Deux listes pour une mairie

Adrien Paredes
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Mairie-de-Monaco

© Photo Monaco Hebdo.

Dimanche 13 mars, à la salle du Canton, les Monégasques devront élire les quinze membres du conseil communal pour les quatre années à venir. Georges Marsan, maire de Monaco depuis 2003, conduit, pour la troisième fois, la liste pour l’évolution communale. Face à lui, Loïc Pompée, 33 ans, prône, avec la sienne, le renouveau de la mairie. En cas de second tour, il faudra revoter le 20 mars prochain.

A ma gauche, Georges Marsan, 53 ans, pharmacien, rompu aux élections communales depuis vingt ans, ancien adjoint de Anne-Marie Campora et maire de Monaco depuis 2003. Il brigue un troisième mandat. A ma droite, Loïc Pompée, 33 ans, administrateur de sociétés, qui se présente pour la première fois. La mairie, il la connaît bien cependant pour y avoir travaillé, au service d’affichage, entre 2005 et 2007. Loïc Pompée la considère comme « la Maison des nationaux ». Le combat, qui oppose la liste pour l’évolution communale à celle pour le renouveau de la mairie, paraît déséquilibré à première vue. D’autant que le passé judiciaire de Loïc Pompée lui colle encore à la peau. Une histoire de vol de jetons sur laquelle le candidat s’est défendu dans Monaco-Matin : « C’était un règlement de compte. Ça s’est soldé par une amende de 1?500 euros. »

Sur le plan des armes, le combat s’annonce là-aussi inégal. Avec 15 candidats contre 9. L’Evolution communale de Marsan se présente avec deux nouveaux prétendants?: l’architecte François Lallemand et le directeur technique de la Fédération monégasque de ski, Jacques Pastor. Ils remplacent respectivement Alexandre Giraldi et Robert Poyet. Le Renouveau de la mairie, emmené par Pompée, présente neuf candidats, dont huit tâtent le terrain politique pour la première fois. Seul Michel Boisson a déjà siégé au conseil communal de 1995 à 1999, et a été conseiller national de 1999 à 2003.

Plus de 50 % d’abstention sur les trois dernières élections

Georges Marsan et Loïc Pompée devront faire face à deux paramètres?: le taux de participation et l’abstention. Entre 1979 et 1995, le taux de participation aux élections communales n’est jamais descendu en dessous de 60 %. Une tendance qui s’est inversée lors des trois derniers scrutins. En 1999, 2003 et 2007, le taux de participation était respectivement de 54,3 %, 53,4 % et 53,7 %. A peine plus de la moitié des Monégasques inscrits sur les listes électorales semble se passionner pour les élections communales au point de se rendre aux urnes. « Deux listes, ça peut booster la participation. En plus, les élections se dérouleront hors période de vacances scolaires. Si on fait 60 %, c’est bien », confie un conseiller communal. « On espère avoir le même taux de participation qu’en 2007 », indique le secrétaire général de la mairie, Jean-Yves Péglion. Pour Félicitas Guillot, auteur de Reflets d’un siècle de vie publique monégasque, « la liste totalement inattendue de Loïc Pompée est un facteur positif pour les élections. Cela fera remonter le taux de participation ».

Paradoxalement, le nombre d’inscrits sur les listes électorales augmente d’élection en élection. Sur 8?400 Monégasques, ils seront 6?510 à pouvoir se rendre aux urnes ce dimanche. Soit 300 de plus qu’en 2007. Cette baisse d’intérêt pour les élections communales serait-elle alors imputable aux nationaux fraîchement inscrits?? « Les jeunes ne s’intéressent pas aux communales, probablement parce qu’ils ne possèdent pas assez d’informations sur ces élections. Sur le rôle des conseillers communaux par exemple. Il faudrait mettre en place une formation au lycée, pour qu’il y ait une prise de conscience des droits civiques, un peu comme au collège. Il est fondamental de se rendre aux urnes, même pour exprimer un vote blanc. Cependant, le fait que beaucoup de jeunes Monégasques suivent des études à l’étranger peut être un facteur d’absence de leurs votes », explique Axelle Amalberti, présidente de l’Association des jeunes Monégasques. « Il est vrai qu’on entend plus parler du conseil national que communal. Mais la mairie commence à prendre de l’importance par sa communication », poursuit-elle. Alex, Monégasque de 26 ans, ne se « passionne pas » pour les élections communales. Mais dimanche, elle ira voter. « C’est un devoir. Je l’ai déjà fait en 2007. Avec une deuxième liste, ça amène du suspense. Je suis contente de ce que fait Georges Marsan. Loïc Pompée, je ne le connais pas du tout. Il a essayé de m’ajouter sur Facebook mais j’ai refusé. Il reste trop vague dans son programme », dit-elle.

