas informés. Ce n’est pas correct alors que nous sommes concernés par les intérêts de la SBM. Il y a des sous engagés. Que deviennent-ils ? A quelle condition la structure a été rachetée ? » « Cela aurait pu être à un euro symbolique », plaisante Alain Ficini, vice-président de R&E.
Une boutade qui pourrait fort bien ressembler à la réalité. Selon une source très proche du dossier, l’assemblée générale du 23 décembre, portant sur le devenir de l’ASM, a été fort houleuse. Et pour cause : les anciens actionnaires de MSP — soit la SBM (40 %), famille Marzocco (20 %), Patrice Pastor (20 %) et les amis du club (20 %) —, ont dû tirer un trait sur les sommes qu’ils avaient investies en 2009 pour sauver le club. Au moment même où la Société des bains de mer traverse une passe difficile, on peut légitimement douter de l’opportunité pour cette société d’effacer une ardoise de 11 millions d’euros… Pour un ancien administrateur de MSP, cette situation n’a rien d’exceptionnel dans le monde du football-business : « Dans ce milieu, le retour sur investissement est très aléatoire. Quand un club est endetté, il ne vaut pas un centime. Sauf miracle, un investisseur ne peut alors pas se voir rembourser ses fonds à court terme. »
Interrogée, la SBM, elle, n’a pas démenti cette information. Aux questions « la SBM a-t-elle avalisé le 23 décembre la cession de ses parts pour une valeur globale de 1 euro symbolique ? » et « Pourquoi la SBM a-t-elle abandonné ses 11 millions d’euros investis initialement dans l’ASM ? », nous avons reçu une réponse écrite éclairante : « Prenant en considération l’intérêt pour la Principauté de Monaco que l’avenir de l’ASM soit assuré, le conseil d’administration de la SBM a décidé de ne pas s’opposer à la transaction envisagée tout en demandant, par écrit, aux dirigeants de MSP de négocier au mieux les intérêts des actionnaires. » Soit.

Strasbourg vendu 1 euro
Reste que l’ASM n’est pas le seul club qui aurait été racheté pour un euro symbolique. Si la situation n’est pas franchement comparable, on se souvient qu’en juillet 2011, un Alsacien de 32 ans, Thomas Fritz, propriétaire de la holding de contrôle du RC Strasbourg, avait racheté le club strasbourgeois pour une telle somme. Avant de jeter l’éponge : la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG) avait en effet confirmé la rétrogradation en niveau amateur (CFA) du RCS, au bord du gouffre financier. Le RCS accusait un déficit de 4 millions d’euros sur l’exercice 2010-2011, comblé par l’abandon des comptes courant des actionnaires, et un passif de 20 millions d’euros. Le jeune homme souhaitait alors « mettre en place une structure coopérative d’intérêt collectif avec un objectif non lucratif », avait-il déclaré au quotidien Dernières Nouvelles d’Alsace. Un montage pour le coup impensable pour l’AS Monaco si l’on fait le compte des supporters, de plus en plus épars, au stade Louis II…

R&E demande à la SBM de la jouer collectif
Lors de leurs vœux à la presse, les représentants de R&E, auxquels s’était joint l’indépendant Christophe Spiliotis-Saquet, ont lancé une proposition à la SBM. Que le plan de relance de la société soit présenté en présence de toutes les parties concernées : à savoir, pour la SBM, syndicats et direction, et pour l’Etat, actionnaire majoritaire de l’entreprise, gouvernement et conseil national. En clair, l’idée est que tous les protagonistes soient assis à la même table, afin d’éviter que les uns ou les autres tiennent des versions radicalement différentes et en finir une bonne fois pour toutes avec les rumeurs qui impactent inévitablement le dialogue social au sein de la société. Avec la menace récurrente d’un énième mouvement de grève qui pourrait contaminer les autres secteurs d’activité selon les élus R&E. « Quand on voit la direction de la SBM ou les représentants syndicaux, c’est tout blanc ou tout noir. La désinformation est énorme. On nous raconte que la cure d’amaigrissement de la direction est faite. C’est faux ! Les placards dorés sont toujours là », dénonce Christophe Spiliotis-Saquet. Pour prendre les décisions les plus justes possibles, la SBM doit donc, comme au football, la jouer collectif… Reste à savoir si cette proposition séduira sa direction aussi bien que le gouvernement…

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