Claude Cellario préside l’Unam

Milena Radoman
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Michèle Dittlot et Claude Cellario

Michèle Dittlot et Claude Cellario © Photo Monaco Hebdo.

L’Unam a officialisé l’un des « profonds changements » annoncés au départ de Philippe Clérissi, aujourd’hui indépendant. Claude Cellario remplace Eric Guazzonne à la tête du mouvement.

CHANGEMENTS

Monaco Hebdo?: Vous avez annoncé qu’il y aurait de profonds changements à l’Unam. Quels sont-ils??
Eric Guazzonne?: L’Unam change de président. C’est Claude Cellario qui me remplace à la tête de l’Unam. La décision a été prise d’un commun accord. Après 5 ans de bons et loyaux services, il est tout à fait normal de procéder à un changement d’hommes. Un parti se doit d’être en mouvement perpétuel, pour attirer du sang neuf.
Claude Cellario?: Certains événements comme le départ de Philippe Clerissi ont accéléré les choses.

M.H.?: Michèle Dittlot avait annoncé des changements il y a un an, juste avant l’été 2010. Pourquoi ce décalage??
Michèle Dittlot?: A l’époque, Eric Guazzonne était en passe de quitter la présidence et puis les choses se sont endormies durant l’été…

M.H.?: Changer d’hommes c’est bien. Mais l’on peut supposer que le changement ne se borne pas à un nouveau président??
E.G.?: L’Unam avait une politique plus confidentialiste. On ne s’est jamais ouvert sur la recherche d’adhérents. L’encartage n’a jamais été l’une de nos priorités. Aujourd’hui, il faut faire notre autocritique et sans doute se tourner vers les pratiques des partis traditionnels, en tentant de séduire davantage d’adhérents plutôt que de sympathisants.

M.H.?: Combien d’adhérents recensez-vous??
C.L.?: Nous en comptons 80. Mais nos sympathisants sont beaucoup plus nombreux.
M.D.?: Il s’agit d’une majorité de Monégasques qui ont soutenu la majorité en 2003, et en particulier ceux qui ne sont pas dans l’électorat UP ou UDM à présent. Rappelons par ailleurs, que nous bénéficions d’une antériorité. L’Unam existe depuis 1998. Créée par Michel Mouroux, Claude Cellario, Claude Boisson et Rodolphe Berlin, l’Unam représentait une partie du courant réformateur qui a initié le mouvement de 2003.
E.G.?: C’est un électorat qui apprécie le fait qu’il y ait différents courants de pensée au sein de l’alliance UPM. On peut d’ailleurs faire le parallèle entre les différents groupes de pensée et les divergences apparues au sein de la majorité du conseil national en 1994, avec la situation d’aujourd’hui.

MAJORITE

M.H.?: On ne peut pas dire qu’il y ait beaucoup de divergences de vues sur les dossiers aujourd’hui au sein de la majorité. Il s’agit davantage de querelles d’egos, non??
C.C.?: Il s’agit effectivement plus de querelles de personnes… Pour autant, la cohérence de l’Unam fait que depuis 2003, nous sommes élus au sein d’une majorité. En 2003, il s’agissait d’une alliance de 3 groupes (UP, Unam et PFM). En 2008, de 2 groupes (UP et Unam). Nous sommes élus sur un programme. La cohérence de l’Unam, c’est le respect de ce programme que nous avons élaboré avec nos partenaires de l’UP. Et qui se retrouve au travers des propositions de loi et des projets de loi que nous votons.

M.H.?: Vous avez montré une réticence au sujet de la proposition de loi de Gardetto érigeant un principe de non discrimination. Pourtant, il s’agissait d’un point du programme UPM??
M.D.?: Nous avons voté pour la proposition de loi de Jean-Charles Gardetto (portant sur la lutte contre le harcèlement et instaurant un principe de non discrimination, N.D.L.R.). Mais il est vrai que le groupe Unam a manifesté de la prudence au sujet des conséquences que pourrait avoir un principe de non discrimination à Monaco.
E.G.?: Le fait d’avoir pris du recul dans la majorité UPM permet d’exprimer plus librement nos divergences. Ce fut le cas également au sujet de la proposition de loi relative à la fiducie (les élus Unam s’étaient abstenus lors du vote de la proposition de loi portant création de la fiducie en droit monégasque le 6 décembre 2000, N.D.L.R.).

M.H.?: Justement, afin de clarifier une bonne fois pour toutes votre positionnement vis-à-vis de votre électorat, aujourd’hui, où vous situez-vous sur l’échiquier politique??
C.C.?: Je le répète, nous avons été élus sur un programme. Pour respecter ce programme et nos engagements vis-à-vis des Monégasques qui nous ont élus, nous participons à la majorité pour mettre en œuvre ce programme.