Second facteur?: l’abstention, réunissant ceux qui n’ont pas voté ainsi que les votes nuls et blancs, sera tout aussi suivie. Entre 1979 et 1995, elle était comprise entre 35 % et 42 % lors des premiers tours de communales. Le phénomène d’abstention a dépassé les 50 % sur les trois dernières échéances pour le renouvellement de la mairie mais semble à la baisse (56 % en 1999, 53,2 % en 2003 et 50,9 % en 2007). « Parfois, certains votes sont annulés car ils ont été mal effectués », souligne Jean-Yves Péglion. Cependant, même avec la présence d’une deuxième liste, qui pourrait éventuellement engendrer un second tour, l’intérêt reste mince pour certains électeurs. « Pompée, c’est un peu le soldat Ryan. Il faut être réaliste. Il a peu de chances de passer », analyse un Monégasque qui hésite à se rendre aux urnes. Le principal intéressé « trouve dommage que la mairie suscite aussi peu d’intérêt chez les compatriotes, c’est bien qu’il y a un problème?! ». Un ancien conseiller communal, formel, ne se déplacera pas salle du Canton dimanche. « Ça sert à quoi d’aller voter aujourd’hui?? Sous Médecin, la mairie avait un poids qu’elle n’a plus. Il y avait des personnalités… Aujourd’hui, la mairie est adossée au gouvernement », argue-t-il.

Une réforme pour les échéances de 2015??

Si les élections communales attirent peu, l’absence d’un choix élargi de listes candidates, dans l’histoire récente, n’est pas anodin. A seulement trois reprises depuis 1983, les listes sortantes ont eu une opposition (la liste pour l’évolution communale en 1991, Bernard Carpinelli, candidat indépendant en 2007, liste pour le renouveau de la mairie en 2011). Il faut remonter à 1967 pour retrouver quatre alternatives de vote (l’Action communale, le Mouvement d’union démocratique, Emile Gaziello et Théo Gastaud, candidats indépendants). Notons aussi qu’en 1979, une liste baptisée Union pour un Renouveau Monégasque s’était présentée aux communales. L’élection de la liste d’Anne-Marie Campora en 1991, au détriment de la liste d’Action communale emmenée par le maire sortant, Jean-Louis Médecin, reste le seul renversement majeur qu’ait connu la mairie depuis trente ans. Reste à savoir si dimanche prochain, dans les urnes, les quinze sièges du conseil communal seront pourvus. Ou si un deuxième tour devra être organisé.

Autre facteur qui joue en faveur de l’abstention?: le fonctionnement désuet des communales. Par exemple, la campagne officielle des candidats ne dure qu’une semaine et ne laisse donc que peu de place au débat sur les programmes des prétendants au conseil communal. A noter que la loi monégasque sur les élections communales et nationales, datant de 1968, se montre bien peu soucieuse de l’écologie. La mairie a pour obligation de préparer un jeu de 130?000 enveloppes personnalisées pour chaque liste, dans le cas où il y en aurait trois. « Elles ne peuvent pas être réutilisées car elles sont estampillées de l’année à laquelle se déroulent les élections. C’est la loi », affirme le secrétaire général de la mairie, Jean-Yves Péglion. « Si je suis réélu, je ferai en sorte que la loi qui régit l’organisation des élections communales et nationales puisse être modifiée sur quelques points », promet Georges Marsan. Rendez-vous en 2015.

elections salle du canton

© Photo Realis.

