Melting pot à la monégasque

La Rédaction
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drapeaux des pays du monde

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Travailleurs immigrés, couples mixtes, cosmopolitisme… Plongée dans le melting-pot monégasque.

Par Florence Canarelli.

Des Monégasques minoritaires en leur pays – 7?860 au 31 décembre 2010 –, une ville qui se remplit le jour de 36?000 actifs (32?000 Français et 4?000 Italiens non résidents) et se vide la nuit pour se réduire à 35?881 résidents, selon l’Institut monégasque de statistiques (IMSEE)… Chacun le sait?: Monaco n’est pas un pays comme les autres. Pourtant comme rien n’est figé, la population vivant en principauté a sensiblement évolué ces dernières années. Depuis 15 ans, la communauté française s’est réduite comme peau de chagrin. Le nombre de Français ayant déserté Monaco est impressionnant?: 6?500 sont partis – presque un sur deux – ils ne sont plus que 8?500 aujourd’hui. Si certains sont devenus Monégasques, la grande majorité est partie faute de pouvoir trouver un logement à un prix abordable. Mais aussi, naturellement, pour des raisons fiscales. Les Français et les Américains étant en effet les seuls résidents à devoir payer des impôts.

Une Tour de Babel de 119 nationalités

Si la communauté italienne a, elle aussi baissé depuis 1998 (voir plus loin), en revanche, Monaco représente toujours une véritable tour de Babel de 119 nationalités, en grande majorité européennes. Avec son taux d’imposition directe nul et plus généralement sa « fiscalité douce », Monaco attire depuis plus de 50 ans les grandes fortunes étrangères?: citons au hasard le chypriote Stelios Haji-Ionnaou, fondateur d’Easy Jet, qui réside à Monaco, ainsi que son frère Polys qui y a installé le siège social de sa société de super-tankers. Et aussi le hollandais Tom van der Bruggen, inventeur du jeu de construction en bois Kapla ou Michele Ferrero, le fabricant des rochers en chocolat du même nom. Sans oublier les sportifs de haut niveau, comme le Serbe Novak Djokovic – depuis peu ambassadeur de Peace and Sport – ou encore Felipe Massa. Rappelons que pour être non imposable, il suffit de résider au moins six mois et un jour à Monaco. Et qu’on a le droit de résider ici jusqu’à 90 jours sans carte de séjour.

Un cosmopolitisme qui a une conséquence logique?: à Monaco, les couples mixtes sont presque la norme. A l’image de Karl Vanis, un résident allemand qui a épousé une Italienne. Une mixité que l’on retrouve d’ailleurs au sein même des communautés et clubs d’étrangers. L’association Monaco-Japon ne compte que 20 % de Japonais. Voilà qui tend à prouver que la majorité des membres ne sont que des curieux de culture japonaise. De même, le Club allemand international regroupe 27 nationalités?! De création récente, le Crem est un creuset où on dénombre beaucoup de couples mixtes, et parions qu’il s’en formera sans doute de nouveaux, dans ce lieu si douillet et cosy…

Cosmopolitisme en chiffres
23?756 titulaires d’une carte de séjour, dont 21?467 Européens (plus précisément membres de 46 pays du Conseil de l’Europe).
Parmi lesquels 8?335 Français, 5?359 Italiens, 2?268 Anglais, 844 Belges, 804 Allemands, 786 Suisses, 462 Néerlandais, 471 Portugais et 276 Américains.
Soit 35 % de Français, 22 % d’Italiens, 9,5 % de Britanniques, 3,5 % de Belges, 3 % d’Allemands…
Sur dix ans, on constate une forte augmentation des Britanniques (+ 40 %), des Belges (+ 7 %), et des Portugais (+ 18 %).
Mais une baisse des Allemands (- 6 %) ou des Suisses (- 6 %)… La plus forte baisse concerne les Américains (- 21 % en dix ans).

Gros plan sur quelques communautés?:

Carte d'Italie

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Sans les Italiens, rien ne va plus

On les dit gros travailleurs, toujours créatifs et de bonne humeur, s’adaptant avec souplesse… Cliché ou pas, toujours est-il que les Italiens sont chez eux à Monaco. Et voici pourquoi.

