La religion dans tous ses états

La Rédaction
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Crucifix

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Durant des siècles, les seigneurs et les princes de Monaco ont cherché à se rapprocher de Rome, sans autre intermédiaire, afin que Monaco obtienne son indépendance religieuse. Retour aux sources du christianisme monégasque.

Par Florence Canarelli.

Si l’on en croit certaines sources, le christianisme pourrait avoir été pratiqué à Monaco à partir du IVème siècle et ce, même si les données archéologiques attestent de la présence de cette religion à partir du IXème siècle seulement. Signe des temps, le Rocher de Monaco abrite encore cinq chapelles catholiques, dont une construite au XVIème siècle, trois au XVIIème siècle et une au XIXème siècle.

Au milieu du XIIIème siècle, une première église dédiée à Saint-Nicolas, patron des gens de mer, est construite à Monaco-Ville, financée par les Seigneurs de Monaco. Au fil des siècles, chaque Prince de Monaco tentera d’obtenir une autonomie religieuse, depuis Hercule Ier à la fin du XVIème siècle jusqu’à Antoine Ier, qui signa en 1751 un concordat avec l’évêque de Nice, précisant que l’évêque n’aurait la juridiction ecclésiastique que pour les affaires spirituelles.

En 1793, sous la révolution, Monaco est annexé par la France?: c’est l’évêque de Nice qui administre la paroisse de Monaco. Au milieu du XIXème, Charles III entreprend alors une action diplomatique qui reçut un accueil favorable du Pape Pie IX?: par décret consistorial en date du 30 avril 1868, la paroisse de Monaco est séparée du diocèse de Nice et érigée en Abbaye nullius diocesis, ayant à sa tête un Abbé mitré dépendant directement de Rome.

Quelques années plus tard, on décide de démolir l’église Saint-Nicolas pour construire à la place une Cathédrale, plus adaptée à ce nouveau statut. La première pierre fut posée le 6 janvier 1875, la consécration eut lieu 36 ans plus tard, le 11 juin 1911. Entretemps, le 15 mars 1887, une Bulle du Pape Léon XIII érigeait le diocèse de Monaco, sous la dépendance directe de Rome. Une Bulle papale qui concrétisait enfin les efforts des seigneurs et princes de Monaco pour assurer l’autonomie religieuse de leur Etat. Avant que beaucoup plus récemment, le 15 juillet 1981, une convention signée au Vatican élève le siège épiscopal de Monaco à la dignité de siège archiépiscopal.

Le clergé Monégasque est cosmopolite

Aujourd’hui, le clergé monégasque est d’ailleurs à l’image de la principauté, qui comme on le sait, compte plus de 120 nationalités?: on trouve, parmi les 24 prêtres en activité, un Américain, un Hollandais et un Libanais, des Africains et des Français… De même que le Père Blanc, qui officie en la cathédrale, parle quatre langues et s’adapte à son auditoire de fidèles, à Monaco, les messes peuvent être dites en anglais ou en italien, et même en croate, en philippin, ou en arabe pour les chrétiens maronites.

S’il existait un couvent de Carmélites jusqu’au début du XXème siècle, il ne reste aujourd’hui qu’une petite communauté religieuse composée de quatre sœurs Oblates de la Vierge Marie de Fatima dont la supérieure est Sœur Ilaria de Boni, qui donnent des cours de catéchisme sur le Rocher, deux Filles de la Charité à Cap d’Ail (résidence du Cap Fleuri). Et encore deux sœurs du St Rosaire, deux soeurs St Vincent de Paul et une Dominicaine, Soeur Marie des Anges, en l’église St Charles.

La liberté de culte dans la Constitution

En 2000, 93,2 % de la population – et la majorité des près de 8?000 Monégasques – est chrétienne dont 89,3 % appartenant à l’Église catholique romaine, les 4 % restants étant composés de protestants et anglicans. Deuxième religion de la principauté, le protestantisme compte deux temples?: un temple luthérien au 7 rue Louis Notari, construit dans les années 50, souvent fermé et vide selon des témoins, bien que pouvant accueillir 200 personnes. Dirigé par le pasteur Didier Meyer, alsacien, qui vit à Menton et préside aussi l’ACCT association chrétienne contre la torture. Les anglo-saxons, nombreux à Monaco, vont quant à eux à l’église anglicane, la St Paul Church, au 22 de l’avenue de la Grande-Bretagne?: ce temple fait au contraire souvent salle comble, un baptême y avait lieu lors de notre passage.

