Si Monaco a échappé en 2011 au marasme ambiant, personne ne sait encore ce qui nous attend en 2012. Dans un contexte de craintes de récession dans le pays voisin et un climat de campagne électorale.
Par Milena Radoman.
Après un cru 2011 qualifié par beaucoup d’annus horribilis, il est aujourd’hui impossible de pronostiquer ce que nous réserve 2012 au plan international et européen. Plus que jamais, se livrer à des prévisions économiques et budgétaires relève du casse-tête. La preuve ? Les prévisions des observateurs font les montagnes russes, des plus optimistes aux plus alarmistes. Pour la zone euro, la priorité est évidente. Il s’agit de retrouver la confiance des investisseurs pour en finir avec la crise des marchés qui paralyse et asphyxie de nombreux Etats endettés, aujourd’hui bien en peine pour emprunter. La mise en place à l’été 2012 du Mécanisme européen de stabilité devrait permettre d’apporter un bol d’air impérieux. Du moins on l’espère. Tout cela sous l’œil attentif – c’est un euphémisme – des marchés. Reste que la crainte de la récession dans la zone euro persiste surtout si l’on regarde les estimations de l’Institut de la finance internationale (IIF). Avec d’éventuelles victimes collatérales comme les Etats-Unis, en pleine année électorale. Pour l’Insee (Institut national de la conjoncture et des études économiques), c’est bien simple : une brève récession devrait toucher la France au premier trimestre 2012, la reprise n’étant attendue qu’en avril-juin.
Monaco sans dette
C’est dans ce contexte morose que la Principauté devra évoluer et maintenir le cap. Persister à faire figure d’exception en tant qu’Etat sans dette. « Notre budget est quasiment à l’équilibre, et, surtout, les recettes ont augmenté de 8,59 % entre novembre 2010 et novembre 2011. Selon une estimation du conseil national, si cette tendance continue, notre prochain budget sera à l’équilibre voire excédentaire. Le déficit est financé par un apport du fonds de réserve constitutionnel, et non pas grâce à un recours à l’emprunt », a rappelé dernièrement le président Jean-François Robillon dans Challenges. Pour Monaco, 2012 sera une année charnière. Lancement d’opérations en partenariat public-privé, modernisation de pans entiers de la législation obsolètes, décision sur l’avenir de l’usine d’incinération (voir interview du ministre d’Etat p. 24)… 2012 sera aussi une année fiscale. Avec une renégociation éventuelle du compte de partage à finaliser pour 2013. C’est d’ailleurs ce qu’appellent de leurs vœux certains élus. Pour Marc Burini, c’est une nécessité d’abord économique : « Le compte de partage, c’est-à-dire la part de TVA qui nous revient de droit et qui nous est reversée par la France, est estimé à 74 millions d’euros. Il atteint lui aussi son plus bas niveau et ne représente plus que 18 % de la part de nos recettes de TVA. » Le conseiller national Rassemblement & Enjeux aimerait voir se développer « un état de droit fiscal » : « On pourrait commencer à envisager de reprendre une certaine indépendance au niveau fiscal et notamment au niveau de notre taux d’imposition sur les bénéfices. Une réflexion doit être ouverte de façon sereine et approfondie pour un aggiornamento fiscal et une certaine émancipation ». Reste désormais à savoir si Bercy verra d’un bon œil ces désidératas. Surtout en pleine année d’élection présidentielle…
2012, année de campagne
Une logique électorale qui fait déjà chavirer les têtes des groupes politiques du conseil national. Il est fort à parier que la campagne de 2013 démarrera tôt. Avec une accélération nette dès l’automne 2012. Pendant la trêve des confiseurs, les attaques en règles ont déjà commencé. Y compris sur la Toile.
