Le champion du monde de la discipline en 2010 règne sur le circuit depuis le début de la saison et vient en favori à Monaco.
Gagnera-t-il, ou non, le 69ème Grand Prix de Monaco ? Il, c’est Sebastian Vettel, ultra-favori pour la course. A 23 ans, le pilote autrichien de Red Bull Racing domine outrageusement la saison de Formule 1 2011. Sur cinq épreuves, Sebastian Vettel a glané la pole position durant les essais à quatre reprises et a gagné quatre courses (Australie, Malaisie, Turquie, Espagne). Seul le Grand Prix de Chine a échappé à l’Autrichien. Cependant, Sébastian Vettel n’a jamais connu la victoire en principauté. Les deux participations monégasques du champion du monde de F1 en titre avec l’écurie Red Bull (2009 et 2010) se sont soldées pour la première, par un abandon en raison d’un accident et pour la seconde, par une deuxième place. Interrogé sur le Grand Prix de Monaco, Sebastian Vettel évoque « un circuit unique ». « Il faut attaquer comme sur un tracé normal mais si on fait la moindre erreur, on peut être très lourdement pénalisé. La position sur la grille est très importante et peut déterminer votre course, car c’est très piégeur de dépasser à Monaco », dit-il.
Red Bull-McLaren, le duel de la saison
La course de la principauté réussit en revanche davantage à un autre pilote de Red Bull, Mark Webber. L’Australien est monté à deux reprises sur le podium cette saison mais il avait pris la pole à l’occasion du Grand Prix d’Espagne, le 21 mai devant Vettel. Autre avantage, il a gagné le Grand Prix de Monaco en 2010. « C’est un jour spécial, le plus beau jour de ma vie, je pense. En tant que pilote de Formule 1, vous espérez gagner des courses. Et si vous avez le choix, Monaco est très particulier pour tous les pilotes. Rejoindre Ayrton Senna est quelque chose de très spécial. Les derniers tours sont très intenses », avait déclaré Mark Webber après sa victoire. De manière générale, les Red Bull, champions en titre pilotes et constructeurs, semblent nettement en avance à tout point de vue par rapport à leurs concurrents.
D’autres pilotes peuvent venir contester leur suprématie. En premier lieu, Lewis Hamilton, l’autre prodige de la F1 chez McLaren. Le champion du monde 2008 a réalisé une saison 2010 très correcte, ponctuée par une deuxième place au classement des pilotes. Il a été le seul à pouvoir contrer les Red Bull cette saison, en Chine. Il n’a pas démérité dimanche dernier en Espagne, suivant Vettel à la trace mais s’inclinant dans une course tactique. Comme l’Autrichien, il ne s’est jamais imposé en principauté. Contrairement à son coéquipier Jenson Button, vainqueur en 2009. Reste à savoir si les monoplaces des pilotes McLaren peuvent faire jeu égal avec les Red Bull à Monaco. De plus, les occasions de dépasser sont rares sur le circuit. Plus encore avec l’interdiction d’utiliser l’aileron mobile (DRS) sous le tunnel.
Ajoutons à la liste des prétendants pour le podium, les Ferrari de Fernando Alonso et Felipe Massa. L’Espagnol a surpris tout le monde sur sa terre natale après avoir pris la tête de la course en doublant les Red Bull dès le premier virage. Nico Rosberg, régulier dans sa Mercedes GP depuis le début de la saison, peut prétendre au podium. Idem pour les Lotus Renault de Nick Heidfeld et Vitaly Petrov. Mais à parier, le podium monégasque devrait être constitué, sans surprise, de Red Bull et de McLaren.
L’économie locale reprend la pole
Hausse des ventes de billets, hôtels quasi-complets, terrasses qui se remplissent à nouveau, le 69ème Grand Prix de Monaco symbolise une reprise économique.
En 2011, la mythique course de Formule 1 en principauté reprend ses droits. Après deux dernières éditions quelque peu ternies par la crise économique mondiale, voilà que le Grand Prix revient vers un taux de fréquentation plus conforme à sa réputation. Une reprise confirmée, il y a trois semaines par le président de l’Automobile Club de Monaco Michel Boeri, dans les colonnes de L’Observateur de Monaco : « Pour les ventes de billets, on est en progression de 5 à 10 % par rapport à l’an dernier à la même époque. De plus, on a décroché deux nouveaux gros sponsors : UBS et Tag Heuer. Du coup, sauf catastrophe de dernière minute, on devrait pouvoir présenter un exercice très correct au gouvernement ». Les agences qui vendent tickets et terrasses pour l’événement confirment la reprise. « Ça se vend mieux que les deux dernières années. Il y a beaucoup moins de secteurs libres pour la course de dimanche que l’année dernière. Il ne reste que quatre tribunes avec des places libres », annonce-t-on notamment du côté de Platinium, gérante du site monaco-grand-prix.com.