Quant à la population juive, elle est estimée à près de 6 %, regroupée dans l’Association cultuelle israélite de Monaco (ACIM) installée dans une villa de l’avenue de la Costa. A noter que le « culte israélite » ne se célèbre que le vendredi et le samedi soir au coucher du soleil, et avec un minimum de dix personnes.

En revanche, Monaco ne compte pas d’église orthodoxe, ni de mosquée…

Cathedrale

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La cathédrale fête ses 100 ans
Six mois de travail ont été nécessaires au comité du Centenaire de la consécration de la cathédrale, pour préparer dignement cet anniversaire. Sous la férule du père Philippe Blanc, qui a voulu « associer toutes les bonnes volontés », par exemple l’orchestre philharmonique ou le Printemps des Arts aussi bien que les assureurs (pour l’exposition au Grimaldi Forum), les sportifs (équipe de football de la Star Team) ou encore un grand fabricant de stylos pour signer le Livre d’Or.
« L’Eglise vit avec son temps?: il n’y a pas de raison que le progrès ne profite qu’aux autres?! » C’est ainsi que le Père Blanc justifie les travaux en cours dans la cathédrale?: une entreprise italienne spécialisée dans les édifices religieux installe actuellement des ampoules à leds gérées par ordinateur, dont la couleur et l’intensité varieront selon les célébrations. L’éclairage de la façade est à ce jour terminé, l’intérieur le sera fin mars. A cette date, commenceront les travaux de reconstruction de l’orgue qui dureront huit mois. C’est cette fois une entreprise belge, la manufacture d’orgue Thomas, qui devra harmoniser les cent « jeux » (tuyaux)?: sont prévues pas moins de 1?500 heures de travail?! « Ce nouvel orgue sera techniquement très perfectionné, de facture sonore classique mais visuellement surprenant, très moderne », nous confie le Père Blanc, qui décidément, n’a pas peur de vivre avec son temps.
Au programme de cette année 2011, qui a commencé le 27 janvier avec la fête de Sainte Dévote pour finir le 8 décembre, avec la fête de la Cathédrale (l’Immaculée Conception)?: la parution d’un livre retraçant l’histoire de cette cathédrale construite par l’architecte Charles Lenormand, à qui l’on doit aussi la restauration du château de Polignac, du palais de Monaco et de l’église Saint Charles du boulevard des Moulins. Et une exposition qui raconte l’histoire de la cathédrale à partir des œuvres d’art – devenues enfin accessibles aux regards – comme des moulages qui ont servi pour les sculptures, ou de l’orfèvrerie du XIXème siècle.
Mais aussi plusieurs concerts de musique religieuse (messe de Berlioz par exemple), la messe de l’ascension (2 juin) qui aura lieu en Eurovision… Enfin le 3 décembre, pour clôturer l’année, « 1?000 bougies et trois voix », un concert de chant a capella éclairé à la bougie, sur une idée du Père Blanc.
Sans oublier le concours de chasubles, lancé sur internet, (http://cathedrale.mc/centenaire/index.html) où les postulants trouvent un cahier des charges, avec par exemple, l’explication du code couleurs – en fonction des temps liturgiques, rouge pour la fête des martyrs ou de l’Esprit Saint, blanc pour la Vierge ou la Résurrection du Christ, violet pour la pénitence… or pour les grandes fêtes.
Le jury, présidé par la princesse Caroline, choisira trois chasubles, une quatrième sera désignée par le jury des visiteurs. Ces chasubles seront portées. D’ores et déjà, on a noté des inscriptions du Panama, ou de Biélorussie… Deadline pour Pâques, le 24 avril?!

Monseigneur Barsi

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“L’Eglise est ouverte, sans secrets”

Qu’implique la religion d’Etat pour les Monégasques?? Monseigneur Bernard Barsi, archevêque de Monaco et René Giuliano, son vicaire général (son bras droit), nous livrent leurs réponses.

Monaco Hebdo?: Pouvez-vous nous expliquer le “concordat” entre Monaco et le Vatican??