Par Florence Canarelli.

Si les Italiens n’étaient pas là, on pourrait fermer les hôtels, les restaurants, les boutiques de luxe et les casinos », confie un chef d’entreprise de la place qui connaît son sujet.
Ils sont plus de 4?000 à venir chaque jour de Vintimille pour travailler en principauté. Après les Français, c’est la population la plus importante. Et cela ne date pas d’hier?: sans même rappeler que la famille Grimaldi est originaire de Gênes, il faut savoir que les Italiens étaient majoritaires au début du siècle dernier. En 1910, 40 % du personnel de la SBM était italien… contre 35 % de Français et 25 % de Monégasques. Ouvriers ou employés, ils venaient alors du monde rural pauvre du Piémont ou de Lombardie. A l’image de la famille Noaro, venue de Dolceacqua en 1895, qui fonda une entreprise pour fabriquer les fourneaux des palaces et installent aujourd’hui… des climatiseurs.

De nos jours, les Italiens sont employés dans le tourisme, l’immobilier, le nautisme ou le trading alimentaire international. Au total, plus de mille entreprises italiennes prospèrent à Monaco.

Ferrero, ES-KO…

Parmi les chefs d’entreprise les plus connus résidant en principauté?: Michele Ferrero, 79 ans, le fondateur des célèbres rochers en chocolat?; Manfredi Lefebvre d’Ovidio, propriétaire de la compagnie de croisière Silversea, dont le siège social est ici?; Claudio Marzocco, président administrateur délégué du groupe Marzocco dans la construction et l’immobilier?; Ou encore, plus discret, ES-KO, le siège social à Monaco de la plus grosse entreprise au monde de logistique internationale.

Pour représenter la communauté italienne, une ambassade (depuis l’adhésion de Monaco au Conseil de l’Europe) et un ambassadeur en la personne d’Antonio Morabito, plusieurs associations, comme Monaco-Italie pour la culture, CO.MI.TES, plus institutionnelle ou encore l’AEIM regroupant les chefs d’entreprise italiens pour fédérer leurs forces vives. A l’initiative de l’association Monaco-Italie, on retrouve le banquier Enrico Braggiotti, Monégasque d’origine italienne (ex-président de la CMB). Son but?: faciliter les échanges bilatéraux – voyages à Parme ou cours de cuisine italienne à l’Hôtel de Paris – pour ses 270 membres.

2?700 en moins

Combien sont-ils à résider en principauté?? 7?000 selon les derniers chiffres de l’ambassade italienne, dont 1?200 mineurs de moins de 16 ans. Certes, en un peu plus d’une décennie, la communauté italienne a perdu 2?700 Italiens (ils étaient 9?700 en 1998), sans doute en grande partie pour cause d’amnistie fiscale mise en place par le gouvernement de Silvio Berlusconi dès 2001. Ces dernières années, leur nombre reste stable – autour de 25 % de la population.

Parallèlement, le scudo fiscale aurait fait perdre aux banques monégasques plus de 3 milliards d’euros, qui ont été rapatriés en Italie. A ce jour, les Italiens ne représenteraient plus que 40 à 60 % de la clientèle des banques, contre 70 % avant 2003. On comprend mieux pourquoi Monaco cherche désormais à attirer de nouvelles clientèles… anglo-saxonnes par exemple.

