Ambassade de France?: le flou diplomatique

Sabrina Bonarrigo
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Consulat de France

© Photo Monaco Hebdo.

Alors qu’Odile Remik-Adim a quitté officiellement son poste d’ambassadeur de France à Monaco le 31 août, c’est son bras droit, Claudine Jaffré-Baron, qui assure l’intérim. En attendant un éclaircissement judiciaire autour de la nomination d’Yves Marek.

Silence radio. A l’ambassade de France à Monaco ou au ministère des affaires étrangères à Paris, personne n’ose pronostiquer sur la venue ou non d’Yves Marek à Monaco au poste d’ambassadeur. Et pour cause. Tous attendent prudemment le verdict du conseil d’Etat qui devrait, en théorie, décider du sort de ce haut fonctionnaire.
Petit rappel des faits. Le 24 juin dernier, le principal syndicat du ministère des affaires étrangères, la CFDT-MAE, est venu jouer les trouble-fêtes en déposant un recours pour excès de pouvoir devant le conseil d’Etat. En cause?: la nomination de cet énarque à Monaco(1) ne respecterait par les textes en vigueur. A savoir le décret de 1969 relatif au statut particulier des agents diplomatiques. Ce texte prévoit en effet que les conseillers des affaires étrangères (CAE) ont vocation aux emplois de chef de mission diplomatique s’ils « justifient d’au moins dix années dans un corps de catégorie A, dont trois au moins à l’étranger » et s’ils ont démontré « notamment par l’exercice de fonctions d’encadrement, leur aptitude à occuper ces emplois ». Conditions non remplies par Yves Marek, selon la CFDT.

«?Oubli ou passage en force???»

Un impair dans la procédure qui n’a pas échappé à ce syndicat. Question de principe. « La CFDT ne se prononce ni sur la manière de servir, ni sur l’itinéraire professionnel de notre collègue. La CFDT demande simplement l’application du droit, garantie contre l’arbitraire, indiquent les syndicats. La question est posée de savoir si nos hautes autorités ont oublié de vérifier si M. Marek remplissait les conditions statutaires pour être nommé ambassadeur ou s’il s’agit d’un passage en force destiné à tester notre vigilance et notre réactivité ». A Paris, c’est aussi le même refrain depuis plusieurs semaines?: « Une procédure judiciaire est en cours et il appartient à la justice de se prononcer », indique simplement une source du ministère des affaires étrangères. Reste maintenant à savoir quand le conseil d’Etat tranchera. Une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois. « Si le conseil d’Etat donne raison à la CFDT, il annulera le décret de nomination d’Yves Marek », assure de son côté Jean-Pierre Farjon, secrétaire général de la CFDT.

Pas de vacance

A l’ambassade de France à Monaco, on assure également ne pas avoir d’informations complémentaires. « Rien de nouveau malheureusement dans cette affaire. C’est madame Jaffré-Baron qui fait office de chargée d’affaires en attendant la nomination d’un nouvel ambassadeur. Quand il y a une vacance, c’est le processus normal qui est mis en place », explique, Laurent Lagrange, consul de France à Monaco. « Il y a contestation dans la nomination d’Yves Marek, donc suspension », résume à son tour Danielle Merlino, conseiller représentant les Français de Monaco, qui assure que « les dossiers importants suivent malgré tout leur cours et qu’il n’y jamais eu de vacance ». Une situation sans doute inconfortable pour l’ambassade, mais loin d’être insurmontable. « D’autant que Odile Remik-Adim, déléguait déjà quelques dossiers ou avait toujours un binôme pour l’aider », indique encore un proche de l’ambassade. Une situation que le département des relations extérieures à Monaco n’a évidemment pas souhaité commenter, estimant qu’il s’agit d’une affaire franco-française.

(1) Par décret officiel publié au journal de la République française le 10 mai dernier.

journalistSabrina Bonarrigo