R&E est le premier à manier les réseaux sociaux pour titiller la majorité. « Le Recueil des Lois ou comment l’UDM se paie de la communication avec l’argent de l’Etat… », peut-on ainsi lire sur la page Facebook de R&E pour fustiger « les méthodes et l’utilisation des fonds publics » de la majorité. Une attaque facile mais qui, pour le coup, risque de tomber à côté puisque le fameux recueil des lois décrié n’a rien d’un tract sexy à vocation électoraliste. Le livret synthétisant les lois votées ressemble en effet davantage à un outil juridique destiné aux professionnels de la place… Mais l’attaque montre en tout cas que sur Internet ou dans l’arène du conseil national, la bataille pour les élections de 2013 ne fait que commencer…
2012, une nouvelle tête pour la France ?
Le 6 mai 2012, la tête de la France changera ou non de visage. Les Français, y compris ceux résidant en Principauté sont appelés aux urnes pour l’élection présidentielle le 22 avril et le 6 mai. Nicolas Sarkozy, président sortant, devrait se représenter, en tant que candidat UMP, pour briguer un second mandat de cinq ans. Face à lui, François Hollande (PS), François Bayrou (MoDem) voir Marine Le Pen (FN) apparaissent comme ses plus sérieux rivaux. Le nom du futur président français aura une incidence particulière sur l’économie monégasque. Les négociations sur la remise à plat du compte de partage de la TVA entre les deux pays doivent se dérouler en 2013.//A.P.
Législatives : Sept candidats attendus ?
Et de quatre ! Le parti Europe Ecologie — Les Verts a choisi son candidat aux législatives de 2012 pour la cinquième circonscription des Français de l’Etranger, dont fait partie Monaco. Il s’agira de Carolina Punset. Elle aura pour suppléant Stéphane Etcheverry. Le Front National présentera le sien le 16 janvier prochain. Le Front de gauche et le MoDem devraient également avoir un candidat dans la circonscription de Monaco.//A.P.
3 anniversaires en 2012
L’année 2012 marquera le 30ème anniversaire de la mort de la princesse Grace, le 500ème anniversaire de la déclaration de Louis XII reconnaissant la pleine souveraineté du seigneur de Monaco et le 10ème année de la réforme constitutionnelle qui a modifié et renforcé le rôle du conseil national.//M.R.

« Une décision est impérative pour Pasteur en 2012. Car il faut deux ou trois ans pour construire le socle. Or tant que le socle n’est pas construit, il n’y a ni collège, ni Médiathèque. » © Photo Charly Gallo / Centre de Presse.
Michel Roger fixe ses priorités
Grands travaux, réformes en cours, modernisation de l’administration… Le ministre d’Etat Michel Roger balaie les sujets d’actualité qui rythmeront l’année 2012.
Interview relue.
Propos recueillis par Milena Radoman.
ECONOMIE
Monaco Hebdo : Quelles sont les priorités économiques du gouvernement pour 2012 ?
Michel Roger : La première priorité, c’est la poursuite du retour à l’équilibre budgétaire. Nous allons continuer à maîtriser les dépenses et à optimiser les recettes. C’est l’action que nous avons engagée au travers du budget 2012 qui vient d’être voté à l’unanimité par le conseil national avec 5 abstentions.
M.H. : En utilisant quel levier ?
M.R. : En menant une politique volontariste qui vise à soutenir l’économie, que ce soit au travers des investissements ou en matière d’équipement ; mais aussi en engageant la modernisation du droit des affaires pour attirer de nouvelles activités ou encore en mettant en œuvre des mesures destinées à renforcer les atouts de la Principauté en matière d’attractivité. Je n’oublie pas les leviers qui ont déjà été utilisés en 2011, que ce soient les contrôles ou les incitations à payer pleinement les impôts et les taxes qui existent.
M.H. : Jusqu’à présent il y avait une tolérance du département des finances et des services fiscaux ?