Dessine-moi un programme?!

Les listes de Georges Marsan et de Loïc Pompée ont livré leur programme. Focus sur les points forts.

Si les projets des deux listes candidates se ressemblent sur certains points, ils se démarquent sur les précisions qu’ils contiennent pour chaque mesure. Celui de l’Evolution communale cible précisément chacune de ses mesures. Celui du Renouveau pour la mairie se contente de grandes mais vagues ambitions. Trois thématiques principales figurent cependant au centre des programmes. La quatrième, celle de l’urbanisme, pourrait faire la différence dans les urnes.

Petite enfance
Georges Marsan vise le plein accueil dans les crèches de la principauté d’ici 2013 (lire interview). Son opposant souhaite que la mairie devienne « une sorte de coordinateur de crèches inter-entreprises ». « Cela fait des années que nous soutenons les projets de crèches d’entreprises. Nous avons apporté notre aide à des sociétés telles que Single Buoy Moorings. Mais ce n’est pas à la mairie de s’immiscer dans la stratégie des entreprises, ce n’est pas dans nos prérogatives », tacle Georges Marsan.

Ressources humaines
Un élu délégué aux ressources humaines ainsi qu’un suivi des carrières et de mobilité interne sont prévus au programme de l’Evolution Communale. Le Renouveau de la mairie milite, lui, pour une meilleure gestion du personnel communal. Avec l’ambition de rendre « plus juste l’organigramme de la Mairie pour le bien-être et la reconnaissance de tous ses employés, tous grades confondus ».

Culture, animations
Loïc Pompée veut pêle-mêle « des concerts de plus grande envergure, des foires et des activités culturelles plus fréquentes ». « Les Monégasques et résidents sont en droit d’attendre davantage et mieux. Il faudrait renouveler les animations de la fête foraine et redevenir des précurseurs en la matière. Il faudrait aussi plus d’audace concernant les animations de Noël et d’été. Enfin nous proposons la création d’un Carnaval et que les animations de Monaco soient étroitement en lien avec la culture monégasque », précise Loïc Pompée. Georges Marsan souhaite tout autant « des concerts live » ou encore « une programmation culturelle étoffée ». « Pourquoi pas des concerts et des repas en langue monégasque sur la place d’Armes quand elle arborera son nouveau look », détaille le maire sortant. La réalisation de soirées au stade nautique Rainier-III et au parc Princesse Antoinette est également envisagée. La future médiathèque figure aussi parmi les priorités de Georges Marsan. Il défendra coûte que coûte le projet (lire interview). Mais son adversaire le considère comme « un échec majeur du conseil communal sortant »?: « Aujourd’hui, le conseil national est trop présent sur certaines décisions du conseil communal et comme on l’a vu sur le dossier de la médiathèque ou de l’autonomie communale, le maire ne bronche pas. Il faut un maire capable de taper du poing sur la table. »

Urbanisme

La surélévation de la mairie ou encore la rénovation du marché de la Condamine seront les projets phares du troisième mandat de Georges Marsan, en cas de réélection. « Sur les questions d’urbanisme il est difficile de se prononcer puisque nous ne sommes pas au courant des dossiers. Sur la méthode, je remarque que les gros dossiers avancent toujours en plein été et sans débat public », note Loïc Pompée, qui, lui, « demandera aux autorités la réouverture du dossier de l’autonomie communale pour y apporter une vision plus dynamique ».

George Marsan

George Marsan © Photo D.R.

“Loïc Pompée ferait mieux de balayer devant sa porte”

Le maire sortant, qui brigue un troisième mandat, évoque les actions menées par son équipe depuis 2007. Interview relue et amendée.

Monaco Hebdo?: Quel bilan tirez-vous de votre deuxième mandat??
Georges Marsan?: J’en suis globalement très satisfait. Nous avons pu réaliser l’ensemble de nos projets grâce à la loi sur l’autonomie budgétaire de la mairie votée en 2006. C’est un succès, le fonds communal a été triplé depuis 2007.