Côté hôtellerie, le moral est également au beau fixe. « Les hôtels de la SBM sont quasiment pleins. Les taux de réservation sont nettement supérieurs à ceux enregistrés ces deux dernières années. On ne retrouve pas encore les années records d’il y a 4, 5 ou 6 ans. Mais l’on mise sur un taux d’occupation largement au-dessus des 90 % », indique Bernard Lambert, directeur général de la Société des bains de mer. « Les prix des chambres sont stables par rapport aux deux dernières années. Les hôteliers ont en revanche adopté des forfaits plus souples. Car avec la crise, les besoins des clients ont évolué », précise-t-il. Le Port Palace affiche « complet au niveau des chambres » depuis une semaine. Quant au restaurant, qui donne aussi vue sur la course, il n’était réservé qu’« à moitié » la semaine dernière. Mais l’établissement évoque un « phénomène important de réservations de dernière minute » au regard de ce qui s’était passé les années précédentes.
Sur l’eau, le Grand Prix fait également le plein. Dans le port Hercule, 140 bateaux sont attendus. Une hausse de 30 unités par rapport à l’année dernière. « On revient à des niveaux conformes à ceux que nous atteignions en 2008 et 2009 ; 2010 ayant été au creux de la vague. Ça promet une très belle année. Les réservations sont parties très fort en janvier et début avril, nous avions déjà 120 réservations confirmées et payées », explique Daniel Realini, directeur technique et d’exploitation des Ports de Monaco. « Ce qui est positif cette année, c’est que le festival de Cannes ne se déroule pas au même moment que le Grand Prix. Il y a, de ce fait, un enchaînement qui se produit. Après Cannes, on vient à Monaco. Un petit pourcentage des réservations cette année provient probablement de cette coïncidence », nuance Daniel Realini.
Monaco prisé des bookmakers
Le Grand Prix de Monaco fait le bonheur des bookmakers. Qu’il s’agisse des sites de paris en ligne ou des traditionnelles offices anglaises, il entraîne une ferveur extraordinaire. Chez les « bookies », Vettel puis Webber (Red Bull) sont donnés largement favoris devant Hamilton (Mac Laren) et Alonso (Ferrari). « C’est un Grand Prix où il y a énormément de paris. Il n’est devancé que par celui de Grande-Bretagne, depuis que nous avons commencé les paris sur la F1, il y a deux décennies », dit-on chez William Hill, société de bookmakers renommée. L’année passée, la course monégasque a rapporté 150 000 livres (172 513 euros) et cette année, William Hill espère en tirer 225 000 livres (258 769 euros) avec les essais, la qualification et la course. « Sur les Grands Prix monégasque et britannique, il y a une hausse de 25 % des enjeux et du nombre de paris par rapport aux autres courses », indique-t-on chez William Hill. Même son de cloche chez Ladbrokes, une autre société de paris bien connue en Grande-Bretagne. « Le Grand Prix de Monaco est toujours un événement excitant pour les parieurs de sports automobiles en Angleterre. La nature du circuit et la course se prêtent bien aux gens qui veulent seulement parier sur un des concours les plus captivants de la saison. Pour cette raison, nous nous attendons à ce que l’industrie des paris prenne au moins un million de livres pour la course seule », affirme-t-on chez Ladbrokes. Un chiffre d’affaires en hausse de 25 % est là aussi « habituellement attendu » sur le Grand Prix de Monaco par rapport aux autres courses.
