L’annonce d’un plan d’économies à la Société des bains de mer inquiète le personnel. Les syndicats liés aux jeux font front commun.
C’était prévisible. L’annonce d’un plan de mesures d’économies à la Société des bains de mer par Jean-Luc Biamonti, président du conseil d’administration, a déclenché les foudres du personnel. Syndicats d’employés de jeux – sauf Baccara et jeux européens –, des caissiers mais aussi du « petit personnel » ont décidé de se mobiliser pour ne pas faire les frais de la politique comptable de la société. « On nous demande de faire des économies de bouts de chandelles alors que la direction et le conseil d’administration ne s’appliquent pas les principes de réductions budgétaires. Depuis début 2010, les postes de direction et d’administration ne cessent de doubler voire tripler, représentant une enveloppe se chiffrant entre 6 et 7 millions d’euros par an, concernant uniquement une dizaine de personnes », tonnent en cœur les syndicats. L’an passé, la direction des jeux est en effet devenue bicéphale, l’ancien directeur des jeux passant, lui, conseiller auprès de la direction générale. Une direction qui doit elle-même prochainement s’étoffer avec la nomination de deux adjoints. Isabelle Simon, ex-Publicis, devrait ainsi prendre ses fonctions en octobre. « C’est le problème à Monaco : on ne vire pas les gens même lorsqu’on juge qu’ils n’ont pas fait leurs preuves. On les remplace pour les nommer à un placard doré », souffle un syndicaliste courroucé. Un courroux que l’on comprend aisément : il est pour le moins surprenant d’annoncer des restrictions budgétaires au moment même où l’on multiplie les postes d’encadrement. Et donc les hauts salaires. « Il n’y a aucune raison que les efforts soient unilatéraux. On comprend très bien que la situation économique est mauvaise et qu’il faut se serrer la ceinture, même si les chiffres des jeux sont bons, mais la direction doit montrer l’exemple. » Car l’inquiétude monte : « Où va-t-on ? Aujourd’hui, la SBM ferme des services — le service du marketing a disparu, celui des entrées est voué à disparaître pour instaurer une entrée gratuite au casino, et la migration des tables du Café de Paris vers le casino est programmée. On gèle les effectifs et on ne renouvelle pas les départs à la retraite. Sans compter qu’aucune école des jeux n’est envisagée. Nous avons le sentiment que la SBM, qui a un rôle social à Monaco, met en péril l’embauche des Monégasques ! » L’investissement périlleux dans les jeux en ligne alimente le trouble : « C’est un investissement de 200 millions d’euros et on a perdu 25 millions d’euros en à peine un an. C’est pire que la Bourse. On a l’impression que la SBM abandonne l’outil monégasque et que les richesses s’en vont en dehors de Monaco… »
La clientèle touchée
Plus grave pour les syndicats, « ces mesures touchent de plein fouet notre clientèle. On refuse d’offrir un paquet de cigarettes à un client qui joue 300 000 euros ! Nous en sommes au point que ce sont les valets qui vont l’acheter à leurs frais pour éviter d’opposer un refus au client. On détruit une institution basée sur le savoir-faire et la tradition. C’est l’avenir de Monaco qui est en jeu ! » Fini l’époque où l’on allait chercher les joueurs en limousine et où on leur offrait le cigare à profusion. L’heure est à la rentabilité.
En attendant l’annonce du plan d’économies, prévue en octobre, les syndicats ne manqueront pas d’informer les parlementaires. De son côté, Laurent Nouvion, leader de Rassemblement & Enjeux, n’a pas manqué de se rapprocher des syndicats d’employés de jeux, bassin électoral par excellence. Réfutant toute démarche de politisation « comme ce fut le cas dans le passé », l’élu a sollicité une rencontre afin d’écouter leurs problèmes. Une démarche qui ne devrait suffire à éviter tout mouvement social. A écouter les syndicalistes, les différents secteurs semblent déterminés. Après deux mouvements de grèves à Pâques et lors du Grand prix, 2011 pourrait bien se solder par une action intersyndicale.


Milena Radoman







