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L’ASM entre les mains de “l’avocat du Diable”??

Adrien Paredes
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Football

La défaite des Monégasques à Toulouse (2-0), le 6 février, confirme que le maintien s'annonce compliqué. © Photo ASM-FC.

Alors que le club de football de la principauté s’enfonce dans la zone rouge de la Ligue 1, le sulfureux avocat et businessman italien, Giovanni Di Stefano propose de le racheter en s’appuyant sur une idée?: le multi-branding.

L’enfer, l’AS Monaco semble actuellement le vivre. Tant sur le plan sportif que financier. A l’aube de la 23ème journée du championnat de Ligue 1, les asémistes restent scotchés à la 19ème place, à trois points de Caen, premier non-relégable. L’espoir d’une deuxième partie de saison sauvant la première, catastrophique, s’amincit en dépit des cinq joueurs arrivés lors du mercato hivernal. Le non-match des Monégasques à Toulouse (défaite 2-0), dimanche, confirme que le maintien s’annonce compliqué. « Si on continue à jouer comme ça, on va droit en Ligue 2 », alertait l’entraîneur Laurent Banide à l’issue de la rencontre. Quant au budget des Rouge et Blanc, il est lui aussi soumis à rude épreuve. La subvention que lui alloue la Société des bains de mer (SBM) pour combler son déficit (3 % de sa redevance au budget de l’Etat), en baisse, a été reconduite pour un an par les élus du conseil national, en novembre dernier. Mais ces derniers ont prévenu le gouvernement qu’il devrait trouver pour l’exercice 2011/2012, « une solution de financement pérenne et qui ne puisse mettre, même indirectement, à contribution les finances publiques », selon les termes d’Alexandre Bordero, président de la commission des finances. « Dans la meilleure des hypothèses, qui classe le club à la 8ème place en fin de saison, en incluant la contribution de la SBM au financement du club, son déficit avoisinerait de toute façon les 2 millions d’euros. », avait-il ajouté dans nos colonnes en janvier dernier. Alors que Monaco Sport Partner, pool d’investisseurs étrangers et monégasques, demeure l’actuel actionnaire majoritaire, l’idée d’une reprise du club par un investisseur étranger a été sérieusement relancée par l’opposant Laurent Nouvion lors des derniers débats budgétaires.

« Monaco, la meilleure marque du championnat français »

Le projet en a d’ailleurs déjà chatouillé quelques-uns. Dernièrement, “l’avocat du Diable” alias Giovanni Di Stefano est venu s’ajouter à la liste. Basé à Rome, ce juriste controversé doit sa réputation au fait d’avoir défendu les dictateurs Slobodan Milosevic et Saddam Hussein. Le criminel Charles Manson, qui a commandité l’assassinat de Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, figurait aussi parmi ses clients. Son interview, parue la semaine dernière dans le magazine So Foot, a créé le buzz. « Je veux racheter l’AS Monaco. Tout d’abord parce que je suis résident monégasque. Ensuite, le club n’est peut-être la meilleure équipe mais Monaco, c’est la meilleure « marque » qui existe dans le championnat français. Celle qui a le plus fort potentiel de développement », a déclaré Giovanni Di Stefano à Monaco Hebdo.

Âgé de 54 ans, l’avocat se veut homme d’affaires. Après avoir racheté trois anciens grands labels MGM Records, Pathé Records et Pye Records, il s’est offert trois compagnies de films (Samuel Goldwyn Studios, Carolco Pictures et Eagle Lion Films) qui hibernaient depuis plusieurs années. L’italo-anglais louche également sur le label EMI, bientôt en vente. Dans le milieu du football, Giovanni Di Stefano a été impliqué dans les clubs d’Obilic (club qui appartenait à l’époque à Arkan, un ancien seigneur de guerre du conflit en ex-Yougoslavie), de Campobasso (Italie) et du Dundee FC (Ecosse). Son projet de rachat, ou plutôt de « revival », du club rouge et blanc se base sur un concept?: le multi-branding. « Plusieurs marques différentes et partenaires pourraient doper la marque Monaco. Cela pourrait faire de l’ASM, une machine à gagner de l’argent. Les recettes viendront plus de l’extérieur du terrain que du terrain lui-même », explique Giovanni Di Stefano. « Les labels et compagnies que je possède forment une même famille. L’idée serait que l’AS Monaco la rejoigne. Dans une famille, chacun peut compter sur les autres lorsque survient un coup dur. Imaginez que, par exemple, Céline Dion ou une star du cinéma vienne s’asseoir dans les travées du stade Louis-II pour assister à un match. Imaginez encore que l’enceinte puisse accueillir régulièrement des concerts. En plus de la prestigieuse « marque » Monaco, cela amènera beaucoup de monde. A ce titre, le fait d’avoir un « petit » stade est un grand avantage. Ce n’est pas une idée folle. J’en ai aussi une autre qui pourrait accroître largement la visibilité et la popularité du site internet du club », poursuit-il.

Aubéry?: « Jamais entendu parler de Di Stefano »

Di Stefano affirme « ne pas avoir fait d’offre pour l’instant » mais qu’il en parlera « très prochainement » au président de l’AS Monaco, Etienne Franzi. D’autant que la situation financière du club asémiste ne constituerait pas un frein à son ambition. « Plusieurs personnes porteraient le projet. La dette du club est profonde. On sait qu’elle atteint approximativement les 50 millions d’euros. Le club ne peut pas la rembourser complètement et le gouvernement ne peut pas mettre directement de l’argent dans l’AS Monaco. C’est interdit par les règles de l’UEFA. Mais on peut faire confiance au prince. C’est un homme bon qui fait face à ses responsabilités et qui ne laissera pas le club descendre en division inférieure », commente Giovanni Di Stefano. Il semblerait que même la sulfureuse réputation de “l’avocat du Diable” ne pourrait le stopper dans son projet. Au contraire, elle paraît même le conforter. « J’ai défendu Slobodan Milosevic et Saddam Hussein. Et alors?? Je suis quelqu’un de fort, de solide. Je ne suis pas un corrompu. C’est un gros avantage selon moi », clame-t-il. Dans le cas où sa proposition ne serait pas retenue, l’homme affirme d’ailleurs qu’il resterait « supporter de l’AS Monaco ».

Sur les forums de fans asémistes, le projet fait sourire. Michel Aubéry, vice-président de l’AS Monaco, confie « ne jamais avoir entendu parler » de Giovanni Di Stefano, « ni de son projet pour l’ASM ». Outre l’avocat du Diable, d’autres investisseurs se sont montrés, dans le passé, intéressés par le rachat du club rouge et blanc. Récemment, d’aucuns ont ainsi évoqué le nom de l’entrepreneur et actuel président du club de Livourne, Aldo Spinelli. Même si selon le palais, aucun contact officiel n’aurait été pris. Car la décision d’ouvrir le capital de l’AS Monaco à un repreneur étranger reste souveraine. Et ces offres ont toujours été repoussées. En 2002, le prince Rainier III avait mis son veto à la prise de participation majoritaire du groupe russe Fedcom Invest, un des sponsors actuels du club. En attendant un nouveau propriétaire, c’est sur le terrain que l’AS Monaco devra s’investir pour ne pas sombrer dans les ténèbres de la relégation.

journalistAdrien Paredes