«?Il y a besoin de sang neuf?»

Milena Radoman
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Christiane Stahl

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Après six ans à la tête de la communication du palais, Christiane Stahl quitte ses fonctions au cabinet princier. Rencontre. Interview relue.

Monaco Hebdo?: Pourquoi avoir souhaité partir maintenant?? Six ans ça suffit??
Christiane Stahl?: Six ans, à ce poste, je crois que c’est une belle performance?! Je suis arrivée au moment où le prince accédait au pouvoir et je pars après son mariage. Une autre histoire commence, il y a besoin de sang neuf, et je pense avoir mené à bien ma mission.

M.H.?: Vous partez après le chambellan John Jayet. Certains y verront un lien??
C.S.?: Certains esprits mal intentionnés – et bien avant le mariage – ont lancé la rumeur que j’étais congédiée. Je peux vous affirmer qu’il n’en est rien. C’est une décision importante et difficile que j’ai prise en début d’année, et que j’ai mûrement réfléchie.

M.H.?: Garderez-vous un pied à Monaco?? D’aucuns ont parlé de la SBM, une rumeur sans fondement??
C.S.?: Il n’en est rien?! Je rentre à Paris pour retrouver ma famille et exercer de nouvelles responsabilités.

M.H.?: Après Jacques Chirac, Rafiq Hariri, le prince Albert, vous resterez dans la communication politique et institutionnelle??
C.S.?: Très certainement. C’est ce que j’aime le plus faire.

M.H.?: C’est un virus??
C.S.?: C’est un métier passionnant même s’il est parfois très difficile. Ce qui est certain, c’est que j’aime être au service des hommes que je sers afin de les aider à réussir, quelles qu’en soient les difficultés.

M.H.?: S’agissant du prince Albert, la mission était complexe. Au-delà de la communication institutionnelle et de chef d’Etat, il y avait tout l’aspect people à gérer??
C.S.?: C’est sans doute l’aspect le plus passionnant de la communication de Monaco, à savoir analyser l’ensemble des problématiques afin de faire les recommandations les plus pertinentes. Il faut d’abord gérer l’image d’un chef d’Etat. Grâce à ce positionnement et aux valeurs véhiculées par le prince, Monaco est un pays respecté, notamment par les grandes institutions internationales. Parallèlement, il faut promouvoir l’attractivité de la Principauté basée sur le tourisme, la culture, la sécurité, une qualité de vie exceptionnelle… Ces deux aspects sont complémentaires. Ce qui est plus difficile, c’est la gestion de la presse people, plus intéressée par la vie privée de la famille princière, que par les actions remarquables qu’elle mène constamment dans de nombreux domaines.

M.H.?: Quelle est la proportion du travail vie privée-vie publique??
C.S.?: Depuis l’annonce des fiançailles, la vie privée du couple princier a pris le pas sur la communication institutionnelle. Il faut, dès à présent, attirer à nouveau l’attention des médias sur le travail fait par le prince pour son pays et sur les spécificités exceptionnelles de Monaco.

M.H.?: Quels souvenirs garderez-vous de Monaco?? Les plus?? Les moins??
C.S.?: Je vais prioritairement garder en mémoire la qualité de la relation de travail que j’ai entretenue avec le prince. C’est un homme authentique et sincère qui fait confiance à ses collaborateurs. C’est aussi un homme d’engagement et un homme de cœur. Et ses qualités relationnelles font qu’il sera à vie le meilleur ambassadeur de son pays. J’ai également été impressionnée par la personnalité de la princesse Caroline. C’est une femme moderne, cultivée, intelligente et qui, de plus, a de l’esprit.
Je pars également convaincue que Monaco, malgré la crise mondiale, est un pays dans lequel demeurent de belles opportunités de développement?; je n’oublierai pas aussi la qualité de ses résidents, porteurs d’une vraie richesse, qui en font un lieu unique.

M.H.?: C’est la première fois que vous avez travaillé pour une monarchie. Par rapport à d’autres régimes, quelle est la différence en termes de communication??
C.S.?: La première chose qui m’a frappée, c’est cette notion de temps que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les actions s’inscrivent dans la durée, il n’y a donc pas de course à mener pour proposer des projets, des lois, et agir quelques fois trop rapidement comme cela se passe en République. De ce fait, la stratégie de communication s’inscrit dans le long terme, le rythme de la communication politique est différent mais reste très soutenu dans le domaine international où les sollicitations sont multiples. J’ai également été séduite par ce qu’offre une monarchie constitutionnelle au XXIème siècle. C’est avec beaucoup de conviction que j’ai pu parler aux médias de ce statut qui représente une chance exceptionnelle pour la population.

M.H.?: La communication à Monaco est souvent critiquée, notamment dans la dernière émission de C dans l’air consacrée à la rumeur à Monaco, en juillet. Votre avis??
C.S.?: J’ai été extrêmement choquée par cette émission. Il n’y avait personne sur le plateau capable de répondre aux attaques sur la communication. Beaucoup d’inexactitudes ont été affirmées. Le prisme par lequel Monaco a été présenté était extraordinairement réducteur, ce qui était volontaire de la part des acteurs présents. Le plus dur à entendre, c’était les critiques émanant de journalistes avec qui nous avions énormément travaillé, notamment pour le mariage, et qui grâce aussi à notre collaboration, avaient battu des records de vente?! Ils me l’ont écrit?!