M.H.?: Au coeur de votre mandat, il y avait la petite enfance. Vous avez dû faire face à une poussée des demandes de places en crèche. Où en est-on aujourd’hui??
G.M.?: Il y a une tension brutale depuis deux ans au niveau des demandes de places en crèches. Il a fallu s’adapter, en ouvrant 2 nouvelles crèches et une micro-crèche pour y faire face. Nous avons actuellement 250 places et nous visons le plein accueil pour 2013, si la liste est réélue. D’ici deux ans, on aura augmenté de 52 % la capacité d’accueil dans les crèches en principauté soit 130 places de plus. La crèche de Monaco-Ville va accueillir quinze berceaux de plus, la micro-crèche A Ritournella va bientôt ouvrir tout comme la crèche de la Condamine en 2013, qui comptera soixante-cinq berceaux. Nous gardons un oeil sur le projet de Testimonio, qui est prévu pour 2015. Pour rester dans le domaine de la petite enfance, on mettra en place un service d’accueil de futurs parents. Cela permettra de renforcer le lien entre le personnel des crèches et les familles. Sur 50 créations de poste en mairie depuis 2007, 25 l’ont été pour la petite enfance.

M.H.?: Les seniors aussi faisaient partie de vos priorités en 2007. Comment leur quotidien a-t-il évolué??
G.M.?: La téléalarme était l’un des projets les plus importants de ce mandat. Elle n’avait pas été changée depuis vingt ans. Aujourd’hui, nous avons l’un des dispositifs les plus modernes au monde. Ce système permet notamment aujourd’hui de détecter les chutes de personnes âgées. Nous compterons 500 bénéficiaires de ce système fin 2011. De nouvelles fonctionnalités y seront ajoutées si je suis réélu. Les personnes âgées pourront également disposer de livres de la médiathèque à domicile. Enfin, nous allons créer un service de dépannage pour les bénéficiaires du maintien à domicile. Il pourra réaliser des petits travaux. Le maintien à domicile, comme les repas, fonctionnent très bien. On livre une prestation de qualité et nous n’avons pas à rougir par rapport aux prestataires privés.

M.H.?: Parlons culture. Le report de la médiathèque a beaucoup fait parler en fin d’année dernière. Craignez-vous de ne pas la voir sortir de terre??
G.M.?: La médiathèque n’est pas un projet qui a été enterré. Je ne veux pas qu’il le soit pendant huit ans. Je ne l’accepterai pas. C’est un bâtiment que les Monégasques attendent depuis plus de vingt ans. Nous avons obtenu des garanties du gouvernement sur ce projet. Il a été validé. Il faudra attendre de connaître l’emplacement du futur hôpital pour définir celui de la médiathèque. On se battra sur les délais de sa réalisation. En attendant, nous aurons en 2013 des locaux sur les délaissés SNCF pour le dépôt légal et le fonds régional. Nous aurons aussi une salle d’expositions polyvalente.

M.H.?: Quel est votre bilan sur la partie culturelle??
G.M.?: L’Académie de musique, c’est avant tout la culture pour tous, dès le plus jeune âge. Elle est devenue, en 2008, un conservatoire à rayonnement départemental. L’enseignement supérieur y sera développé si je suis réélu. L’Ecole supérieure d’arts plastiques a obtenu la validation de son master d’expression plastique. Quant au Jardin exotique, il a gagné deux labels scientifiques et les ateliers pédagogiques avec les scolaires de la principauté fonctionnent bien.

M.H.?: Sur le plan des services pratique et de proximité, comment jugez-vous les actions menées sous votre deuxième mandat??
G.M.?: Pour moi, c’est un succès. La carte d’identité monégasque électronique, que possèdent aujourd’hui 3?000 Monégasques, est l’une des plus modernes d’Europe. Seul le Portugal fait mieux que nous dans ce domaine, pour l’instant. Avec le nouveau site Internet de la mairie, nous sommes plus proches de nos concitoyens. A terme, ils pourront réaliser l’ensemble de leurs démarches administratives en ligne. La campagne de communication a permis aux Monégasques de mieux connaître les prérogatives de la mairie, en les identifiant en quatre pôles. Je suis également très fier de la création du service communication, sous l’impulsion de Nicolas Croesi.