M.R. : Il n’y avait pas de laxisme mais on peut certainement améliorer la perception sans prendre de mesures coercitives. Il faut expliquer aux entreprises privées que Monaco offre un très haut niveau de sécurité, d’éducation, de santé et que tout cela a un coût. Ceux qui vivent et travaillent ici doivent contribuer au fonctionnement du pays. Ce discours a déjà porté ses fruits notamment dans le secteur bancaire. Les personnes concernées jouent le jeu sans que l’on ait besoin d’envoyer des brigades d’inspecteurs… (sourire). Par ailleurs, nous allons suivre avec attention la réforme des droits de mutation. Pour l’instant, elle donne de très bons résultats. Enfin, nous allons engager l’appel à des capitaux privés pour de grands investissements. Cela se fera, je vous l’assure, en toute transparence par le biais d’appels d’offres et du vote de lois de désaffectation.
PARTENARIAT PUBLIC-PRIVE
M.H. : Un expert doit vous lister les différentes formes de partenariat public-privé. Quand doit-il vous la rendre ?
M.R. : D’ici un mois à un mois et demi. Cela va aller très vite même si le choix ne se fera qu’à la fin 2012. L’expert est missionné pour examiner toutes les formes de partenariat à l’exception de celui que j’ai déjà exclu : la construction par le privé avec un loyer payé par l’Etat sur une longue période. Cette formule s’apparente à un endettement déguisé et est inacceptable pour nous. Il nous expliquera les autres techniques avec leurs avantages et leurs inconvénients. Les décisions interviendront dans le cadre des grands travaux à venir : îlot Pasteur et extension du Centre commercial de Fontvieille. Une décision est impérative pour Pasteur en 2012. Car il faut deux ou trois ans pour construire le socle. Or tant que le socle n’est pas construit, il n’y a ni collège, ni Médiathèque, ni Salle du Canton, ni bureaux, ni hôtel trois étoiles dans ce quartier. Il faut accélérer les études pour arrêter un choix de partenariat dans la dernière partie de 2012, fixer un calendrier et dégager des crédits. Sur Pasteur, le plan d’action triennal prévoit 30 millions d’euros de crédits pour 2013. C’est clairement insuffisant.
M.H. : Quand vous évoquez Fontvieille, vous pensez à l’hypothèse Unibail qui a été débattue lors des débats budgétaires ?
M.R. : Nous n’avons pas encore répondu à la proposition d’Unibail de construire l’extension du centre commercial et de le gérer. Différentes variantes sont en effet possibles. Après un appel à candidatures pour mettre Unibail en concurrence, nous examinerons au dernier trimestre 2012 si nous partons sur une hypothèse de construction et de gestion par le privé ou de construction par l’Etat avec une gestion confiée à un privé. Tout dépendra de l’étude technique de l’expert mandaté et de l’état de nos finances. Si l’année 2012 est bonne, nous aurons davantage la capacité d’investir que s’il y a une sévère récession au plan international.
MODERNISATION
M.H. : Vous avez un autre chantier sur le feu : la modernisation de l’Etat. Ça avance ?
M.R. : L’année 2012 sera décisive avec la mise en route du pôle d’accueil pour les étrangers, le Monaco Welcome Office, ainsi que le lancement le 23 janvier de Monaco Channel et de nouvelles procédures en ligne (offres d’emploi, e-candidatures pour la fonction publique, les échanges d’appartements domaniaux et estampilles).
En interne à l’administration, nous allons également lancer, avec les chefs de service, un projet de modernisation axé sur l’évaluation des politiques publiques. Le but est d’arriver à ce que chaque chef de service identifie un ou deux indicateurs permettant de voir comment l’argent public est dépensé en fonction des objectifs fixés sur un laps de temps déterminé. Il s’agira d’un nouvel instrument d’optimisation de la dépense publique.
M.H. : Concrètement comment ça marche ? L’idée est de voir si les services répondent à leur mission en terme de délais ?