M.H.?: Votre bilan?: réussites, échecs??
C.S.?: J’ai créé un service de communication qui travaille de façon très professionnelle, ce qui n’existait pas à mon arrivée. Nous avons développé l’information dans le domaine des technologies nouvelles?: site internet performant, photothèque sophistiquée, archives photos numérisées… Nous travaillons prioritairement les stratégies, collaborons avec les plus grandes agences internationales, et avons réussi à sensibiliser les communicants de la Principauté sur l’intérêt de coordonner l’ensemble des actions.

M.H.?: Des échecs??
C.S.?: Je déplore que certaines personnes n’aient pas compris que pour qu’une communication soit efficace, elle doit être centralisée. Ce qui ne veut pas dire une mainmise sur l’information, bien au contraire?! Ce qui enrichit la communication, c’est la vision que l’on acquiert grâce à la connaissance de l’ensemble des domaines d’intervention. Aujourd’hui encore, certains préfèrent garder leur pré carré, au détriment de la qualité du travail, pénalisant ainsi l’action du prince mais persuadés de détenir, par ce moyen, plus de pouvoir… C’est mon grand regret.

M.H.?: Un mariage princier est unique dans une carrière. Quelle a été votre contribution??
C.S.?: Je me suis totalement impliquée dans cette préparation dès le mois d’août 2010. Organiser un mariage princier, c’est une chance mais aussi un challenge. Cela a été très difficile. Je souhaitais réunir les plus grands talents, des gens d’expérience en qui nous pouvions avoir confiance. C’était indispensable car nous nous devions de réussir cet événement. Il s’agissait également de réserver le meilleur accueil aux médias et leur délivrer une parfaite information. Par ailleurs notre ambition était d’offrir au couple princier et à la population monégasque le plus beau moment de recueillement et de fête.

M.H.?: On a reproché au palais des couacs dans le changement de date et de sites du mariage??
C.S.?: Il y a eu un changement de date c’est vrai, le prince souhaitant vivement participer à la session du CIO. De ce fait la date du mariage a été avancée d’une semaine. Peut-on vraiment parler de couac?? S’agissant du changement de lieu, c’est différent. Personne n’avait l’expérience de l’organisation d’un mariage princier à Monaco. Sur le papier, certaines idées sont séduisantes mais s’avèrent par la suite irréalisables. Le reproche que l’on peut faire, c’est de ne pas avoir fait des études avant de les proposer. Mais je crois sincèrement que malgré les difficultés rencontrées, on peut affirmer que le mariage princier a été une grande réussite.

M.H.?: Le mariage princier a néanmoins souffert de la rumeur touchant le couple??
C.S.?: La rumeur a beaucoup affecté le couple princier. Seules une très grande méchanceté, voire même une cupidité, peuvent être à l’origine de cette rumeur. La volonté de nuire est évidente. Aujourd’hui, on vit dans un monde où tout ce qui touche à la vie privée des personnalités est commentée à souhait par les médias. Il est facile de les alimenter, surtout avec les pires mensonges. Quelques jours avant un mariage tant attendu, cela explique le fait qu’elle ait défrayé la chronique.

M.H.?: La campagne institutionnelle de Monaco n’a pas convaincu tout le monde. Le volet britannique est d’ailleurs suspendu, qu’en pensez-vous??
C.S.?: Je veux bien entendre que certains à Monaco n’aient pas compris cette campagne. On ne peut pas être juge et partie. En revanche, à l’international, le taux de reconnaissance est inhabituel, de l’ordre de 72 %. Cette campagne a été fortement appréciée, l’arrêter serait une erreur. C’est sur la durée que des résultats significatifs seront obtenus. Quant à la campagne imaginée pour Londres, elle a été suspendue, le contexte économique et financier mondial actuel ne s’y prêtant guère.
En revanche, il est capital de continuer les actions de lobbying. La connaissance de Monaco est trop souvent superficielle. Il faut rappeler sans cesse l’engagement du prince pour son pays, les spécificités et l’histoire de Monaco.

M.H.?: Savez-vous si le prince vous remplacera et par qui??
C.S.?: Le prince m’a indiqué qu’actuellement, il n’envisageait pas de me remplacer.

M.H.?: Une nouvelle princesse, c’est un plus pour l’image de Monaco??
C.S.?: C’est d’abord une joie pour la Principauté qui a tant attendu ce moment?! La personnalité de la princesse va donner une impulsion nouvelle à la vie de Monaco. Elle saura faire partager ses passions, et fort de sa générosité, s’investir dans de nobles causes. Naturellement, elle va jouer un rôle important pour l’image du pays. Suite aux interviews qu’elle a données avant le mariage, je crois avoir deviné chez elle un vrai talent dans ce domaine.

journalistMilena Radoman