La grogne des salariés italiens
C’est dans Monaco Matin que les salariés italiens ont lancé leur appel, le 29 mars dernier. « Si rien n’avance, nous organiserons un grand rassemblement dans la capitale italienne et à la frontière à la fin de l’année », a prévenu Roberto Parodi, secrétaire de l’association Frontalieri autonomi intemeli (FAI). Les raisons de sa colère?? « On n’a pas de couverture sociale à Monaco et on doit – en plus – payer deux fois plus d’impôts que nos collègues en France. Ce n’est plus supportable », a justifié Roberto Parodi dans le quotidien local. Alors que jusque dans les années 2000, les transfrontaliers italiens, travaillant à Monaco, ne payaient pas un centime d’euro d’impôt, cette situation fiscale est aujourd’hui révolue. Pire, le bonus fiscal de 8?000 euros dont ils bénéficiaient – contrepartie de la mise en place d’un impôt sur le revenu – risque d’être supprimé cette année.
Plus d’impôt
L’association FAI a fait un calcul comparatif avec et sans bonus fiscal. Pour 10?000 euros de revenus, avec le bonus, le salarié frontalier paye 150 euros d’impôt, mais 754 euros sans. Pour 35?000 euros de revenus, il paiera 6?279 euros avec le bonus et 9?476 sans. Soit 3?197 euros de plus… De quoi faire réfléchir sur sa condition de salarié monégasque. « Il va y avoir un exode vers la France », menace Roberto Parodi. Et pour cause?: les salariés italiens travaillant à Monaco ne touchent quasiment pas d’allocations familiales monégasques. Quant au remboursement de leurs frais médicaux, ils ne peuvent compter non plus sur une couverture sociale monégasque, sauf en cas d’urgence… De quoi en décourager certains. Même si une réforme des accords bilatéraux de sécurité sociale, négociée par les autorités monégasques et italiennes, est en cours. Car personne ne sait encore quand elle aboutira.

A Night in Monaco, à la Saatchi Gallery

Parmi les «famous guests» venus le 29 septembre dernier, à A Night in Monaco, à la Saatchi Gallery: Sir Ben Kingsley, Samantha Bond, Alisha Dickson, Ringo Starr ou encore Helena Christensen. © Photo DTC.

Le pourquoi du boom des Britanniques en principauté

En dix ans, la communauté britannique a augmenté de 40 %. Sur la seule année 2010, 200 British se sont installés à Monaco… Mais qu’est-ce donc qui attire ainsi les sujets de Sa gracieuse Majesté?: climat idyllique vu des brumes de la Tamise, et de nos jours, 9 vols Nice-Londres chaque jour… Oui, mais encore??

Par Florence Canarelli.

Un cocktail géant de 1?500 personnes triées sur le volet à Londres en septembre 2010, c’est le concept de A Night in Monaco. Une opération promotion organisée par la direction du Tourisme dans le but évident de vanter les charmes de la principauté. Sans doute pour faire revenir des Britanniques à haut pouvoir d’achat qui, arrivés en masse dans les années 2000, ont eu tendance à déserter Monaco depuis la crise des subprimes. Ce n’est certainement pas un hasard si, à l’occasion de cette fameuse « Night », le Financial Times faisait paraitre un dossier complet sur Monaco, où il était dit, par exemple, qu’un penthouse monégasque, vendue par les frères Nick et Christian Candy, avait battu le record des ventes connu à Londres, trouvant preneur à… 240 millions de livres sterling – 271 millions d’euros?!

La cible?: des gestionnaires de fortunes

Traditionnellement, les Britanniques âgés vendaient leur entreprise pour se retirer à Monte-Carlo. Mais aujourd’hui, ils sont rejoints par des trentenaires et quadragénaires qui prennent la principauté pour une banlieue de Londres car, avec les moyens de communication modernes, il est facile de gérer son entreprise à distance depuis Monaco.
Ils sont créateurs d’entreprise, gestionnaires de fonds, promoteurs immobiliers ou entrepreneurs internet. Ils commencent par descendre à l’hôtel Columbus (qui appartient à l’ex-pilote de F1 anglais David Coulthard), avant d’acheter un appartement à Fontvieille, de préférence au Sea Side Plaza, tout près de l’héliport pour être à l’aéroport de Nice en sept minutes, et de là, s’envoler pour Londres. Que ce soit à bord d’un jet privé – à l’instar de Sir Philip Green, qui possède un Gulfstream G550 sur le tarmac de Nice – ou en empruntant l’un des 9 vols quotidiens.
Il existerait près de 650 administrateurs de sociétés britanniques ayant une adresse à Monaco?: c’était du moins un chiffre donné par le Guardian dans un article de 2006. Un chiffre important qui s’explique notamment par une subtilité de la fiscalité anglaise, le distinguo entre résidence et domicile?: un individu est considéré comme résident du Royaume-Uni s’il est présent dans le pays pendant 183 jours ou plus (doctrine de l’inland revenue). Avec toutefois une dérogation si, exerçant sa profession à l’étranger, il ne reste pas plus de 183 jours en Grande-Bretagne par année fiscale ou 91 jours par an en moyenne sur un maximum de quatre ans.
En clair, il suffit à un citoyen britannique d’effectuer un séjour de 90 jours à Monaco pour être considéré comme non résident britannique tout en travaillant au Royaume Uni, pour être sujet aux lois fiscales monégasques. Ainsi, on peut gérer son entreprise depuis Monaco, tout en ayant une maison à Londres, en partant le lundi matin et rentrant le jeudi de Londres.

