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Grands travaux?: le privé à la rescousse?!

Milena Radoman
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Chantier

© Photo Monaco Hebdo.

Face à la crise, l’Etat monégasque est au pied du mur. Après avoir lancé le sponsoring privé pour compenser les coupes budgétaires dans la culture, le gouvernement pense financer sa politique de grands travaux en ayant recours à un partenariat public-privé. Un thème qui fera jaser lors du marathon budgétaire qui démarre le 9 décembre pour finir le 15.

Fini la période faste où le fonds de réserve constitutionnel finançait la construction de logements domaniaux, la tour Odéon ou la ZAC Saint-Antoine. La crise est passée par là. Et aujourd’hui, le message est très clair?: le bas de laine de la Principauté, qui représente près de 4 milliards d’euros — dont 1,8 de liquidités —, ne servira pas de « banque » pour financer la politique de grands travaux. Lors de la conférence de presse du gouvernement, le 6 décembre, le ministre d’Etat a fixé une règle qui se veut intangible jusqu’à un retour à des jours meilleurs?: « La partie liquide du fonds de réserve doit correspondre à l’équivalent de deux années de dépenses publiques. Il est capital de préserver une réserve stratégique en cas de catastrophe majeure dans la zone euro. » Par catastrophe majeure, Michel Roger entend une explosion de l’euro et une récession forte dans les pays voisins, qui affecteraient les recettes budgétaires. « Même si cette hypothèse n’est pas très probable, en cas de chute de 40 % de nos recettes, il faudra utiliser la partie disponible du FRC pour payer les fonctionnaires et maintenir les dépenses vitale », prévient le ministre.

Besoin de locaux

L’heure est donc à la prudence. Même si les derniers chiffres sont bons (avec un PIB 2010 de 4,13 milliards, un PIB par salarié de 83?803 euros et une masse salariale en hausse). Or, il faut bien trouver une solution. En 2012, près de 230 millions d’euros, soit environ 25 % du budget de l’Etat, seront certes consacrés aux dépenses d’équipement et d’investissements, a rappelé le conseiller pour l’Equipement Marie-Pierre Gramaglia. Mais ce n’est pas suffisant pour lancer des chantiers de bureaux au plus vite. Et comme l’Etat n’a plus les moyens de financer seul des opérations de grande envergure, sauf à plomber son déficit, le gouvernement a décidé de faire appel à des financements complémentaires privés. Impossible en effet de différer les grands travaux sans impacter les entreprises de la place et pénaliser « l’attractivité ».
« Nous manquons de bureaux et nous devons assurer la modernisation du centre commercial de Fontvieille », rappelle Michel Roger. Et le chef du gouvernement n’est pas le seul à opérer ce constat. Dans le rapport sur le projet de loi de budget 2012, la commission parlementaire des finances réclame à corps et à cris des locaux pour les acteurs économiques.

Partenariat transparent??

Pour le ministre, la solution est donc de privilégier le partenariat public-privé. Un PPP qui a permis, par exemple, à l’Etat français, exsangue, de lancer la construction du «?Pentagone à la française?», le nouveau siège du ministère de la Défense, dont la construction est financée par le privé. Le concept n’est pas révolutionnaire. L’Etat avait déjà eu recours à des baux à construction pour la réalisation du Novotel et du Colombus. Mais sans être nouvelle, l’idée suscite déjà des inquiétudes.
Michel Roger, lui, prône les vertus du PPP. En précisant que si aujourd’hui, l’Etat finançait la construction de bureaux sur ses propres deniers, via le FRC, il prendrait un risque majeur en cas de catastrophe économique. Comment rentrer dans ses frais si les locaux restent désespérément vides?? « Si c’est le privé qui construit des bureaux, c’est lui qui prend le risque. » Encore faut-il qu’un investisseur ait la surface nécessaire pour le faire ou que les banques le suivent. Est-ce vraiment d’actualité??
Reste qu’un candidat a déjà postulé. Il s’agit d’Unibail. Soit le premier groupe européen coté d’immobilier commercial spécialisé dans les centres commerciaux des grandes villes européennes ainsi que dans les bureaux et centres de congrès-expositions à Paris. La société qui devrait se voir confier les travaux de rénovation du centre commercial de Fontvieille, propose de prendre la gestion des commerces de l’extension. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir les élus, craignant « un désengagement financier de l’Etat sur son propre territoire et sur des terrains publics. »
Réponse du ministre?: « Il n’est pas question pour l’Etat de se désengager de sa responsabilité première. A savoir assurer le développement des grands équipements de la principauté », a garanti le ministre d’Etat devant la presse. Avant d’ajouter?: « Le partenariat se fera dans la plus grande transparence. Il passera par des baux de longues durées or cela exige le vote d’une loi de désaffectation du domaine public de l’Etat. »
Seule certitude?: dans un contexte budgétaire mouvementé et incertain, l’hôpital, lui, ne sera pas financé par le privé. La question a en effet été arbitrée par le gouvernement. Et la solution traditionnelle de l’appel d’offres l’a emporté. Après une étude payée 10?000 euros, c’est un expert qui a tranché en faveur de cette solution. Un hôpital qui fera assurément partie des thèmes abordés dans le cadre du marathon budgétaire. Rendez-vous le 9 décembre.