M.R. : En termes de délais mais aussi de coût et d’organisation. C’est surtout un moyen pour le chef de service de mobiliser ses collaborateurs sur un objectif et d’essayer de mesurer ce qui est réalisé. Le risque qui guette toujours l’administration, c’est l’habitude et le manque de réaction. Là, nous mettons en place un exercice d’introspection et de qualité. Chacun doit se demander s’il peut améliorer les procédures utilisées. Et comment mesurer cette amélioration. C’est une remise en question capitale pour l’administration.
M.H. : Le gouvernement souhaite aussi optimiser la chasse au gaspillage ?
M.R. : Certes, ce processus a deux objectifs : la mobilisation des effectifs et la meilleure utilisation de l’argent public. Le but premier de cet instrument n’est pas de faire des économies mais de motiver les fonctionnaires et agents et de les faire travailler mieux. Il n’y a d’ailleurs pas de crispation des chefs de service. Au contraire. Ceci dit, c’est un chantier lourd à mener.
M.H. : En matière d’attractivité, quelles seront les avancées concrètes ?
M.R. : L’année 2012 sera d’abord marquée par la réunion plénière du conseil stratégique pour l’attractivité en février. Seront présentées alors les contributions des membres sur les moyens concrets d’améliorer l’attractivité de Monaco dans l’immobilier, le yachting, etc. Puis, le grand moment sera l’adoption du texte modernisant le droit monégasque des affaires. Ce projet de loi, qui comprend la modernisation du droit des sociétés et du droit international privé monégasque ainsi qu’un volet immobilier (avec un texte sur les baux à construction et le bail de bureaux), sera déposé en avril et, je l’espère, voté avant l’été.
M.H. : Vous comptez encadrer les baux de bureaux ?
M.R. : L’objectif est double. Il s’agit de protéger le bailleur contre une dérive vers le bail commercial par le locataire mais aussi de protéger le locataire en lui assurant une durée de bail garantie – sans doute de 3 ans — avec une indexation du loyer sur l’indice Insee. C’est en tout cas ce que devrait prévoir le projet de loi.
GRANDS TRAVAUX
M.H. : En matière de grands travaux, comment s’annonce l’année 2012 ?
M.R. : 2012 est une année importante en termes de grands travaux. L’année sera chargée avec l’achèvement du centre de gérontologie clinique Rainier III, la livraison du siège du nouveau conseil national en juillet et la poursuite des procédures liées au démarrage des travaux du nouveau CHPG. A la fin de l’année 2012 ou au début 2013, ce seront le nouveau lycée technique puis les 177 appartements de l’îlot Rainier III qui seront livrés, avant les 60 logements de l’îlot Canton. Ce qui implique qu’avec les 63 logements de Tamaris, on aura construit entre 2004 et 2014, 1 600 logements. Sur la base d’une étude de l’Imsee, nous évaluerons ensuite les besoins en logement des nationaux après 2015.
M.H. : Vous allez démarrer les travaux du tunnel descendant dès le début de l’année au niveau de Fontvieille. Lors des débats budgétaires, vous n’aviez pas l’air convaincu de son opportunité ?
M.R. : Je maintiens que le tunnel descendant n’est pas une solution miracle qui réglera en même temps tous les problèmes. Aujourd’hui, c’est la seule si l’on veut améliorer les choses. Il n’existe aucune solution alternative avant 15 ans. Le tunnel descendant a le mérite de régler une bonne partie des problèmes de circulation à Monaco en désengorgeant le boulevard du Jardin Exotique et c’est un atout pour le quartier commercial et industriel de Fontvieille, en terme de trafic de poids lourds. Concernant la seule alternative imaginée à ce jour, à savoir l’hypothèse d’un tunnel partant du bout du tunnel autoroutier sous la Tête de Chien, aucune étude n’a été réalisée et aucune procédure de déclaration d’utilité publique n’a été démarrée. Or, tout cela prend une dizaine d’années ! Avec un coût que l’on ignore !
