
Pour Maarten-Jan Bakkum, d’ING Investment Management : « Parier sur la Chine et l’Inde pour jouer la demande domestique » © Photo D.R.
Fragilisées depuis plusieurs mois par des craintes inflationnistes et l’aversion au risque exarcerbée par la crise de la dette en Europe, les actions émergentes sont néanmoins désormais privilégiées pour le moyen-long terme. Décryptage avec trois spécialistes de marché.
Philip Poole, HSBC Global Management :
« Investir dans le changement »
Pour Philip Poole, responsable de la recherche et de la stratégie d’investissement chez HSBC Global Management, il est évident que les pays émergents devront revoir leurs moteurs de croissance pour s’appuyer davantage sur la demande intérieure. « Les marchés veulent croire que ces pays peuvent devenir le fer de lance qui remplacera les Etats-Unis en tant que principale source de demande dans l’économie mondiale, fait-il remarquer. L’augmentation de la consommation en Chine fait ainsi l’objet d’une attention particulière. Le modèle chinois a été jusqu’à présent le même que celui adopté par l’Allemagne et le Japon dans la période d’après-guerre : épargner et investir en grande quantité, produire et vendre sa production à l’étranger. Mais ni l’Allemagne ni le Japon n’ont réussi à se défaire de sa dépendance à la demande extérieure nette. Pourquoi la Chine et d’autres pays émergents y parviendraient-ils et combien de temps cela prendrait-il ? » Philip Poole reconnaît néanmoins que pour la plupart des pays d’Asie, se « dissocier » de la baisse d’activité des pays développés devrait à terme exiger des changements structurels permettant de doper la consommation intérieure. « La Chine prend actuellement des mesures pour réaliser cette transition, précise-t-il. De tels changements pourraient toutefois nécessiter une longue période de gestation. » Et comme pour tout changement profond, « il y aura des gagnants et des perdants, tant du côté des pays émergents que de celui des pays développés », prévient-il.
Maarten-Jan Bakkum, ING Investment Management :
« Parier sur la Chine et l’Inde pour jouer la demande domestique »
ING IM privilégie les marchés émergents affichant un risque limité de poursuite du resserrement monétaire, de bonnes perspectives en matière de demande domestique et une exposition relativement faible à l’économie américaine. « À la suite de la nette détérioration des perspectives de croissance des États-Unis et de la crise de la dette grecque, le thème de la croissance de la demande domestique des marchés émergents est revenu à l’avant-plan, souligne Maarten-Jan Bakkum, stratégiste sénior Marchés Émergents chez ING Investments. Jusqu’à présent, les craintes d’une inflation persistante dans certaines économies émergentes affichant une croissance parmi les plus fortes a incité les investisseurs à la prudence. Toutefois, eu égard au déclin de l’inflation dans plusieurs marchés émergents majeurs, nous pensons que le thème de la croissance de la demande domestique devrait à nouveau gagner en importance au cours des prochains mois. »
La Chine et l’Inde semblent principalement attrayantes dans ce contexte. « Pour nous protéger contre de nouveaux accès de faiblesse des États-Unis et d’un appétit du risque chancelant, nous continuons à sous-pondérer le Mexique, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Corée », précise-t-il.
Bernard Aybran, Invesco Asset Management :
« Une meilleure visibilité sur les émergents »
« Dans un contexte où les marges des sociétés cotées, hors financières, s’approchent de leurs plus hauts historiques de part et d’autre de l’Atlantique, c’est bien un regain de demande finale qui pourrait fournir un relais de croissance, souligne Directeur de la multigestion Chez Invesco Asset Management. Dans les conditions actuelles, alors que consommation et investissement demeurent sous pression dans les économies matures, c’est probablement du côté de certaines économies émergentes que de meilleurs placements peuvent être envisagés. » Le stratège, qui met notamment en avant des niveaux de prix relatifs actuellement en faveur des actions émergentes, met néanmoins en garde contre les principales inquiétudes économiques qui pèsent encore à court terme sur ces marchés. « Si la plupart des émergents ne sont pas confrontés à un ralentissement significatif, c’est toujours la lutte contre l’inflation qui peut créer un environnement difficile pour les marchés financiers, explique-t-il. Avec une moyenne supérieure à 5,5 %, et des pics bien supérieurs dans certaines économies, des restrictions de liquidité sont toujours à attendre de la part de nombreuses banques centrales. Saine à moyen et long terme, cette perspective demeure néanmoins un handicap à plus court terme. »


Laurence Carré