Mgr Barsi?: Parler de concordat est une erreur de langage?: il y eut seulement, entre Monaco et le Vatican, deux conventions, une en 1887 avec la création par Rome d’un évêché, et l’autre en 1981 quand l’évêché devint archevêché. Cette dernière convention ayant pour but de remercier le prince Rainier d’avoir renoncé à son droit de choisir son évêque parmi trois prétendants, laissant désormais ce choix au Pape.

Et bien sûr d’avoir déclaré le catholicisme religion d’Etat, dans le cadre de la constitution promulguée par lui en 1962.

C’est une vieille tradition des Grimaldi d’être du côté de Rome et du Pape – guelfes plutôt que gibelins…

M.H.?: La désaffection religieuse générale touche-t-elle aussi Monaco??

Mgr Giuliano?: L’Eglise catholique compte dans le monde un milliard deux cent millions de membres. La baisse de la pratique ne touche que l’Occident, pas l’Afrique ni l’Asie ni l’Amérique latine. Et beaucoup moins Monaco que la France?; 12 % de pratiquants à Monaco contre 3 % en France. De nos jours, on est passé d’une foi traditionnelle à une foi personnelle, la pression sociale n’existant plus. La messe du dimanche a moins d’adeptes, mais il y a ici des centaines de catholiques impliqués. Et 90 % des enfants vont au catéchisme.

M.H.?: Observez-vous aussi à Monaco une crise de vocation des prêtres??

M.B.?: Non, ils sont jeunes, moyenne d’âge 55 ans?!

Devenir prêtre est un long chemin, une longue maturation, qui dure entre 6 et 8 ans. On est rarement ordonné prêtre avant l’âge de 30 ans. Le séminaire le plus proche est à Notre-Dame de Laghet.

M.H.?: Les prêtres sont-ils remplacés par des diacres??

M.G.?: Les diacres existent depuis toujours dans l’Eglise d’Orient, c’est Vatican II qui a réactivé cette tradition, en même temps que la participation plus grande des croyants à la messe. Trois diacres exercent en principauté?: ils appartiennent à un ministère ordonné, c’est à dire qu’ils ne sont plus laïcs, même s’ils peuvent être mariés. Ils ont le droit de marier, de baptiser, de prêcher – tout sauf la messe et la confession.

M.H.?: Monaco favorise-t-il l’Œcuménisme??

M.B.?: Pas plus tard qu’hier soir (24 janvier), a eu lieu une prière œcuménique sous le chapiteau du cirque, devant plus de 3?000 personnes. J’ai lancé cette initiative voici une dizaine d’années pour profiter de la semaine œcuménique mondiale. C’est devenu le plus grand rassemblement religieux de la Côte?!

M.H.?: Le prince Albert a décidé de se marier en dehors de la cathédrale. Ce n’est donc pas obligatoire de se marier dans une église??

M.B.?: Se marier dans la cathédrale n’a rien d’obligatoire pour un prince, peu l’ont fait à part Rainier. Si Albert II a choisi la place du Palais, c’est pour avoir le plus grand nombre possible de Monégasques autour de lui.

M.H.?: Selon vous, la future princesse Charlene devra t-elle se convertir??

M.G.?: Non, elle est libre. Nous ne sommes pas dans le permis-défendu?!

M.H.?: Le Pape viendra-t-il vraiment à Monaco??

M.G.?: La visite du Pape est envisageable en 2012… Mais quel honneur, la dernière visite papale remontant à 1538, pour faire la paix entre François Premier et Charles Quint.

M.H.?: Quelle est l’opinion de l’église sur l’arrivée des francs-maçons à Monaco??

M.G.?: Les divergences entre le catholicisme et la franc-maçonnerie sont au nombre de trois?: quand ils sont croyants, les francs-maçons sont déistes (GLNF) – quand ils ne sont pas athées (GOF) – donc ils ne croient pas en Jésus Christ. Deuxièmement, l’Eglise ne fait pas un choix parmi les élites, le salut est pour tous, même les plus petits. Enfin, l’Eglise est ouverte, sans secrets. Mais l’Eglise a le respect de ceux qui ne pensent pas comme nous. Personnellement, je peux dialoguer avec des francs-maçons…

M.H.?: Que pensez-vous du port du préservatif dans la prévention du Sida??