Personnalités

Le Guardian a classé par ordre de fortune décroissante les personnalités qui auraient choisi la principauté?: Sir Philip Green, propriétaire de chaines de magasin et son épouse Lady Tina Green, femme d’affaires d’origine sud africaine – deuxième femme la plus riche d’Angleterre?; Citons encore Sir David & Fredrick Barclay, propriétaires du Daily Telegraph?; John Hargreaves, fondateur de la chaine de vêtements discount Matalan ou encore Stelios Haji-Ionnaou, fondateur d’Easyjet. Mais aussi des entrepreneurs du web comme Peter Cruddas, fondateur de CMC Markets (plateforme de transactions boursières sur Internet) ou Nigel Robertso, fondateur de Scoot.com. Ou encore le président du club de football Leeds United, Ken Bates.
Pour le gouvernement monégasque, si la cible reste prioritairement les entrepreneurs résidents (voir encadré), la politique d’attractivité ne s’arrête pas là. D’ailleurs, Monaco compte également des directeurs financiers – comme Jonathan Dudman, directeur financier de IMG, qui représente de nombreux sportifs internationaux. Et, de façon générale, de nombreux financiers, gestionnaires de fortune, juristes spécialistes du droit anglo-saxon…
Sans oublier quelques entreprises installées de longue date comme la « SBM » bis – Single Buoy Moorings – qui fabrique des points d’amarrages pour les supertankers pétroliers et emploie ici plus de 1?000 personnes ou Meat Trading, société anglo-hollandaise, une des plus grosses d’Europe dans son secteur. Ou encore Christies, la grande maison de vente qui avait quitté la place en 2000 et qui revit depuis 2006, grâce à Nancy Dotta, correspondante Christies à Monaco.

Avec un abonnement annuel de 40 euros, la BAM s’adresse à tous

Fondée en 1935, la British Association of Monaco (BAM) prouve s’il en est besoin de l’attrait de longue date des Anglais – et pas que des plus riches – pour la principauté. Avec un abonnement annuel de 40 euros, on voit que la BAM s’adresse à toutes les bourses?: deux réunions régulières deux fois par mois, – happy hours et friendship club (thé et petits gâteaux), quelques sorties ou soirées dans des lieux british de Monaco comme le pub anglais de Fontvieille, mais aussi visite des îles de Lérins ou repas au yacht club de Nice… Ils sont entre 500 et 600 membres, la plupart anglophones, à se retrouver dans cette association à but à la fois social et culturel, actuellement présidée par Chrissie Courtney, qui dirige une société maritime.
Les réunions ont lieu le plus souvent dans la bibliothèque de l’église anglicane – judicieusement située avenue de Grande Bretagne. L’aspect social n’est pas oublié avec le community support, un bureau tenu par Steve Bull qui dispense renseignements pratiques (bonnes adresses…), entraide entre membres et aussi une assistance financière – dans la mesure des moyens (plutôt modestes) de l’association.
Secrétaire honoraire (bénévole) de la BAM, Steve Bull fait preuve d’humour british en commandant un « café américain », tout en demandant s’il ressemble vraiment à un British… Cet Anglais qui travaille comme expert-comptable chez un armateur grec propriétaire de supertankers et a épousé une Française, est un bon exemple du cosmopolitisme de Monaco.