Les parieurs en ligne excités
Chez les parieurs en ligne, l’excitation demeure aussi présente. « La course a une extraordinaire visibilité médiatique en raison de l’endroit, des célébrités qui viennent voir le Grand Prix et du glamour. Cela rend les gens très au courant de la course. La saison dernière, Unibet a obtenu le plus grand nombre de clients uniques plaçant un pari sur le Grand Prix de Monaco », explique Erik Bäcklund, à la tête du développement du site Unibet. En 2009 et en 2010, Unibet a enregistré son plus gros chiffre d’affaires de la saison de F1 sur Monaco. L’année dernière, 55 % des bénéfices ont été enregistrés avant la course, les 45 % restants pendant. « Un très haut pourcentage, 27 %, du chiffre d’affaires enregistré durant le live de la course provenait des paris faits depuis les téléphones portables », précise Erik Bäcklund. La palme du joueur le plus audacieux est revenue à un Belge qui avait misé 50 euros sur un pack avec une cote à 85 (victoire de Webber au Grand Prix de Monaco, victoire de Nadal à Roland Garros et l’Espagne vainqueur de la Coupe du Monde de football). Il a finalement emporté 4 250 euros. La supériorité de Vettel ne fait cependant pas les affaires de l’industrie. « C’est gênant parce que la course semble courue d’avance. Chez les parieurs, il y a deux écoles : celui qui va jouer Vettel et le petit profit pépère, et celui qui va contre l’avis des « traders » et miser sur un outsider », explique Olivier Kaplan, à la tête du développement produits de Betclic, partenaire du Grand Prix. « Monaco n’est pas la course la plus pariée mais elle reste en haut de tableau. Les sommes jouées sont très raisonnables, ce n’est pas sur la F1 qu’on a les plus gros joueurs. 80 % du chiffre d’affaires se fait avant la course car le pari direct est encore peu répandu sur ce type d’événements. Mais nous testons de nouvelles offres qui ont été plébiscitées par les parieurs », développe Olivier Kaplan. Vettel vainqueur ou pas ? Faites vos jeux !
Grand Prix au grand coeur
Depuis 18 ans, les pilotes de Formule 1 se réunissent pour jouer un match de football de charité au stade Louis-II face à la Star Team for the Children. Ils ont affronté mardi le prince Albert II, Andrea Casiraghi ou encore le Dj Bob Sinclar. L’association, présidée par Mauro Serra, rassemble plus de 200 athlètes lors d’événements sportifs de bienfaisance à Monaco. Les recettes, reversées au Centenaire de la cathédrale de Monaco, financeront la reconstruction de celle de Port-au-Prince, détruite en janvier 2010 par le séisme qui a ravagé Haïti.
Ayrton Senna, l’éternelle star de Monaco
Alors que le Brésilien, décédé le 1er mai 1994 sur le circuit Imola, reste le pilote le plus titré à Monaco avec six victoires, un fabuleux documentaire, Senna, est sorti sur les écrans français le 25 mai. Interview avec Asif Kapadia et Manish Pandey, réalisateur et scénariste du film.
Monaco Hebdo : Comment est venue l’idée du film sur Senna ?
Asif Kapadia : C’est le co-producteur James Gay-Rees qui a eu l’idée du film. Ça remonte à plusieurs années. En 1985, son père travaillait chez un sponsor de la voiture d’Ayrton Senna et il avait pu le rencontrer. Il répétait sans cesse à James que Senna était spécial, qu’il pensait comme aucun autre pilote. En 2004, le co-producteur a lu dans le Times, une série d’articles sur la mort d’Ayrton Senna, dix ans plus tôt à Imola sur le circuit de Saint-Marin. Il s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. Il a alors contacté Manish Pandey, qui est un passionné de F1, pour écrire le scénario puis je les ai rejoints pour réaliser le film.
Manish Pandey : C’est par le biais de ma femme, qui est à la tête du développement de Working Title (producteurs du film) que je suis arrivé sur le projet. Je suis le plus grand fan d’Ayrton Senna. En octobre 2004, j’ai donc rencontré James Gay-Rees. Il voulait faire un film sur la mort de Senna. Je lui ai dit qu’on ne pouvait comprendre Senna qu’à travers sa vie entière. Un mois après, j’ai transmis un synopsis de dix pages et c’était parti. En juin 2005, nous avons rencontré la famille d’Ayrton au Brésil. Il y avait beaucoup de projets d’adaptation. La famille nous a dit oui pour le film. Ils ont vu que j’étais passionné et que j’étais capable de dire à quelle date s’était produit chaque événement de la vie d’Ayrton. Viviane, sa soeur, m’a dit que je connaissais parfaitement son frère. Vingt réalisateurs ont été castés, dont le documentariste Kevin Mac Donald. Nous formons un parfait équilibre avec Asif Kapadia, car il connaissait peu Senna au départ.
M.H. : Comment avez-vous travaillé avec les archives audiovisuelles de la FOM ?
M.P. : En 2006, nous avons rencontré Bernie Ecclestone, afin de lui exposer le projet et de pouvoir utiliser les images de la Formula One Management. Il était très enthousiaste. Cela a pris trois ans avant que Bernie accepte. Début 2009, nous avions tous les accords. On a visionné entre 4 000 et 5 000 heures de rushs. En attendant, en 2008, nous avions recherché pendant six mois toutes les vidéos qui avaient trait à la carrière de Senna. Nous avons introduit les voix d’Alain Prost, de proches, de journalistes sur les images.
