« Donner une seconde vie aux matières plastiques récupérées
en mer »

Maxime Dewilder
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Claudia Cherki, jeune businesswoman implantée à Monaco, est à la tête de la marque vestimentaire DrFit. Son pari ? Fabriquer des vêtements à partir de matières plastiques récupérées en mer.

Votre parcours ?

Je suis installée depuis 9 ans à Monaco. J’ai fait mes études ici, un Executive MBA [Master of Business Administration — N.D.L.R.] à l’université de Monaco. J’ai ensuite pris des cours de mode chez Aline Buffet à Cannes. Ensuite, je me suis lancée dans la personnalisation et le vêtement sur mesure. J’ai commencé par des chemises, puis j’ai réalisé des blazers et des costumes. Aujourd’hui, je développe les uniformes et le linge de maison. En parallèle, à partir de mes recherches, je me suis penchée sur tout ce qui était écoresponsable, ayant comme passion la mer et sa protection. Mon challenge est de créer des vêtements de grande qualité, sur mesure et écoresponsable.

Quel est le concept ?

L’objectif est de revaloriser les matières issues de la mer pour leur offrir une seconde vie. Nous essayons de mettre en place un modèle vertueux, qui engage les industriels et les consommateurs.

Comment avez-vous imaginé ce concept de vêtements produits à partir de matières issues de la mer ?

J’ai une grande passion pour la mer et je suis très sensible à sa détérioration. Cela, conjugué à ma passion pour la mode et pour la création, m’a mené sur cette voie. Par ailleurs, j’aime énormément la principauté, et m’implanter ici m’a donné envie de développer ce concept à grande échelle, de voir les choses en grand ! L’objectif est de donner une seconde vie et de revaloriser les matières plastiques récupérées en mer. J’ai commencé à me pencher sur cette question il y a 3 ans. J’étais convaincue que c’était un secteur d’avenir, mais, au début, les gens n’étaient pas très réceptifs. Je n’ai pas abandonné, et j’ai continué à développer ce concept à côté de mon autre marque, qui est axée sur le luxe, et qui s’appelle Personal made for you.

Donc votre start-up cumule deux marques, l’une axée sur le luxe et l’autre sur l’écologie ?

Tout à fait. Je continue à travailler avec des matières luxueuses, sur des produits haut de gamme. Tout ce qui fait partie du monde du luxe est à préserver, selon moi. Et, en même temps, il est important d’essayer de contribuer à la protection de la mer et de l’environnement et c’est ce que j’essaye de faire avec DrFit. C’est une petite participation, à mon échelle et à travers mon métier, mais c’est une participation tout de même !

Aujourd’hui, l’accueil de votre concept doit être plus favorable, étant donné la mise en avant des enjeux climatiques par les gouvernements et les médias ?

Même si les gens ne croyaient pas à mon concept au début, je n’ai pas abandonné, car l’idée me plaisait beaucoup. Aujourd’hui, en effet, beaucoup de personnes sont très intéressées et se renseignent énormément sur moi et mes partenaires. De plus, je suis maintenant ambassadrice exclusive à Monaco pour développer ce concept.

Vous travaillez à la demande avec DrFit : comment cela fonctionne ?

Tout dépend de la demande, si elle est déjà bien définie ou pas. Soit le client à un modèle qu’il veut reproduire, soit il me demande de créer à partir de leurs produits, de leurs offres en tant qu’entreprise, société ou marque. Dans ce dernier cas, je fais un prototype en fonction de leur démarche, de leurs envies et de leurs souhaits. Je dois comprendre ce que le client recherche, et je dois savoir quelle est l’image de sa marque et ce qu’elle véhicule. Après, je fais une recherche de la matière. Je travaille avec beaucoup de fabricants de tissu, et je dois trouver le plus adapté. Finalement, je fonctionne exactement de la même manière que pour un vêtement sur mesure, quel qu’il soit.

Comment récupérez-vous les plastiques ?

Dans un premier temps, nous travaillons avec des organisations non gouvernementales (ONG) et des associations pour récupérer le plastique. Ensuite, nous l’envoyons dans un centre de tri. Tous les plastiques ne sont pas les mêmes. Il y a du polyamide, du polyester ou encore du « HD » [polyéthylène haut densité — N.D.L.R.]. Après le tri, le plastique est envoyé dans nos filières de recyclage. Il est alors transformé en petites boules de plastique, qui deviennent par la suite des fibres. Ces fibres sont finalement transformées en textile. Tout ceci se déroule en parallèle d’un système de traçabilité très précis.

Quelle clientèle visez-vous ?

Les compagnies, les hôtels, les restaurants, les clubs, les boutiques, mais aussi les particuliers. J’aimerais associer les commerces à ce geste environnemental en faisant en sorte que les hôtels aient du linge écoresponsable et les restaurants des serveurs en uniforme écoresponsable !

Quels sont les coûts de production ?

Tout dépend vraiment de la commande, mais comme tous les autres tissus, il y a un prix au mètre. Ce prix dépend lui-même du grammage et de plein d’autres paramètres. Par exemple, le tissu peut être mélangé avec du coton bio, de l’eucalyptus ou du lyocell, ce qui a un impact sur son coût. Dans tous les cas, nous remplissons tous les critères de qualité écoresponsable.

Quels sont ces critères ?

Les critères doivent répondre à l’impératif de réduction de l’eau et de l’énergie utilisées dans la production. Ils répondent aux critères officiels suivants : Global Recycle Standard, Recycle Claim Standard 100 et le Recycle Claim Standard blended. Ce sont les trois standards officiels les plus importants.

Vous travaillez dans un bureau, sur rendez-vous, mais avez-vous l’ambition d’ouvrir une boutique ?

Absolument ! J’aimerais beaucoup installer un magasin à Monaco. C’est important de montrer aux touristes, à travers cette boutique, que l’on peut faire des vêtements écoresponsables, en parfaite adéquation avec les principes et les valeurs de la principauté, axés sur le haut de gamme et sur l’engagement environnemental. Par la suite, j’espère me développer à l’international. Je parle déjà beaucoup de mon projet en France et en Italie.


journalistMaxime Dewilder