M.H.?: Un mot sur la surélévation de la mairie, qui figure dans votre programme??
G.M.?: Cela fait partie des projets majeurs. Le bâtiment respectera le style historique du Rocher. Sa superficie (1?000 m2) représentera 40 % de la surface de la mairie actuelle. Il s’agit d’une évolution nécessaire. Cela permettra d’améliorer les conditions de travail des employés communaux et d’accueillir plus de Monégasques en mairie. Une étude de faisabilité a été confiée au cabinet Raymond. L’opération devrait être phasée sur trois ans.

M. H?: Pour le marché de la Condamine, les travaux auraient dû commencer sous votre deuxième mandat…
G.M.?: La crise financière est passée par là. Ils ont été reportés d’un an pour raisons budgétaires (le projet coûte 17 millions d’euros, ndlr). Dans ce contexte, nous avons suivi le gouvernement qui a reporté tous ses autres projets d’envergure. Aujourd’hui, le gouvernement a tenu sa parole. Les travaux commenceront en septembre 2011. Le marché de la Condamine va redevenir un lieu d’échanges et de convivialité.

M.H.?: François Lallemand et Jacques Pastor remplacent respectivement Alexandre Giraldi et Robert Poyet, comment les avez-vous choisi??
G.M.?: Alexandre Giraldi s’en va pour raisons professionnelles. Il a fait un boulot fabuleux pour la mairie, c’est lui qui a commencé à porter le projet de surélévation de la mairie. Ce sera un challenge pour François Lallemand d’en prendre la suite. Il est nécessaire d’avoir aujourd’hui un architecte au conseil communal, notamment pour les questions d’urbanisme. On touche parfois à des aspects très techniques dans ce domaine. Et puis, il faut un conseiller qui puisse assurer le suivi des travaux. Quant à Robert Poyet, il nous quitte après avoir connu dix-neuf élections. Il a beaucoup œuvré pour la centaine d’associations sportives dont il avait la charge. Jacques Pastor, qui baigne dans ce milieu, me semblait la personne idéale pour remplacer Robert Poyet.

M.H.?: Y aura-t-il un remaniement concernant les délégations si vous êtes réélu??
G.M.?: Il sera minime. Ralph de Sigaldi a fait part de son désir de prendre la délégation de l’Académie de Musique, Henri Doria, celle de l’état civil et Camilel Svara le maintien à domicile. Le changement se fera au niveau de l’organisation du conseil. Il y aura des commissions, regroupant les délégations par grands pôles d’actions. Par exemple, la commission culture rassemblera les délégations correspondantes (Médiathèque, Académie de musique, ESAP, Jardin exotique). Un référent sera élu à la tête de cette commission.

M.H.?: Loïc Pompée affirme que la mairie est très liée avec le gouvernement, que lui répondez-vous??
G.M.?: Le gouvernement ne fait qu’exercer un contrôle de légalité. Nous sommes libres d’avoir nos propres projets. Nous sommes beaucoup plus indépendants que le conseil national. Après, nous devons avoir une politique cohérente avec celle du gouvernement.

M.H.?: Il vous reproche aussi un manque de transparence sur les marchés avec préférence nationale…
G.M.?: Je peux vous certifier que nous agissons selon les mêmes procédures que le gouvernement pour les marchés publics. Loïc Pompée devrait le savoir, il a travaillé au service de l’affichage de la mairie. Nous allons même au-delà de ces procédures alors que nous ne sommes pas obligés de le faire. Pour le nouveau site Internet, par exemple, nous avons consulté huit agences monégasques. Et puis quand on représente une société dont les locaux, le personnel et les outils de production sont basés à Nice, ne croyez-vous pas qu’on vient « manger » la prestation des entreprises monégasques?? Loïc Pompée ferait mieux de balayer devant sa porte avant de nous traiter de malhonnêtes par rapport aux entreprises monégasques.