Alors peut-être que percer un tunnel d’1,7 km avec une boucle sous la France, c’est compliqué et ça coûte cher (100 millions d’euros, N.D.L.R.). Mais on ne peut pas repousser ce chantier car sinon la Déclaration d’utilité publique française tombe et nous laisserions ainsi la situation empirer pour au moins les deux décennies à venir sans rien faire.
M.H. : Qui va percer le trou ?
M.R. : C’est un groupement constitué d’Eiffage et du Groupe Patrice Pastor choisi après un appel d’offres. Il y a beaucoup de sous-traitances qui seront exécutées par des entreprises monégasques. Ce chantier fera donc travailler l’économie monégasque. Tout comme, sans commune mesure, le chantier du marché de la Condamine, qui sera fini et inauguré au mois de mai. Le marché sera pleinement opérationnel en juin.
DELOCALISATION DE L’INCINERATEUR
M.H. : L’avenir de l’usine d’incinération fait débat. Avez-vous une opinion tranchée sur la question ?
M.R. : Non. Il y a des arguments pour et contre le maintien de l’usine en Principauté. En faveur de sa délocalisation, il pèse sur l’usine le risque qu’un jour les normes interdisent les incinérateurs en ville mais aussi le fait que l’on manque de place. A l’inverse, en cas d’externalisation du traitement des déchets, cela pose un problème de sécurité nationale : un jour on peut avoir un problème pour exporter ses déchets en cas de grève ou autre facteurs externes. Le gouvernement n’a pas de position arrêtée. C’est pourquoi nous étudions la possibilité de reconstruire une usine sur place et que parallèlement, nous discutons avec des responsables de collectivités voisines, Christian Estrosi et Eric Ciotti, pour voir si une collaboration est possible sur une usine qui collecterait les déchets de l’ensemble des communes du département voisin. Il y a actuellement un projet dans la vallée du Var pour les communautés des Alpes-Maritimes. J’ai proposé au conseil national d’organiser un débat d’orientation sur ce sujet à l’été 2012 pour qu’une décision soit prise à la fin de l’année. La concession avec la SMEG arrive en effet à terme en 2015.
REFORMES
M.H. : Sur le plan législatif, 2012 devrait être chargée avec le statut de la fonction publique, la réforme de la garde à vue… Mais aussi sur le plan social ?
M.R. : S’agissant de la réforme des retraites privées, le gouvernement a engagé une concertation. Nous proposerons des mesures de protection du régime au deuxième trimestre de cette année. Sur le projet de loi sur les salaires, les consultations vont être engagées. Le dialogue social poursuit donc son cours et débouchera sur des propositions de texte d’ici à la fin de l’année au plus tard.
M.H. : La dette viagère et donc la retraite des fonctionnaires ont également été pointées du doigt par la commission supérieure des comptes. Vous pensez vous y attaquer aussi en 2012 ?
M.R. : Il ne se passera rien en 2012. Le gouvernement a décidé de commencer par les retraites du privé et celles du CHPG comme le réclament d’ailleurs les personnels et leurs représentants à l’Hôpital. Il est hors de question d’ouvrir tous les chantiers en même temps. Il n’y a pas d’urgence ni d’inquiétude à avoir puisque l’Etat assure les pensions des fonctionnaires.
M.H. : Sur la loi d’organisation, vous êtes favorable à l’organisation de questions d’actualité ou la mise en place d’attachés parlementaires ou de commissions d’enquêtes ?
M.R. : Je sais seulement que les lois concernant le fonctionnement du conseil national et le financement des campagnes électorales doivent être votées au printemps 2012 pour être adoptées le plus loin possible des élections nationales. Pour le reste, on verra. On peut imaginer que les groupes politiques aient des moyens matériels. Quant aux questions d’actualité, nous verrons bien ce que les élus proposent. Mais il est certain qu’il n’y aura pas de questions d’actualité comme en France pour éviter le spectacle à la télévision et encore moins de commissions d’enquêtes parlementaires ! La vie parlementaire à Monaco est très spécifique et toute transposition de ce qui se passe en France et en Italie n’est pas une bonne idée.
