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Le torse à 9,60 euros brut de l’heure

Par Edson Anumu

Mercredi 29 juin 2011 | 13:37

La bête capitaliste américaine vit encore. Filez au 23, avenue des Champs-Elysées, vous en aurez un aperçu. Vous verserez d’abord une larme sur ce qui devait être la dernière hystérie parisienne. La marque de prêt-à-porter américain Abercrombie and Fitch, connue à New York, Londres ou Milan pour l’accueil du public par des éphèbes torse nu, n’a pas été autorisée longtemps à présenter ces tablettes de chocolat devant son magasin ouvert le 19 mai dernier : la loi française interdit de se promener torse nu dans la rue ! Au lieu de la vingtaine d’Adonis dénudés prévus, il en reste un, à l’intérieur du magasin, au rez-de-chaussée. Tout seul, il semble s’ennuyer un peu. Entrez – dans la boutique, s’entend. Le superbe hôtel particulier qui naguère abritait Thaï Airways a été transformé en boîte de nuit, sur quatre niveaux. Les vêtements sont éclairés par des projecteurs. Le reste est à peine plus lumineux qu’un backroom, cette arrière-salle des bars gays où les clients font plus ample connaissance. Là, pour un salaire horaire de 9,60 euros brut, des jeunes filles et de jeunes garçons, entre dix-huit et vingt-cinq ans, subissent toute la journée une musique à très forts décibels et l’entêtant – restons poli – parfum maison, diffusé plein nez. Ils doivent accueillir chaque client par un « Hey ! What’s going on ? », ce qu’ils traduisent ensuite pour les Français par un Bonjour, vous allez bien ? qui leur vaut de se faire régulièrement envoyer paître par la clientèle. Sinon, comme le prévoit leur contrat, ils dansotent, façon gogo dancers dans les bars thaïs. On fuira cet enfer en lisant Le fantôme du fauteuil 32, où Nathalie Rheims raconte le grand tourment de l’Académie française : la difficulté qu’il y eut à trouver un successeur à son père, Maurice Rheims, qui occupa le dit fauteuil.

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