Suffren Reymond, premier maire élu en 1918

Suffren Reymond, premier maire élu en 1918 © Photo Bibliothèque Louis Notari-Fonds régional.

Le conseil communal, doyen politique de Monaco

Née officiellement avec la Constitution monégasque de 1911, l’institution a vu plusieurs de ses élus la délaisser au profit du conseil national.

Qu’il fut Parlement général au XIIIème siècle, Podestat au XVIIIème siècle ou encore Conseil d’Etat au XIXème siècle, le conseil communal a toujours plus ou moins existé dans l’histoire de Monaco. Il demeure la doyenne des institutions monégasques. Sa forme actuelle, le conseil communal la doit au prince Albert Ier lorsque celui-ci proclame, le 5 janvier 1911, la Constitution monégasque. Trois communes forment à l’époque la principauté?: Monaco-Ville, Monte-Carlo et la Condamine. François Crovetto, Suffren Reymond et Honoré Bellando sont respectivement nommés par Albert Ier, à la tête de chacune de ces trois villes devenues aujourd’hui quartiers de la nation monégasque. Un conseil élu, composé de neuf membres, épaule chaque maire. La police municipale, la voirie ou encore les fêtes figurent déjà dans les prérogatives des instances communales. Suffren Reymond est nommé président de la commission intercommunale, chargée des intérêts communs aux trois villes. En 1917, la Constitution est suspendue et à la fin de la première guerre mondiale, les trois communes n’en forment plus qu’une?: Monaco. Le conseil communal passe de neuf à quinze membres, élus pour trois ans au suffrage universel direct. Suffren Reymond devient le premier maire élu par les Monégasques, le 7 avril 1918. La mairie, régie par la loi sur l’organisation communale, a ensuite connu quelques réformes en 1920, 1962, 1974, 2002 et 2006.

La mairie, antichambre du conseil national??

Depuis 1979, les conseillers nationaux et communaux ne cumulent plus les mandats au sein des deux assemblées. Une tendance s’est créée à partir de cette date. Un passage au conseil communal peut amener à briguer une place au conseil national. Le premier d’entre eux fut Baptiste Marsan en 1983. Adjoint de Jean-Louis Médecin de 1979 à 1983, il expliquait sa candidature, notamment, par le fait d’« avoir élargi ses vues aux problèmes concernant tous les Monégasques ». Baptiste Marsan citait ainsi la priorité d’emploi, le logement ou encore la nationalité. En 1991, Claude Boisson, après avoir effectué deux mandats en tant que conseiller communal, se présente à son tour aux élections nationales. « Pour pouvoir traiter l’aspect législatif et parler directement avec l’exécutif de tous les dossiers ayant trait à la vie de la principauté », dit-il. Deux ex-conseillers communaux, Jean-Charles Gardetto et Thierry Poyet, représentant respectivement l’UPM et Rassemblements et Enjeux, ont tenté leur chance. Le premier a été élu, pas le second. Rarement, les élus nationaux reviennent briguer un siège en mairie. Ce sera le cas de Michel Boisson. Passé du conseil communal au conseil national en 1999, il se lance de nouveau à l’abordage de la mairie aux côtés de Loïc Pompée.

* Cet article a été réalisé avec le livre Reflets d’un siècle de vie publique monégasque, écrit par Félicitas Guillot, aux Editions Serre.

Les maires de Monaco
• Suffren Reymond 1911-1914 (Monte-Carlo)
• François Crovetto 1911-1914 (Monaco-Ville)
• Honoré Bellando 1911-1914 (La Condamine)
• Suffren Reymond 1918-1920
• Alexandre Médecin 1920-1929
• Eugène Marquet 1929-1930
• Charles Bernasconi 1?930
• Louis Aureglia 1933-1944
• Charles Palmaro 1946-1955
• Robert Boisson 1955-1971
• Jean-Louis Médecin 1971-1991
• Anne-Marie Campora 1991-2003
• Georges Marsan depuis 2003

journalistAdrien Paredes