Vieillesse : les points de vue du Conseil national

Anne-Sophie Fontanet
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Suite à l’annonce du plan d’accompagnement de la vieillesse et de la dépendance, Monaco Hebdo a recueilli les impressions des trois forces politiques au sein du Conseil national.

Christophe Robino, conseiller national Priorité Monaco (Primo!), président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses (CISAD)

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« Monaco a un devoir de solidarité envers les personnes vivant sur notre territoire »

Que pensez-vous de la future construction de trois nouveaux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes de 120 places chacune à Monaco d’ici 2040 ?

Les élus du Conseil national ont depuis de nombreuses années exprimés leurs préoccupations concernant l’accroissement de la dépendance en rapport notamment avec le vieillissement de la population. Ils ont demandé la création d’un fonds dépendance pour en assurer le financement à long terme. En effet, les conclusions de l’étude d’actuaire sont édifiantes : si aujourd’hui, la principauté dispose effectivement de 342 places, plus de 1 000 places seront nécessaires d’ici à 2050. La construction de trois nouveaux établissements est donc indispensable. Lors de la commission plénière d’étude du 12 mars 2019, en présence des représentants du gouvernement et de tous les élus, nous avons validé le principe de la construction d’un premier EHPAD de 120 places, à proximité du boulevard du Larvotto et de deux autres établissements de taille équivalente d’ici à 2040. Nous avons d’ailleurs demandé, dans une correspondance adressée au gouvernement le 4 avril 2019, et que j’ai cosignée avec le président Valeri, qu’un de ces établissements soit construit dans le périmètre du projet de l’Annonciade 2, quartier qui est amené à connaître un important essor dans les prochaines années, contribuant ainsi à la mixité de la population et à une meilleure répartition de ce type d’établissement sur le territoire.

Que pensez-vous du passage de 5 à 30 ans de la résidence à Monaco pour avoir accès à une place dans l’un de ces établissements ?

Cette décision a été prise par le gouvernement, suite aux échanges que nous avons eus lors de la commission plénière d’étude du 12 mars 2019. Il s’agit d’une décision responsable qui répond à un principe de réalité : notre territoire n’est pas extensible et nous n’avons pas les moyens de construire pour tous en principauté. Rappelons que la politique d’excellence que nous soutenons pour nos aînés, et qui est pleinement justifiée, représente des sommes cumulées considérables et nécessite d’importantes surfaces disponibles. Nous devons d’abord penser à nos compatriotes, et nous considérons que la personne qui peut justifier de 30 années de résidence en principauté, dispose d’attaches suffisantes pour bénéficier de cette solidarité nationale. Le délai de 40 ans, évoqué initialement par le gouvernement, nous est apparu, lui, comme excessif.

Est-ce que Monaco a un devoir de solidarité envers les populations âgées qui s’installent plus tardivement en principauté, ou est-il normal que ceux qui choisissent Monaco pour leurs vieux jours doivent se rapatrier en France ou en Italie, par exemple, au moment où ils seront les plus fragiles ?

Monaco a bien sûr un devoir de solidarité envers les personnes vivant sur notre territoire. C’est d’ailleurs à ce titre que nous avons demandé au gouvernement de ne pas introduire de délai de résidence pour pouvoir bénéficier de la prestation d’autonomie en cohérence avec l’article 32 de la loi n° 1465 du 11 décembre 2018 relative à l’aide à la famille monégasque et à l’aide sociale, qui stipule que la prestation d’autonomie peut être allouée à la « personne âgée d’au moins soixante ans connaissant une perte d’autonomie et domiciliée sur le territoire de la Principauté ». Les élus de la majorité ont d’ailleurs suggéré au gouvernement que dans des cas bien particuliers, pour des raisons humaines et sociales, des solutions sur mesure soient envisagées, en collaboration et dans la mesure de leurs possibilités, avec les établissements de la fondation Hector Otto. Mais en tout état de cause, notre devoir est de prendre soin en priorité des personnes âgées de nationalité monégasque ou durablement installées en principauté comme les enfants du pays. Il nous est matériellement impossible de disposer d’une capacité d’accueil en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) pour toutes les personnes âgées qui viendraient s’installer en principauté au moment de leur retraite. D’autant plus que notre politique est de plus en plus attractive, si on la compare avec celles des pays voisins ou des pays d’origine des résidents étrangers.