M.H. : Vous êtes donc d’accord pour augmenter le budget du conseil national même en période de restrictions budgétaires ?
M.R. : Le bon fonctionnement des institutions constitutionnelles a un coût. De la même manière je suis favorable à ce que l’Etat, en contrepartie d’un encadrement des dépenses de campagnes aide davantage les candidats. Je reconnais que le travail parlementaire a besoin de moyens. Mais entre dire ça et dire que chaque conseiller national a besoin d’un attaché parlementaire, il y a une marge… On trouvera un juste point d’équilibre. Le gouvernement n’a pas pour habitude de dire non à tout ni oui à tout.
Ce qui change pour votre porte-monnaie
Smic, taxes, hausse des tarifs du gaz… Si à Monaco, les changements concernant les prestations médicales et les allocations familiales sont intervenus en octobre 2011, la Principauté suit les évolutions décidées en France dans certains domaines. Et qui entrent en vigueur au 1er janvier 2012.
Par Milena Radoman.
SMIC
En France, le SMIC passe à 9,22 euros brut de l’heure, soit 1,398,37 euros brut par mois. Les minimas sociaux monégasques se baseront-ils sur le Smic français ? Depuis que la cour de révision monégasque a remis en cause le principe de parité salariale entre la Principauté et la région économique voisine, c’est loin d’être évident.
Jean Billon, spécialiste du droit social monégasque, se demande d’ailleurs dans une chronique récente si « à la lumière de l’arrêt de la Cour de révision du 14 octobre 2011, l’information de la hausse du Smic est exploitable à Monaco. »
ENERGIE
La SMEG s’aligne ses tarifs sur les hausses françaises intervenues au 1er janvier. Les tarifs du gaz pour les particuliers et entreprises connaissent ainsi une augmentation de 4,4 %.
TVA
Compte tenu des conventions fiscales franco-monégasques, Monaco s’aligne aussi sur la France pour les modifications de taux de TVA. Or dans l’Hexagone, les biens et services actuellement soumis au taux réduit de 5,5 %, à l’exception des produits alimentaires, de l’énergie et des biens et services destinés aux handicapés (qui restent soumis à un taux de TVA de 5,5 %), sont désormais contraints à une TVA de 7 %. Cette hausse concerne principalement la restauration et l’hébergement.
Mais aussi les livres numériques : en effet, selon le site du gouvernement français, il s’applique, à partir du 1er janvier 2012 « aux livres sur tout support physique, y compris ceux fournis par téléchargement ».
TRANSPORTS
Les prix des billets de TGV et de trains interrégionaux ont connu une hausse de 3,2 % le 3 janvier.
MUTUELLES
Ceux qui ont des mutuelles françaises devraient subir une augmentation sensible frôlant les 5 %. Beaucoup de mutuelles ont en effet répercuté la hausse de la taxe sur les complémentaires santé, passée en octobre 2011 de 3,5 % à 7 %.
FISCALITE DES FRANCAIS DE MONACO
Les Français de Monaco, soumis à l’imposition en France, voient débouler en ce 1er janvier 2012 de nouvelles contributions. D’abord une contribution exceptionnelle sur les plus hauts revenus de 3 % appliquée pour la tranche de revenus comprise entre 250 000 et 500 000 euros (ou bien entre 500 000 et 1 million d’euros pour les contribuables soumis à une imposition commune). Bercy précise que « la fraction du revenu excédant les 500 000 euros (ou excédant 1 million d’euros pour les contribuables soumis à une imposition commune) sera, quant à elle, taxée à 4 %. » Cette contribution, édictée en temps de crise, s’appliquera jusqu’au retour sous les 3 % du déficit public français. Par ailleurs, le barème de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a été modifié par la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011. « Le seuil plancher débute à 1,3 million d’euros », rappelle le gouvernement français.