M.H.?: Ce qui implique alors une alliance avec l’UDM?? On compte l’UP dans la majorité??
E.G.?: Nous étions dans l’UPM et l’on ne renie pas nos engagements de départ. Aujourd’hui, que les propositions de loi viennent d’un conseiller UP ou UDM, à partir du moment où elles viennent mettre en œuvre un point du programme, nous la votons.
Nous comptons l’UP dans la majorité. A moins que l’UP ne revienne sur sa parole… Mais soyons clairs?: à Monaco il n’y a ni droite ni gauche. Il y a une opposition d’un côté et des réformateurs-progressistes de l’autre. Et nous faisons partie des réformateurs.

INCONSTANCE

M.H.?: Vous parlez de cohérence de l’Unam, mais les positions n’ont pas toujours été claires. Notamment avec le divorce puis le remariage avec l’UP.
M.D.?: Nous ne sommes pas sortis de la majorité UPM. Chronologiquement, quand les Marquet ont démissionné, l’Unam a cru qu’elle allait poursuivre à 4 son alliance avec l’UP. Puis la divergence est apparue entre Jean-François Robillon et Anne Poyard-Vatrican. Il y a alors eu une remise en cause des accords entre l’Unam et l’UP. C’est à ce moment que nous avons refusé ce que l’on nous proposait, que ce soit la vice-présidence ou la présidence de la commission législation. Comme l’UP a fait le marchand de tapis, on a pris du recul. C’est l’UP qui nous a fait sortir de l’alliance?! Mais il y a eu un divorce plus sur le mode de fonctionnement que sur les idées. Nous avons pris une certaine indépendance mais nous avons continué à respecter le programme.
E.G.?: Il n’était pas question de rentrer dans l’opposition. Je tiens à rappeler que lorsque Claude Boisson est parti en 2006, la majorité avait laissé le nombre de présidences de commission à l’Unam.

ELECTIONS 2013

M.H.?: Qu’est-ce qui vous distingue?? A l’aune de 2013??
E.G.?: La campagne électorale est partie bien trop tôt. On ne va pas rentrer dans ce jeu là.
C.C.?: Nous défendons l’intérêt général, ce qui n’est pas le cas de certains, quoi qu’ils en disent. A l’avenir, nous serons toujours au côté du mouvement qui ira dans ce sens.
Notre programme de 2008 est en faveur de l’intérêt général et répond aux attentes des Monégasques. Comme le montrent le projet de loi modifiant la transmission de la nationalité, celui sur la préservation du patrimoine ainsi que des propositions de loi sur l’économie numérique.

M.H.?: Vous avez participé au meeting de l’UDM sur la transmission de la nationalité. Vous soutenez donc ce texte??
C.C.?: Ce projet de loi est mesuré et équilibré. Il doit faire l’unanimité. C’est une loi qui répare une injustice entre hommes et femmes.

M.H.?: R&E a demandé une étude d’impact de cette loi sur 10 ans. Vous avez eu les chiffres??
C.C.?: Dans toute discussion d’un projet de loi gouvernemental, les conseillers nationaux interrogent le gouvernement. R&E s’est arcbouté sur ces questions en disant que les questions étaient mal posées, que les réponses étaient mal fournies, les études mal faites. Ils trouveront mille raisons pour retarder le vote de ce projet de loi…
E.G.?: On peut toujours demander les chiffres mais il y a un fait inéluctable, c’est que la population monégasque augmentera par le fait des naissances et des naturalisations. Il ne faut pas en avoir peur. Mais prévoir les mesures nécessaires. A savoir définir les besoins en logements, chiffrer la croissance nécessaire et permettre aux Monégasques de trouver un emploi hors circuit administratif ou SBM. Il n’est pas question de décider d’un quota de Monégasques comme certains le proposent. Il faut mettre en chantier régulièrement des immeubles afin de ne plus laisser filer, comme c’est le cas aujourd’hui, une partie des ressources de l’Etat en allocations nationales pour le logement. Le gouvernement comme, je pense, l’ensemble de la classe politique a admis que les logements domaniaux étaient une bonne chose pour Monaco. Je ne vois pas qui remettrait en cause cette donne.

SOCIETE DES BAINS DE MER

M.H.?: Comment voyez-vous la situation à la SBM??
E.G.?: J’ai bien entendu un droit de réserve pour tout ce qui touche à la SBM au vu de ma position. Tout ce que je peux dire, c’est qu’une nouvelle direction a été mise en place, il va falloir lui laisser le temps de travailler. La nouvelle directrice générale adjointe a en tout cas un profil qui tranche avec celui de ses prédécesseurs. Ce n’est pas une ancienne fonctionnaire et elle ne vient pas du secteur de l’hôtellerie. Elle va apporter une vision différente.

