Culture?: le gouvernement dit maintenir le cap

Milena Radoman
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Marcus Miller

La Société des bains de mer a élevé son budget animations à 2,2 millions d'euros. Ce qui finance notamment son festival de jazz qui démarre, cette année, le 24 novembre. © Photo Kumiko Higo

Le gouvernement veut clore la polémique suscitée par les tailles subies dans le budget culturel. Pas sûr que ça marche.

L’article récent de Point de vue, évoquant largement les coupes budgétaires dans le domaine culturel, a sans doute été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Dans le numéro du 2 au 8 novembre, l’hebdomadaire français étale en effet au grand jour (et surtout au-delà des frontières) que la culture monégasque et l’ensemble de ses acteurs vivent des jours sombres. Avec un changement de cap, privilégiant désormais l’animation digne d’un resort au détriment d’une politique culturelle digne d’un Etat. D’autant que la baisse des budgets entaillés (entre 3 et 20 % pour l’année 2012) n’est pas complètement compensée par le sponsoring privé déniché par le gouvernement. « Non seulement le coup est rude mais il contraint les décideurs à des exercices d’équilibristes dans un domaine où les agendas des artistes s’organisent 2 ou 3 ans à l’avance », développe Point de Vue.
Relation de cause à effet ou pas, le 8 novembre, lors de la dernière conférence de presse du gouvernement, le maintien de la politique culturelle à Monaco était LE message clé à faire passer?: « La culture est préservée malgré le contexte de restrictions budgétaires, a affirmé haut et fort Paul Masseron. La culture est un élément de l’attractivité et de la qualité de vie du pays ». Le conseiller de gouvernement pour l’intérieur (l’éducation, les cultes et la culture) a défendu bec et ongles le concept de sponsoring privé. Chiffres à l’appui?: « Si les subventions de l’Etat en 2012 pour les principales institutions culturelles de Monaco baissent de 14,63 % par rapport à celles de 2011, les ressources financières de ces entités ne diminueront globalement que de 3,33 % en 2012 par rapport à celles de 2011 grâce au recours aux partenariats privés. » Selon le gouvernement, les établissements bancaires, participant à hauteur de 4 millions d’euros (+700?000 euros rien que pour l’exposition annuelle du Grimaldi Forum) ont donc joué le jeu. Avec une contrepartie d’image évidente. Et cerise sur le gâteau, sans avoir d’influence sur les choix artistiques des entités culturelles?: « Les sponsors n’ont pas leur mot à dire sur la démarche artistique », garantit le ministre d’Etat.

« Rien n’est pérenne »

Depuis que le gouvernement a annoncé ce partenariat public-privé, les interrogations se multiplient. Combien de temps dureront ces partenariats?? Les banques ne risquent-elles pas de se désengager du jour au lendemain?? « Certaines banques — pas toutes bien entendu — se sont engagées sur plusieurs années. Donc sauf catastrophes naturelles, elles respecteront leur engagement », indique Michel Roger, avouant que le système inventé par le gouvernement ne saurait se targuer d’être pérenne?: « Dans le monde dans lequel nous vivons, rien n’est pérenne », constate, implacable, le ministre. Appliquant cette logique au fonctionnement même de l’Etat?: « Personne ne peut prédire aujourd’hui quel sera l’état des recettes dans 6 mois… La pérennité n’est pas une notion d’actualité. » Et d’élargir le discours à la crise que traverse actuellement l’Europe et aux contraintes qu’elle implique?: « Tout le monde doit faire des efforts. Regardez le blog de Madame Merkel. Elle indique que nous ne retrouverons la croissance en Europe que dans 10 ans. La France vient d’instaurer un plan de rigueur et le Premier ministre français estime que le pays n’est même pas sûr d’atteindre les prévisions de croissance de 1 %. Notre économie est dépendante de l’économie de la zone euro. »

journalistMilena Radoman