Enfin, de manière plus générale, la fiscalité des revenus du capital évolue également. Le taux du prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes et les intérêts est relevé de 19 % à 24 % pour aligner la fiscalité des revenus du capital sur la fiscalité du travail.
TAXES NOUVELLES
L’annonce est officielle sur le site du gouvernement français. Une contribution fiscale est créée sur les boissons contenant des sucres ajoutés. Son montant est fixé à 7,16 euros par hectolitre. « Un montant modéré, d’un centime par canette, pour prévenir l’obésité chez les enfants », a précisé le ministre de l’Economie François Baroin lors de son audition devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, le 28 septembre 2011. Attention : cette contribution sera évolutive. À compter du 1er janvier 2013, elle sera réévaluée en fonction de l’évolution de « l’indice des prix à la consommation hors tabac de l’avant-dernière année. »
Cette mesure est transposée à Monaco. Le ministre d’Etat Michel Roger l’a rappelé lors des derniers débats budgétaires en décembre 2011 : « Conformément à l’avenant du 25 juin 1969 à la convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963, les boissons sont imposées, à Monaco, sur les mêmes bases et aux mêmes tarifs qu’en France. L’incidence positive de ces nouvelles taxes pourra bien entendu être intégrée dans le budget rectificatif pour l’année 2012. »
CO2
C’est parti. Il est désormais obligatoire d’acheter des quotas de CO2 pour les vols sur le territoire de l’UE.
Ce qui va se passer en 2012
Procès, tournages de films, fin du monde (sic)… Monaco Hebdo vous offre un tour d’horizon des événements de 2012.
Par Adrien Paredes.
Les affaires judiciaires
Parmi les affaires majeures qui devraient être jugées cette année, l’une d’elles porte sur un recel d’escroquerie à la TVA. Le préjudice porte sur des sommes s’élevant à plusieurs millions d’euros. Cinq à six prévenus sont cités à comparaître. Une affaire de blanchiment, qui devait être jugée le 13 septembre dernier, a été renvoyée à 2012. Elle concerne un ressortissant belge qui possédait une résidence en principauté. Le prévenu, un ex-réviseur d’entreprise, a été condamné début décembre en Belgique à deux ans de prison avec sursis et une amende de 27 500 euros. Il avait monté une organisation de sociétés et en avait détourné l’argent, alors qu’il n’avait pas le droit d’exercer un commerce de par son métier.
Une autre affaire devrait faire son retour devant les tribunaux : celle des 255 000 euros détournés dans la société Alizé environnement services (AES), une ancienne filiale de la SMA. L’ex-directeur d’AES, un ancien inspecteur de la Sûreté publique considéré comme le cerveau de l’affaire, avait été jugé le 8 février 2011. L’homme avait écopé en première instance de deux ans de prison ferme et avait été condamné à verser 260 000 euros à titre de dommages et intérêts. N’ayant pas assisté à son procès, le prévenu a formé opposition à ce jugement. Enfin, un prévenu sera jugé prochainement pour un viol digital s’étant déroulé à l’été 2011 devant le tribunal criminel.
A l’affiche !
Monaco sera à l’affiche de deux films français : Cloclo et Les Turfistes. Cloclo, long-métrage sur la vie du chanteur Claude François réalisé par Florent Emilio Siri, sortira le 14 mars 2012 dans les salles. L’acteur belge Jérémie Rénier incarne la star aux chansons populaires. Quelques scènes ont été tournées en principauté en mai 2011, Claude François ayant vécu à Monaco et débuté à l’Orchestre du Sporting Club de Monte-Carlo. La sortie du film Les Turfistes, réalisé par Fabien Onteniente, est prévue pour le 12 décembre 2012. Il réunit Alain Chabat, Edouard Baer et Gérard Depardieu. Les trois comédiens incarnent des parieurs qui vont acheter un cheval de course pour tenter de gagner de l’argent lors de leurs paris.