Monaco en 3D

© Photo DR

Monopoly monégasque

Le gouvernement a annoncé les projets qui devraient chambouler les différents quartiers de la Principauté.

A Monaco, micro-Etat, chaque parcelle de terrain compte. « La réaffectation de chaque mètre carré doit être mûrement et pleinement réfléchie, car elle s’engage pour plusieurs décennies », a rappelé Marie-Pierre Gramaglia lors du point presse gouvernementale. Et le gouvernement ne s’est pas privé de prendre son temps pour plancher sur l’avenir de 3 sites-clés pour l’avenir de Monaco, bloqués le temps de choisir le site du futur hôpital?: Testimonio, l’îlot Pasteur et l’Annonciade.

Un collège… et la médiathèque à Pasteur

C’est ainsi que la construction du nouveau collège avec gymnase de 1?500 élèves de l’Annonciade est prévue à l’ouest de l’îlot Pasteur. Tout comme celle d’un centre de re-conditionnement des déchets recyclables (papier, verre, carton…).
L’Est de cette zone des délaissés devrait de son côté accueillir un hôtel trois étoiles d’environ 100 chambres et un complexe de bureaux, peut-être avec des deniers privés. Ce que remettent en cause les conseillers nationaux dans le rapport de la commission des finances sur le budget 2012. Proposant que « l’essentiel des bureaux de l’Ilot Pasteur soient réalisés avec des fonds publics. Pour dégager les crédits nécessaires, il pourrait être envisagé de décaler dans le temps la construction du nouveau collège Charles III. »
La salle du Canton, elle, devrait être déplacée à Pasteur, tout près de… « la médiathèque ou des ateliers des services municipaux, le choix revenant à la mairie. » Après avoir été sacrifiée en juin 2010, le projet de médiathèque refait donc surface. Et on suppose déjà qu’il sera redimensionné. Et donc rétréci…

Un complexe et une crèche à Testimonio II

Autre site qui fait débat?: Testimonio II. Alors qu’un concours d’architectes a été suspendu, le gouvernement « envisage de réaliser au niveau de l’avenue Princesse Grace une crèche qui s’avère indispensable dans ce quartier et de relocaliser l’Ecole internationale à l’étroit dans ses locaux du quai Antoine 1er. » Sans oublier une dose de logements privés de haut standing et de logements domaniaux, de bureaux et bien sûr de parkings vont également être construits. Ce qui ressemble peu ou prou au cahier des charges du concours d’architectes initial. Reste donc à savoir quel sera le programme décidé au final.

Une tour à Charles III

Mais c’est dans le cadre de l’opération Charles III que le gouvernement a réservé une surprise en avouant réfléchir à la réalisation d’une tour de 60?000 m2, devant accueillir des planchers d’activités économiques et un parking de 1?000 places. Verra-t-on surgir, devant le cimetière, une tour comparable à la tour Odéon?? A voir.

Fontvieille II?: 350?000 m2 maximum

Quant à l’urbanisation en mer à Fontvieille, le projet est toujours dans les cartons. « Les études montrent que la superficie de l’extension pourrait être comprise entre 5 et 8 hectares, conditionnée par les limites de profondeur liées aux différentes techniques envisageables et à la prise en compte de contraintes diverses (courantologie, environnement…) », a expliqué Marie-Pierre Gramaglia. Avant d’ajouter?: « Il en résulterait une capacité de construction variable en fonction des scénarios mais vraisemblablement inférieure à 350?000 m² ». Si cette nouvelle extension ne sera validée par le prince qu’à la fin 2013, on sait déjà en tout cas qu’un groupement international va conduire une mission d’étude approfondie, « à un niveau d’avant-projet sommaire (APS), des différentes solutions techniques et de leurs implications sur le plan financier, urbain et environnemental. » Un cahier des charges sera élaboré dans ce cadre. Reste là aussi à savoir si cette opération fera l’objet d’un appel d’offres. Voire d’un financement public-privé…

journalistMilena Radoman