M.G.?: Le préservatif n’est pas la solution unique (Benoit XVI), il faut surtout une éducation humaine pour une sexualité humaine, avant tout une éducation affective et sexuelle. Mais le préservatif est un moyen nécessaire quand il évite un mal plus grand.

M.B.?: Devant le Sida, vivre la chasteté, ou, si ce n’est pas possible, utiliser un préservatif.

M.H.?: Au moment de son vote, la loi autorisant l’avortement thérapeutique avait été contestée par le comité d’éthique diocésain. Qu’en pensez-vous??

M.G.?: L’Eglise est pour le respect de la vie, du premier au dernier souffle. Pour des soins palliatifs plutôt que l’euthanasie, mais sans acharnement thérapeutique. Donc l’Eglise n’est pas d’accord avec la nouvelle loi autorisant l’avortement thérapeutique, mais sans condamner pour autant les personnes. Je vous rappelle les paroles de Jésus, « que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre. »

M.H.?: Un dernier mot??

M.B.?: Je souhaite qu’on redécouvre le sens de la cathédrale (maison de l’évêque), lieu de rassemblement de tous les chrétiens.

M.G.?:? Ayons une pensée pour les chrétiens d’Orient persécutés. La christianophobie se répand dans le monde, et même en France, où 230 lieux de cultes ont été saccagés, ce qu’on sait peu…

Gardetto et Burini

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Religion et politique font-elles bon ménage??

Le catholicisme, religion d’Etat. Quel est son impact sur la politique?? C’est la question que nous avons posé à deux élus de sensibilité différentes?: Jean-Charles Gardetto, avocat défenseur, conseiller national de la majorité (Union pour la Principauté) et Marc Burini, qui parle au nom de l’opposition (Rassemblement & Enjeux).

La religion catholique, apostolique et romaine est religion d’Etat, dit l’article 9 de la constitution monégasque datant du 17 décembre 1962, élaborée et promulguée par le prince Rainier III. Et même si l’article 23 autorise la liberté des cultes et de leur exercice public, n’est-on pas en droit d’y voir une contradiction?? Quelle est l’influence du catholicisme sur la politique monégasque?? Toutes ces questions se posent aujourd’hui avec acuité.

Il n’y a qu’à retourner deux ans en arrière pour comprendre comment politique et religion font parfois un cocktail explosif.

Tensions sur l’avortement thérapeutique

Flash back?: le 2 avril 2009, ce n’est qu’après cinq années de discussions et des pics de “haute tension” traversés avec l’archevêché ou le Ministère d’Etat, que le conseil national dépénalise l’avortement thérapeutique. Avec un texte de loi évitant enfin qu’une jeune femme victime de viol ou d’inceste risque cinq ans de prison ou le retrait de l’autorité parentale pour avoir avorté pour des raisons médicales. « Quatre ans après le Parlement de la République islamique d’Iran, Monaco fille cadette de l’Eglise, vient enfin d’adopter un texte légalisant l’interruption médicale de grossesse », avait alors commenté l’élu Rassemblement & Enjeux Christophe Steiner. Avant d’ajouter?: « Alors que nous admettons le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, nous venons seulement d’admettre le droit des femmes à disposer de leur corps. Et encore faut-il le préciser, sous certaines conditions. »

Monaco obéissait alors pourtant aux directives du Conseil de l’Europe et de l’ONU qui, dans leurs rapports successifs, avaient recommandé à Monaco de réviser sa législation sur l’avortement et d’y envisager des exceptions pour des considérations d’ordre thérapeutique et dans les cas ou la grossesse résulterait d’un viol ou d’un inceste. « C’est ce que nous avons fait. Ni plus ni moins », avait alors précisé Catherine Fautrier.