Deux autres projets relatifs à Monaco seront très suivis. Les droits du scénario pour le premier, baptisé Grace de Monaco, ont été achetés par un ex-associé de Luc Besson, Pierre-Ange Le Pogam. L’histoire met en lumière le rôle joué par la star Grace Kelly, alors princesse Grace de Monaco, lors des tensions entre la France et la Principauté en 1962. Le second, qui s’intitule Mobius, doit réunir Jean Dujardin et Cécile de France. Primé à Cannes pour sa performance dans The Artist, Jean Dujardin incarnera un agent de renseignements en mission à Monaco. Dans ce film, réalisé par Eric Rochant et produit par Luc Besson, il traquera un dirigeant de banque suspecté de blanchiment d’argent. Cécile de France interprétera le rôle d’une trader. La sortie du film serait prévue pour fin 2012.
Finances : la Barclays optimiste
« Le marché est nerveux et volatil mais cela peut être profitable. Il faut continuer à investir, si possible dans des secteurs variés et avec du cash. Bien sûr, des décisions politiques dépendent les rebondissements majeurs, mais d’ici 5 à 10 ans, la situation sera normale à nouveau ». Cette analyse a été développée par Kevin Gardiner (responsable de la stratégie d’investissement global chez Barclays) et Helima Croft (analyste de Barclays à New York, spécialiste en géopolitique), lors d’une rencontre avec les clients de la Barclays Wealth Monaco fin décembre. Pour les deux spécialistes, l’Italie et l’Espagne ne sont pas insolvables. Ils estiment que la récession de la zone euro s’est stabilisée. Selon eux, les croissances des Etats-Unis et de la Chine, elles ne s’arrêteront pas dans la mesure où leurs populations ont toujours une forte propension à consommer. Helima Croft a évoqué les pays des régions riches en or noir. Croft considère notamment que la Libye devient un territoire pétrolifère hautement rentable après la mort de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi. L’experte a également rassuré les clients sur les conséquences du printemps arabe 2011 dans le domaine des affaires.//C.J.
21 décembre 2012 : Fiction monégasque
Si les Mayas et les théories farfelues qui entourent leur calendrier disent vrai, la fin du monde interviendra, compte tenu du décalage horaire, dans l’après-midi du vendredi 21 décembre 2012 à Monaco. Vers 15 heures environ. Premier signe avant-coureur, les tables de jeux des casinos de la SBM se mettront à trembler. Si fin du monde il y a le 21 décembre 2012, les scolaires de la Principauté seront dégoûtés de ne pas pouvoir profiter de leurs vacances de Noël. Elles commencent précisément à cette date. Nous constaterons aussi que l’attractivité souhaitée par le gouvernement aura porté ses fruits. Ce n’est pas tous les jours qu’on accueille une fin du monde à Monaco. D’ici le 21 décembre 2012, le conseil national votera en urgence un projet de loi donnant la nationalité monégasque sans condition à tous les résidents de Monaco. Exposé des motifs : « Si la Principauté doit disparaître le 21 décembre 2012, la population monégasque doit former la première communauté du pays ». De son côté, la mairie organisera un concert de la fin du monde à la salle du Canton.
Sachez également qu’il ne vous reste plus que quarante-sept numéros de Monaco Hebdo à lire, à compter de celui-ci. Le numéro 818 sortira en kiosques le 21 décembre 2012 (véridique). Outre une rétro de l’année 2012, la rédaction vous livrera ses conseils pour échapper aux cataclysmes en série que nous promettent les Mayas. Le premier d’entre eux : si vous voulez fuir Monaco, évitez la dorsale et la rue Grimaldi. Elles seront probablement bouchées. Bien évidemment, on vous donnera rendez-vous en 2013 car tout cela n’est qu’une fiction. Comme la fin du monde en date du 21 décembre 2012.//A.P.


La Rédaction