Jacques Rit, conseiller national Horizon Monaco (HM)

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« L’exiguïté est un facteur qui limite les ambitions »

Que pensez-vous de la future construction de trois nouveaux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes de 120 places chacune à Monaco d’ici 2040 ?

Ce n’est pas une surprise pour nous. On a assisté au fil des ans à une accélération du besoin sur ce plan. Donc, on ne peut pas dire que le gouvernement a été imprévoyant. Je me rappelle déjà que pendant la législature 2003-2007, le ministre d’État de l’époque avait pris des engagements à horizon 2025. Il fallait réviser à la hausse ces besoins. Ce programme de construction n’est donc pas une surprise. C’est tout à fait nécessaire. Et, quelle que soit la difficulté à trouver du mètre carré à Monaco, c’est important de construire les infrastructures en principauté, et de ne pas reproduire l’exception du Cap Fleuri, hors du territoire monégasque.

Que pensez-vous du passage de 5 à 30 ans de la résidence à Monaco pour avoir accès à une place dans l’un de ces établissements ?

Je ne me souviens pas d’un engagement solennel du Conseil national sur une telle décision. Cette question n’a pas été discutée devant moi, en tout cas. Après, cela relève de l’exécutif donc le Conseil national peut être tenu informé, mais il n’a pas à valider une mesure pareille. Ce qui est sûr, c’est que les élus sont en grande majorité prudent. L’allongement de cette durée me semble réaliste. On ne peut pas donner ce que l’on n’a pas. L’exiguïté est un facteur qui limite les ambitions. Et ce ne serait pas bien de faire une promesse qu’on ne peut pas tenir. Par contre, il serait bon que ce texte ne s’applique pas avec rétroactivité. Les gens qui s’installent à la retraite l’ont fait avec la réglementation du moment.

Est-ce que Monaco a un devoir de solidarité envers les populations âgées qui s’installent plus tardivement en principauté, notamment au moment de leur retraite ?

A titre personnel, sur le plan humain, je pense que toute personne qui souhaite passer les dernières années de sa vie ici doit être dûment informée des nouvelles règles. C’est quelque chose qui me choquerait que les personnes soient mises devant le fait accompli. Car, à partir du moment où vous connaissaient les avantages et les inconvénients, vous pouvez faire un choix. Le rôle d’un État et d’élus, c’est quand même de réaliser une prospective réaliste.

Est-ce normal que les personnes qui choisissent Monaco pour leurs vieux jours, doivent être rapatriées en France ou en Italie, par exemple, au moment où ils seront les plus fragiles ?

Bien sûr que ça me choque qu’une personne soit obligée de s’expatrier si elle considère Monaco comme sa deuxième patrie. Le caractère sélectif de la possibilité pour les étrangers de devenir résident à Monaco fait que le problème risque d’assez peu se poser. Et rien n’empêche toutefois d’aller dans une maison de retraite privée.

Jean-Louis Grinda, conseiller national Union monégasque (UM)

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« Une période de 25 ans de résidence m’aurait apparu suffisante »

Que pensez-vous de la future construction de trois nouveaux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes de 120 places chacune à Monaco d’ici 2040 ?

Cela correspond à un besoin indispensable en principauté à laquelle le gouvernement apporte la réponse attendue. Je ne peux que m’en réjouir.

Que pensez-vous du passage de 5 à 30 ans de la résidence à Monaco pour avoir accès à une place dans l’un de ces établissements ?

La période actuelle de cinq ans de résidence est indéniablement trop courte. Cela entraîne automatiquement certains abus de la part de ceux qui cherchaient à profiter d’un système avantageux en s’installant à Monaco à l’aube de leur retraite. Il était donc logique de prendre une telle décision. Personnellement, une période de 25 ans de résidence m’aurait apparu suffisante.

Est-ce que Monaco a un devoir de solidarité envers les populations âgées qui s’installent plus tardivement en principauté ou est-il normal que ceux qui choisissent Monaco pour leurs vieux jours doivent se rapatrier en France ou en Italie, par exemple, au moment où ils seront les plus fragiles ?

Je ne suis pas d’accord avec ce constat. Bien au contraire ! On parle beaucoup des enfants du pays qui naissent et vivent à Monaco toute leur vie. Sur ce dossier, on pourra dire que le devoir de solidarité de la principauté s’applique parfaitement à eux.



journalistAnne-Sophie Fontanet