Il faut dire que la veille du vote de la loi par les élus, l’archevêque et le comité diocésain d’éthique avaient, par communiqué, mis en cause la constitutionnalité du texte, rappelant qu’une telle confrontation entre les autorités monégasques et l’Eglise de Monaco n’était pas arrivé à un tel niveau en principauté depuis le règne d’Albert Ier. « Une référence sans doute au rôle que joua le prince Albert Ier, grand humaniste, dans l’adoption par le parlement français de la loi de 1905 concernant la séparation de l’Eglise et de l’Etat », avait alors indiqué Christophe Steiner. Tandis que Jean-Charles Gardetto poussait la réflexion jusqu’au bout sur les implications des relations entre Monaco et le Vatican?: « Le “concordat” ne dit absolument pas qu’il faut appliquer le droit canon en Principauté. Ne mélangeons pas la religion et le politique. »

Et ce type de clash pourrait très bien se reproduire. Ce fut le cas, en substance, quand les élus ont esquissé la reconnaissance du concubinage – pire du concubinage homosexuel?! – dans le cadre de l’étude d’un projet de loi sur les violences conjugales. Et si les sujets sociétaux ont quelque peu disparu du champ législatif ces dernières années, il y a fort à parier qu’ils reviendront en force avec l’examen d’une proposition de loi – promise par l’UP – sur le concubinage. Avant la fin du mandat, en 2013.


“On est parfois, à Monaco, plus catholique que le Pape?!”

Monaco Hebdo?: Quelle est votre interprétation de la religion d’Etat??

Jean-Charles Gardetto?: La religion catholique est le fondement du pouvoir monarchique à Monaco, le prince est prince par la grâce de Dieu, c’est de Dieu qu’il tient sa souveraineté contrairement à ce qui se passe dans un Etat laïc où la souveraineté vient du peuple?! Aux termes des accords avec le Vatican, cela a trois conséquences?: l’Etat entretient les églises, paie les membres du clergé et diffuse le catéchisme, un point c’est tout… Il n’y a aucune autre conséquence législative, contrairement à ce que certains voudraient faire croire. A Monaco, on est parfois plus catholique que le Pape?!

Marc Burini?: L’article 9 de la Constitution signifie que la charte reconnaît explicitement le rôle, l’apport et l’importance de la religion catholique dans notre identité et notre Histoire. Mais le fait qu’un pays reconnaisse une religion comme religion d’Etat, ne signifie pas que ce pays est une théocratie. Monaco est une monarchie constitutionnelle qui reconnaît d’ailleurs la liberté des cultes et de leur exercice public (article 23 de notre Constitution).

M.H.?: Quel est l’impact du catholicisme, religion d’Etat, sur les sujets de société tels que avortement, euthanasie, concubinage hétérosexuel et homosexuel, mariage gay, adoption par les homosexuels??

JCG?: Il est évident que cela se ressent dans les domaines sociétaux?: des cas d’avortement restreints aux raisons médicales, pas de Pacs, ni de mariage gay, ni d’adoption pour les couples gays, pas de législation sur l’euthanasie. Pas de droits pour les concubins, même si le concubinage emporte des conséquences, puisque l’administration de l’habitat tient bien compte des revenus des deux occupants d’un appartement vivant en concubinage pour limiter le montant de l’aide au logement. Ces sujets mettent les décideurs politiques mal à l’aise, ils évitent de légiférer… Selon moi, il faut laisser le religieux à la sphère privée et la politique aux politiques, ne pas mélanger les deux. Constatons que la société évolue, a évolué. On ne peut pas rester figé, les politiques doivent s’adapter?! Je tiens à être à l’écoute des Monégasques, et ouvert sur l’avenir…

M.B.?: Même dans des pays dits « laïcs » – comme les Etats-Unis ou la France – la religion et les valeurs morales sont de tous les débats. Il n’y a pas là de spécificité monégasque car même si les pays occidentaux n’ont pas une religion d’Etat, ils ont une relation de deux mille ans d’Histoire avec la chrétienté.

En tant qu’élus, nous nous occupons de l’ordre politique, de l’ordre humain, qui comporte des enjeux à la fois moraux et spirituels. La politique est une affaire collective, mais le christianisme est un désir d’absolu, d’éternité, qui ne peut être vécu collectivement. Dans les évangiles, le Salut n’est pas une affaire d’obéissance à la Loi – fût-elle divine – c’est un problème strictement individuel.

Les lois que nous votons et qui touchent à des questions sociétales doivent s’efforcer de laisser la place au libre-arbitre, à la conscience et à la religion. Donc toutes les questions peuvent évidemment être débattues…

journalistLa Rédaction