M.H.?: Est-il vrai qu’il n’y a pas de projet de restructuration à la SBM comme l’affirme le conseiller de gouvernement Valeri??
C.C.?: L’Unam a appris la démission de Bernard Lambert avant la fin de son contrat en 2013. Quand quelqu’un part deux ans avant la fin de son contrat, on peut se poser des questions. Un triumvirat dirige désormais la SBM. Nous avons demandé au gouvernement quelle est sa feuille de route, étant entendu que ces dirigeants sont en place jusqu’en septembre 2012. Nous n’avons pas de réponse à ce jour.

M.H.?: Les salariés sont inquiets…
C.C.?: Notre position est claire?: il n’est pas question qu’il y ait de plan de restructuration. On n’en est pas là. Si demain la société devait rentrer dans cette voie, elle aurait des lendemains désenchantés.

BUDGET

M.H.?: Comment voyez-vous l’objectif gouvernemental de tendre à l’équilibre d’ici à 3 ans??
C.C.?: Pour 2012, le budget primaire est à l’équilibre, les 40 millions destinés à provisionner l’hôpital étant bloqués. Cela traduit une volonté d’atteindre l’équilibre budgétaire dans 3 ans et d’absorber les 40 millions annuels destinés à l’hôpital. Ça c’est la réalité. Et nous sommes d’accord sur cette vision des choses.

M.H.?: Le gouvernement y arrive en coupant dans les enveloppes budgétaires, notamment celle affectée à la culture, et en faisant appel à des sponsors privés. L’Unam y est favorable??
M.D.?: Dans beaucoup de secteurs, compte tenu du contexte économique, il a fallu trouver des niches d’économies. Au niveau de la culture, cette recherche s’est soldée par des coupes de 14 %. Il était impossible pour les entités de modifier leur programmation et le gouvernement a décidé de faire appel au mécénat. Les sponsors privés compensent pour 11 % la coupe budgétaire. Et les recherches du gouvernement semblent se poursuivre. Les entités culturelles pourront elles aussi trouver des mécènes, c’est le cas aujourd’hui pour le Nouveau musée national qui a négocié à deux reprises 500?000 euros pour l’acquisition d’œuvres d’art.

M.H.?: Vous êtes donc pour??
C.C.?: Le gouvernement a introduit une nouvelle philosophie dans la gestion du budget de la culture. Comme cela se passe dans d’autres pays. Pour autant, il y a des questions légitimes à se poser. Pour autant, cela n’implique pas que le mécène doit avoir un droit de regard sur la programmation culturelle. L’Unam est absolument contre.
M.D.?: Les contreparties du mécène doivent se borner à un gain en termes d’image. Nous avons également demandé s’il y avait des contreparties par rapport au versement de l’impôt sur les bénéfices, qui n’est pas assuré par toutes les banques. Une autre question se pose?: cette nouvelle philosophie va-t-elle se pérenniser dans le temps?? Si c’est le cas, il faudrait étudier ce qui marche dans d’autres pays pour l’adapter à Monaco.

Eric Guazzonne

Eric Guazzonne © Photo Monaco Hebdo.

RELANCE ECONOMIQUE

M.H.?: Le fait de sabrer le budget grands travaux et équipement représente-t-il un risque pour l’économie locale??
C.C.?: Laurent Nouvion passe son temps à dire que le budget d’équipement doit représenter un tiers des dépenses. Il remonte 25 ans en arrière. Cette règle avait été fixée en séance publique du conseil national à cette époque. Cette règle, qui ne repose sur rien, est-elle vraiment toujours d’actualité?? Je n’ai pas de réponse catégorique. Mais il est certain que l’on ne fait pas de la rigueur pour faire de la rigueur. On fait de la rigueur pour faire de la relance. Nous sommes d’accord pour revenir à des budgets à l’équilibre à condition qu’il y ait une relance de l’investissement et de la consommation.

M.H.?: Où faut-il alors couper selon vous??
C.C.?: On peut faire énormément d’économies quand on voit comment fonctionne le budget de l’Etat. C’est l’Unam qui avait demandé un audit en 2010. C’est parce qu’on a demandé cet audit que le budget peut faire aujourd’hui des économies substantielles. Les salaires dans la fonction publique et les aides sociales sont sanctuarisés. En revanche, on peut couper dans les grands travaux car en regardant depuis 10 ans, on voit que 15 % des budgets ne sont pas utilisés.

journalistMilena Radoman