A.K. : Il s’agissait des pellicules originales à 100 %. Ces images étaient incroyables. Personne en dehors de la FOM, avant nous, n’avait eu l’autorisation de les voir. Cela a été une véritable chance. Senna était tellement célèbre, qu’il avait en permanence une caméra qui le suivait, comme celle de la chaîne brésilienne Globo.
M.H. : La FOM vous a-t-elle demandé de ne pas exploiter certaines images ?
A.K. : Pas du tout. Tout ce que nous demandions, nous l’obtenions. Il n’y avait pas de restrictions.
M.H. : Le choix de la date de sortie en France (25 mai) a-t-il un rapport avec le fait que Senna soit le recordman de victoires à Monaco ?
A.K. : Ce n’est pas de notre ressort. Le film est sorti l’automne dernier au Brésil et au Japon, juste avant les Grand Prix de ces pays.
M.H. : Quelle place prend Monaco dans le film ?
A.K. : Elle est manifestement importante comme celle que prend le circuit d’Interlagos au Brésil. Des séquences-clés du film ont pour décor le Grand Prix de Monaco. Notamment celui de 1984. Senna part de la grille en 13ème position et sous une forte pluie, termine 2ème. Ou encore celui de 1988 quand Senna affirme après les essais remportés devant Alain Prost, que ce n’était pas sa conscience, qui avait conduit la voiture mais son instinct et qu’il se trouvait en transe dans une autre dimension au moment de la course.
M.P. : Nous avons utilisé quatre grands prix de Monaco. 1984, 1988, 1991 et 1993. Pour l’anecdote, le journaliste qui avait interrogé Senna après les essais de 1988 a retrouvé la cassette originale quand Senna parle de sa sortie du corps. Il avait touché son Dieu, il avait atteint la perfection. En 1991, Senna gagnait une nouvelle fois le Grand Prix avec une caméra au dessus de sa tête dans le baquet. 1993 marquait la dernière victoire de Senna à Monaco. Son meilleur Grand Prix de Monaco restera cependant celui de 1992, quand il bat Nigel Mansell pour 0,215 seconde, alors que sa victoire est totalement improbable.
M.H. : Quel est le meilleur moment de sa carrière montré dans le film selon vous ?
A.K. & M.P. : 1991 lorsque Senna gagne pour la première fois le championnat du Brésil, chez lui alors que sa voiture lui fait défaut. Il n’aurait jamais dû gagner cette course. Son père le congratule et le prend dans ses bras. C’est un moment magnifique, qui représente tout ce que devraient être les rapports humains.
M.H. : Un mot sur la rivalité avec Alain Prost ?
A.K. : Elle est au coeur du film. Alain Prost fait partie de l’histoire de Senna. Ils se sont livrés une intense bataille dans les années 80 et 90. Nous avons transmis une copie du film à Alain.
M.H. : Diriez-vous qu’il y a eu un avant et un après Ayrton Senna ?
A.K. : Il a changé de façon certaine la Formule 1. Le niveau de pilotage, l’intensité, la sécurité. C’est quelqu’un qui a modernisé la Formule 1, qui a fait la transition entre les années 70 et 90. C’était un vrai passionné qui n’abandonnait jamais. S’il s’alignait sur une course, c’était pour la gagner.
M.P. : Oui, sans aucun doute. Senna a été le dernier des grands pilotes. Il disait ce qu’il pensait, ce qu’il ressentait. Et peu importe les circonstances, il ne s’arrêtait jamais de conduire.
M.H. : Le film a été récompensé comme meilleur documentaire au festival du film de Sundance cette année. Comment l’avez-vous vécu ?
A.K. : Je suis avant tout un réalisateur. Et plus que pour les fans de F1, je voulais travailler pour que tous ceux qui ne connaissaient pas Ayrton Senna, le découvrent à travers le film. C’était un pari de le présenter à Sundance et ce prix a été un moment particulièrement beau car les Américains s’intéressent peu à la F1. Ils n’avaient presque jamais entendu parler de Senna. Quand ils ont vu le film, ils sont tombés amoureux du personnage. Et il y a beaucoup d’émotion lorsqu’ils apprennent qu’à la fin, Senna meurt à Isola.
M.P. : Il y a eu un grand silence à la fin du film. Les larmes coulaient sur les visages des spectateurs. Les proches d’Ayrton ont pleuré aussi. La fin m’a personnellement crevé le coeur. J’étais bouleversé. Ayrton Senna était un grand champion.


Adrien Paredes