Toiletter le droit monégasque pour attirer les résidents
Pour attirer des investisseurs et des résidents à hauts revenus, Monaco doit renforcer son attractivité. Au travers de la feuille de route fixée par le prince Albert, le ministre d’Etat Michel Roger avait annoncé fin 2010 trois types d’actions, à plus ou moins long terme. Avec la nomination d’un Monsieur Attractivité, soit Henri Fissore et le renforcement du Monaco Business Office (MBO) – alias le guichet unique -, l’idée est de faciliter la création d’entreprises à Monaco et de partir à la chasse des entrepreneurs résidents. Mais le gros du travail sera législatif avec l’amélioration du statut des SARL, la création de nouvelles formes juridiques comme l’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) ou la société d’exercice libéral (SEL). L’autre projet de loi majeur porte sur la modification des droits de mutation. Avec pour objectif de « corriger la perte de recettes de l’Etat sur les droits de mutations – aujourd’hui de 6,5 % –, pertes qui viennent de ce que, parfois, des mutations ne sont pas imposées parce que réalisées par des sociétés offshore », nous avait indiqué en octobre 2010 Michel Roger. En clair, l’idée est que les investisseurs passent non plus par une société off shore mais par une société civile immobilière (SCI) monégasque en proposant un taux de mutation plus faible pour tout le monde. « Nous faisons le pari qu’un certain nombre de propriétaires qui utilisent l’offshore pour échapper aux droits de mutation trop élevés à Monaco accepteront de créer une SCI en principauté », lance Michel Roger. A voir.

Audi A6

Le port de Monaco qu'Audi a choisi récemment pour présenter son nouveau modèle, l'A6, en y construisant un gigantesque stand provisoire. © Photo Audi

Avec les Allemands, des partenariats techniques

« Monaco, c’est international, propre, sécurisant… et sans ostracisme vis-à-vis des Allemands… », confie l’un d’eux. Si les germanophones sont moitié moins nombreux que les britanniques – 860 Allemands, 3 % des résidents étrangers – c’est quand même la troisième communauté en chiffres, si on y ajoute les 200 Autrichiens.

Par Florence Canarelli.

Un lien historique existe entre Monaco et l’Allemagne?: François Blanc, le fondateur de la SBM, avait auparavant fait la richesse de Hombourg, ville thermale allemande où il avait lancé un casino. C’est en s’inspirant de cet exemple qu’il créa Monte-Carlo, son Casino, l’Hôtel de Paris… et les bains de mer – on se baignait alors dans le port de la Condamine. Certains Allemands sont là parfois depuis longtemps, à l’image de Karl Vanis, ex-directeur de palaces et président du Club allemand international (CAI), un club vieux de bientôt 40 ans, créé à son initiative. Né à Essen, ce « fils du peuple » débute comme serveur afin de se payer une école hôtelière en Suisse. Il rêvait des USA, mais, déçu, il trouve finalement son bonheur à Monaco?: arrivé en 1962, il entre à l’Hôtel de Paris comme directeur commercial et, deux mois plus tard, rencontre Giovanina, une italienne originaire de Isola Bona (village voisin de la frontière). Il fera ensuite carrière comme directeur de plusieurs palaces monégasques. Aujourd’hui à la retraite, il se donne à fond au Club, rédigeant une luxueuse brochure annuelle, en anglais et en allemand, s’occupant de l’organisation des soirées de galas, matinées classiques, conférences-cocktails et autres visites de la cave de l’Hôtel de Paris.

Max Grundig et Franz Burda

Un club qu’il a voulu très haut de gamme, présidé par de hautes personnalités comme Rudi Mehl (consul général du Pérou) ou Christine Esswein, femme chef d’entreprise dans la construction qui fut consul honoraire de la RFA à Monaco. Parmi ses membres fondateurs de grands chefs d’entreprise comme Franz Burda (groupe Burda presse) ou Max Grundig (radio TV). Ce club s’adresse ouvertement à ceux qui ont réussi, comme l’annonce sans complexes Karl Vanis?: « Si vous trouvez que c’est trop cher, c’est que vous n’êtes pas à votre place ». Mais s’il fait néanmoins preuve de générosité dans des œuvres de bienfaisance.

