Françoise Gamerdinger
« Il faut que ce soit fort »

Maxime Dewilder
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La programmation de la saison 2019-2020 du théâtre Princesse Grace (TPG) est connue. Tout juste nommée à la direction des affaires culturelles tout en conservant son statut de directrice du TPG, Françoise Gamerdinger en détaille les grandes lignes pour Monaco Hebdo.

Comment se déroule votre mission, dans le quotidien, à la tête du théâtre princesse Grace ?

D’un côté, il s’agit d’une gestion technique, administrative et budgétaire. De l’autre, il y a l’aspect passionnant de la programmation. Cela se traduit par une veille active et journalière de ce qui se fait dans le monde du théâtre. Je me lève très tôt pour lire les pages « culture » du Monde, de Libération et du Figaro, tous les jours. Je me tiens au courant, je suis l’évolution des programmations. Je vais aussi à Paris pour voir les pièces. Cela m’a permis de créer de beaux liens avec certains théâtres, et certains producteurs, notamment avec la Comédie-Française, qui est invitée chaque année à Monaco. Il existe une collaboration étroite entre la Comédie-Française et le théâtre princesse Grace, et j’en suis très fière.

La programmation 2020-2021 vient de sortir : que pouvez-vous nous en dire ?

C’est une programmation éclectique, susceptible de toucher tous les publics, toutes les générations. Nous avons essayé de susciter la curiosité, pour que quelqu’un qui aime la comédie, par exemple, puisse être attiré par des productions plus pointues. Mon objectif est vraiment que le public devienne curieux et ose venir voir autre chose que ce qu’il connaît, ou les têtes d’affiche et les grands textes.

Y a-t-il une ligne directrice dans vos choix ?

La grande ligne directrice, au théâtre princesse Grace, ce sont les textes. Les textes doivent être très bons, littéraires, aussi bien en création classique qu’en création contemporaine. Il doit y a voir du sens, de belles phrases et un style. Il faut que ce soit fort.

Comment construisez-vous la programmation ?

Premièrement, en repérant les textes, comme évoqué. Ensuite, les acteurs sont primordiaux. Pas forcément les plus connus d’ailleurs, il faut essayer de découvrir les petites pépites ! Nous proposons des acteurs confirmés, et d’autres moins connus, mais très professionnels par ailleurs. Il y a aussi tout l’aspect technique. Nous avons une toute petite scène, et il ne faut jamais le perdre de vue ! Enfin, il y a l’aspect budgétaire. C’est un véritable puzzle à assembler que de faire une saison de théâtre.

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« Mon objectif est vraiment que le public devienne curieux et ose venir voir autre chose que ce qu’il connait ou les têtes d’affiche et les grands textes »

La collaboration avec le Grimaldi Forum permet de surpasser la contrainte technique ?

Tout à fait. Nous avons la chance d’avoir cette collaboration qui permet d’accueillir certaines pièces qui, techniquement, n’entrent pas au théâtre. Cela permet au public de voir trois pièces de grande scénographie en principauté.

La programmation propose aussi bien du Dostoïevski que du Bégaudeau : comment faites-vous pour allier classique et modernité ?

C’est peut-être le résultat de mon amour des lettres et de ma personnalité. Je suis à la fois classique et moderne. J’aime les grands textes classiques, comme j’aime découvrir ce qui se fait aujourd’hui. Les artistes eux-mêmes allient ces deux pans. Ils connaissent ce qui a été fait et en même temps il y a une interprétation avec un regard contemporain. C’est primordial.

Quelles pièces ne faut-il absolument pas louper dans cette saison 2019-2020 ?

Aucune. Il faut s’abonner !

Mais on ne peut pas aller à toutes les représentations !

Dans ce cas, il faut impérativement découvrir le magnifique duo entre Charles Berling et Shani Diluka, qui seront sur scène pour une lecture avec piano dans Artistes engagés/artistes en exil. La deuxième pièce à voir est assez patrimoniale. Il s’agit de Inoubliable Sarah Bernhardt, un hommage à cette grande actrice, avec, sur scène, Geneviève Casile, sociétaire honoraire de la Comédie-Française. Ensuite, une pièce programmée sur deux soirées, c’est La Machine de Turing, de Benoît Solès. Ce spectacle a reçu quatre Molière en 2019. Ensuite, nous avons deux spectacles avec la Comédie-Française, donc au moins un de deux : Les Forçats de la route, un texte du grand reporter Albert Londres, et le spectacle avec les textes de Pierre Desproges, La Seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute. Enfin, il ne faut pas louper la pièce de Molière, Le Misanthrope, avec, entre autres, Lambert Wilson sur scène.

Vous parliez de Shani Diluka : racontez-nous le lien entre cette actrice et la principauté ?

Shani Diluka a fait toutes ses études en principauté. Elle a même été mon élève, mais ce n’est pas pour cela que je l’ai choisie. Pendant qu’elle était au collège Charles III, elle faisait aussi du piano à l’académie Rainier III. L’académie a découvert que c’était un prodige, au niveau du piano. Maintenant, c’est une artiste de renommée internationale. Lorsqu’elle est revenue en principauté il y a deux ans environ, pour recevoir l’ordre du mérite culturel, nous avons discuté et resserré nos liens.

Et ensuite ?

Dans la foulée, je suis donc allée la voir à Paris. Lorsque je lui ai proposé un déjeuner, elle m’a répondu qu’elle n’était pas disponible, car elle voyait Charles Berling. Ce qu’il faut savoir, c’est que je connais très bien Charles Berling. Il fait partie du conseil d’administration du théâtre princesse Grace. La boucle est bouclée. Ils viennent tous les deux faire leur spectacle à Monaco. C’est une belle histoire de liens d’amitié et de liens culturels.

Quelles sont les nouveautés cette année ?

Il y a cette année le nouveau label « théâtre et cinéma », en collaboration avec l’institut audiovisuel. Il y aura donc un film projeté, avec pour thématique le théâtre. Parmi les nouveautés également, un spectacle d’origine italienne sera joué en langue italienne, avec sous-titres. Cela s’inscrit dans notre volonté d’inclure des pièces de langues étrangères à la programmation, notamment en anglais. Il y aura enfin un spectacle en collaboration avec le comité de défense des droits de la femme, intitulé Qui va garder les enfants ? Il s’agit de la phrase prononcée par Laurent Fabius lorsque Ségolène Royal s’est présentée à l’élection présidentielle en 2007…

Un conseil pour bien profiter de cette saison 2019-2020 ?

J’aimerais dire au public d’être curieux et de venir découvrir. Il ne faut pas hésiter non plus à adhérer à la Société des amis du Théâtre Princesse Grace pour approfondir l’expérience. Cela permet de prolonger les soirées, de rencontrer les auteurs différemment, d’avoir une autre vision. Cette association fait du beau travail.


journalistMaxime Dewilder