Michel Boeri en toute confidence

Adrien Paredes
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 Michel Boeri, à la tête de l'ACM depuis 1972

Michel Boeri, à la tête de l'ACM depuis 1972, n'entend pas quitter “le magasin”. © Photo Monaco Hebdo.

Invité du Monaco Press Club, ce mardi, le président de l’Automobile Club de Monaco a notamment évoque l’avenir de l’institution et celui des courses automobiles.

Michel Boeri « jouait » à domicile, mardi matin. C’est en effet à l’Automobile Club de Monaco que le président a répondu aux questions du Monaco Press Club. Formant un duo caustique avec Bernard Spindler, qui dirige et anime le Press Club, il a, dans un premier temps, abordé le présent de l’ACM. La prestigieuse enseigne fête, cette année, ses 120 ans. « L’Automobile Club a une mission touristique. Celle de projeter l’image de la principauté à travers le monde, via nos différentes manifestations. C’est l’aspect le plus important de l’ACM et l’image que nous donnons n’est pas celle du bling-bling mais celle du sport », affirme Michel Boeri. Embrayant sur 2011 qu’il considère comme « une année brillante » à plusieurs titres, le président de l’Automobie Club a effectué un bref tour d’horizon des courses monégasques?: « Il semblerait qu’il y ait un frémissement tant au niveau de la publicité que des tribunes pour le Grand Prix de Formule 1. Le nombre de demandes de billets serait supérieur de 16 à 17 % par rapport à l’an dernier. Mais cela reste aléatoire. Le rallye à énergies alternatives sera brillant. Le Centenaire du rallye Monte-Carlo a été un succès, l’historique se porte bien aussi avec 328 engagés. L’année sera aussi importante pour le kart ». Soit.

Michel Boeri n’a pas manqué de revenir sur le passage du Monte-Carlo, en 2008, du World Rallye Championship à l’International Rallye Challenge, chapeauté par le groupe Eurosport. « Nous n’avons pas quitté le championnat du monde. A la base, il s’agissait d’une alternance des épreuves décidée par le président de la Fédération Internationale Automobile de l’époque, Max Mosley. Cela nous a donné une occasion de voir si l’herbe était plus tendre chez l’IRC. Le contrat que nous avons avec le promoteur est rempli », souligne-t-il. « De toute façon, le Monte-Carlo est hors normes. Il sort du formatage du WRC, notamment sur les lieux de course. Le rallye se court en Ardèche ou encore en Haute-Loire mais c’est là qu’on trouve la neige. On ne la rencontre pas à Eze. Hors-normes aussi au niveau des parcs d’assistance. Si nous repassions en WRC, il nous faudrait trouver un espace trois fois supérieur à l’actuel pour permettre à toutes les voitures de se garer », précise Michel Boeri. Le rallye devrait rester dans l’IRC « plus longtemps que deux ou trois ans » malgré les appels du pied de l’actuel président de la FIA, Jean Todt.

« C’était Louis XIV Balestre »

Michel Boeri aurait d’ailleurs pu prendre la présidence de la Fédération internationale automobile lorsque Max Mosley en a été démis en juin 2009, mais le Monégasque a refusé. « Pensez-vous que c’était un cadeau?? J’avais assez de choses à faire ici. J’ai une très grosse ration à l’ACM alors la ration des autres… J’aurais pu, je n’y suis pas allé et je m’en félicite », glisse-t-il. Et le président d’évoquer ses relations tumultueuses avec un ancien dirigeant de la Fédération Internationale, Jean-Marie Balestre, disparu en 2008. « Si Balestre ne nous avait pas pris dans le viseur, il était remarquable. Quelqu’un de dantesque qui n’hésitait pas à réquisitionner Versailles, c’était Louis XIV Balestre », poursuit Michel Boeri.

Le conflit entre les deux hommes avait connu son point d’orgue en 1984, lorsque Jean-Marie Balestre avait menacé d’exclure Monaco du calendrier de la Formule 1. Les droits audiovisuels de la course en étaient à l’origine. « Il fallait montrer à Balestre qu’on ne céderait pas sur les droits TV. Chaque épreuve du championnat du monde devait reverser ses droits TV à la FIA qui en disposait comme bon lui semblait. J’ai cru qu’on nous touchait au portefeuille. Les droits audiovisuels du Grand Prix représentent une manne de 9 à 10 millions d’euros, soit l’équivalent de la subvention que nous alloue le gouvernement. J’ai tout fait pour ne pas donner cet argent à la FIA. Nous avons plaidé toutes les exceptions mais la FIA a eu gain de cause. On a évité l’exclusion. C’était une époque difficile mais marrante », raconte le président de l’Automobile Club.

11 ans de contrat F1

L’avenir, Michel Boeri s’est déjà penché dessus. Celui du Grand Prix de Formule 1, tout d’abord. « L’époque a changé aussi bien dans les mentalités des pilotes que celle des constructeurs », constate le président de l’ACM. La course que l’on disait menacée l’an dernier ne l’a jamais réellement été, selon lui. « Monaco n’est pas menacé. Il jouit d’un statut d’épreuve classique, au même titre que Monza. De plus, tous les gros contrats du milieu automobile sont signés en principauté. Ce n’était pas le montant demandé par Bernie Ecclestone qui posait problème mais le système de paiement. Et puis, nous avons signé pour les onze saisons à venir et non dix. Ajouté à cela, nous avons l’assurance de pouvoir organiser le Grand Prix lors de la dernière semaine du mois de mai », confie Michel Boeri.

Sur le plan technique, il estime un Grand Prix aux Formule 1 électriques « possible dans quelques dizaines d’années », citant le système de récupération KERS. « L’écologie croisera fatalement la route des courses actuelles. La sauvegarde de la nature, la lutte contre les émissions de gaz, c’est bien mais des états généraux de la F1 verte, c’est prématuré. Il y a une réalité économique. On peut changer tout ce qu’on veut mais s’il n’y a aucun spectateur, ça ne sert à rien. Si on va dans l’asepsie, la F1 ne durera pas éternellement », Quant à son avenir personnel, Michel Boeri, à la tête de l’ACM depuis 1972, n’entend pas quitter « le magasin ». « Si vous voulez que je foute le camp, dîtes-le moi franchement », sourit-il. « Il faudra quelqu’un qui ait beaucoup de temps à consacrer au club et qui sache marquer son territoire », détaille-t-il. En attendant, Michel Boeri fêtera en 2012, ses quarante années de présidence de l’Automobile Club. Un record de longévité au sein de la prestigieuse institution.

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