Amour de l’Auto et de la technique

L’amour bien connu des Allemands pour leur Auto n’est pas un cliché?: ils viennent en nombre à Monaco assister au grand prix de Formule 1 ou tourner des films de pub.
Comme l’analyse Claude Giordan, ambassadeur de Monaco à Berlin, « les Allemands sont des partenaires de choix dans ce secteur. » Daimler fournit depuis mars 2010 une dizaine de Smart électriques pour la poste et les télécoms. Et a présenté à Monaco sa Classe A électrique. De même, c’est le port de Monaco qu’Audi a choisi récemment pour présenter son nouveau modèle, l’A6, en y construisant un gigantesque stand provisoire.
Mais les investisseurs allemands ne se bornent pas à l’automobile?: le centre cardio-thoracique est équipé par Siemens et utilisé comme centre européen de référence, suite à un accord signé en septembre 2010. Et Solar World, entreprise solaire basée à Freiberg, a signé un accord de partenariat avec Monaco pour équiper des centres d’aide humanitaire en Afrique, suite à la visite du prince Albert en Allemagne en 2008.

Une minorité discrète?: les Japonais
Une centaine de Japonais résideraient à Monaco – impossible d’avoir de chiffres plus précis. Ils sont entrepreneurs, banquiers ou professions libérales, anciens pilotes de F1 ou de moto, pianiste à l’orchestre philharmonique… Décorateur comme Monsieur Sao, installé de longue date ou madame Hatsue qui crée des meubles en sucre. Restaurateur comme la famille Kodera qui dirige le Fuji, soprano lyrique comme Yukako Custo. Ou encore, à la tête d’une agence réceptive comme Madame Fato, dont le mari est professeur de karaté…
Il existe depuis peu (2007) une association Monaco-Japon, dont seulement 20 % des membres seraient originaire du pays du soleil levant, selon la présidente Béatrice Projetti. C’est pourquoi les activités – initiation à la langue japonaise, journée « saveurs du japon », démonstrations d’arts martiaux, atelier de sumi-é ou de calligraphie, rencontres artistiques – permettent aux membres de découvrir ce pays.
Le jardin japonais, haut lieu du Japon à Monaco, est mis à disposition de l’association pour entre autres, la fameuse cérémonie du thé.

Le Crem

© Photo D.R.

Le Crem, une mini société des nations, à l’image de Monaco

« Louisette est une vraie boule d’énergie », s’exclame Marilyne Pierre, directeur du Crem, qui elle-même n’est pas en reste de dynamisme. Le Crem, ou Club des résidents étrangers de Monaco, est une idée de Louisette Levy-Soussan, bien connue en principauté pour avoir été secrétaire particulière de la princesse Grace puis du prince Albert durant seize ans. Un club très haut-de-gamme, hébergé gracieusement dans un local en rez-de-chaussée du Mirabeau (l’ex hôtel transformé en appartements de luxe), grâce à la générosité de sir David et Frederick Barclay. Et luxueusement décoré par Lady Tina Green dans des tons noir et argent.
S’il existe près de 400 clubs en principauté, celui-ci est différent car il souhaite « brasser toutes les nationalités, les mettre en relation aussi bien que de les aider à s’intégrer. »
Italiens, Anglais, Allemands, sont les plus nombreux. Mais également quelques Américains et Canadiens, un Tchèque et un Lituanien, un Irakien et un Iranien, un couple de Japonais et un couple de Russes, beaucoup de couples mixtes… 30 nationalités, soit 270 membres, se côtoient déjà au Crem, pourtant ouvert depuis seulement juin 2010.
Ils sont banquiers ou juristes internationaux, et bien sûr hommes d’affaires, tous “far away from home” et désireux de participer à la vie monégasque. Un club très select, au vu du droit d’entrée?: mille euros par famille et une cotisation annuelle de 500 euros par personne. Et 750 euros pour un couple… couple entendu au sens large de mère-fille, père-fils, etc. Mais en gardant cependant un esprit ouvert, convivial, souriant.
Cocktail piano-bar tous les jeudis soirs, visite chaque mois dans un haut lieu monégasque (le conseil national par exemple), backgammon, bridge ou piano, sans oublier des fauteuils délicieusement confortables…

journalistLa Rédaction