Jahnération : « Du reggae, du hip hop et une pointe de rock »

Maxime Dewilder
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Dans le cadre de la fête de la musique, le 21 juin prochain, Monaco accueille pour la première fois le groupe de reggae Jahneration (1). Théo, l’un des deux chanteurs, a répondu aux questions de Monaco Hebdo avec décontraction et gentillesse.

Vous êtes deux chanteurs sur scènes : comment vous êtes-vous connus ?

Ogach [l’autre chanteur — N.D.L.R.] est un ami d’enfance. On s’est connu pendant notre scolarité, à Paris. On était les deux musiciens du collège et les premiers à y faire un concert de rock. On s’est recroisé au lycée, et n’ayant pas de groupe ni l’un ni l’autre, on a décidé d’en former un. Au début, on faisait du rock. Ça ne nous plaisait pas trop, on écoutait de plus en plus de reggae et, logiquement, on s’est transformé en groupe de reggae. Mais c’est vrai qu’à l’époque, on était tous les deux des fans de rock, et nous le sommes d’ailleurs encore. On est très branché hip hop aussi, donc on essaye de faire un mélange des genres, avec pour base le reggae. En “live”, on essaye d’accentuer ce côté rock parfois plus adapté. L’énergie du rock est vraiment intéressante à développer sur scène.

Quelles étaient vos références, à l’époque ?

Au collège on écoutait du rock d’adolescents, comme Blink 182, Sum 41 ou The Offspring. C’est des groupes qui ont des mélodies pop très intéressantes. On est aussi passés par le métal. On était tous les deux guitaristes par ailleurs. Et aussi beaucoup de hip hop, comme je le disais.

Et pour la musique reggae, quelles sont vos influences ?

Comme on faisait du rock, on a vraiment commencé par des groupes californiens, comme Rebelution, par exemple, pour faire le pont entre les deux styles de musique. Plus on écoutait de reggae, plus on approfondissait les à-côtés culturels. Très vite, on s’est intéressé de près à la Jamaïque, le berceau du reggae. L’année dernière, on y est même allé. Sur place, on a essayé de tout découvrir, en commençant par le style actuel de reggae, le new roots. Et, pour revenir aux influences, on a aussi vraiment flashé sur l’album de Damian Marley avec Nas, Distant Relatives. C’est un parfait mélange entre le reggae et le hip hop. C’est notre album référence, on essaye de tendre vers ce style.

Comment vous avez vécu ce voyage en Jamaïque ?

Musicalement, ça nous a évidemment beaucoup apporté. Ça nous a permis de confronter ce qu’on pensait du reggae à la vie réelle en Jamaïque. On a vraiment vu le berceau du reggae, et ça nous a permis d’appréhender les enjeux sociétaux autour du reggae. Cette musique est présente vraiment partout là-bas, c’est incroyable. C’est un bijou culturel que les Jamaïcains aiment entretenir. C’est une île pleine de vie, extraordinaire, et qui bouge tout le temps ! Humainement, on est parti avec tout le groupe pendant 10 jours. Car on est deux chanteurs, mais sur scène, en tout, nous sommes 6.

Le reggae s’est aussi exporté en Afrique : quel regard portez-vous sur le reggae africain ?

Pour le reggae “roots”, la Côte-d’Ivoire a de grands artistes, avec Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly. C’est vraiment les deux grandes figures du reggae africain. Mais aujourd’hui, au Ghana, il y a de plus en plus de reggae, et notamment du dance hall. Je pense notamment à l’artiste Stone Bouaye, qui est un des gros artistes avec qui tous les Jamaïcains aiment faire des “featurings”.

Pourquoi avez-vous fait le choix de chanter en anglais, alors que vous êtes un groupe de reggae français ?

La sonorité nous a toujours parlé. Je me rappelle écouter Sean Paul quand j’étais petit. Je me demandais ce qu’était cette langue, que je trouvais fabuleuse. Ce qui est intéressant dans l’anglais, et notamment dans le patois jamaïcain, c’est qu’il y a une rythmique avec laquelle on peut rebondir sur tous les mots. Le patois est extrêmement riche. Et puis, c’était aussi un petit challenge de chanter dans une langue qui n’est pas la langue maternelle. C’est la petite surprise de voir deux Français chanter en anglais, avec un accent jamaïcain !

C’est drôle de souligner cette différence entre patois jamaïcain et anglais « pur » : le patois jamaïcain, c’est vraiment la langue du reggae, alors ?

Oui, et d’ailleurs Bob Marley a été choisi pour représenter le reggae dans le monde entier, car il n’avait pas trop cet accent jamaïcain. Son accent aux sonorités plus anglaises passait mieux sur la scène internationale. Or, le reggae roots, c’est accent et jargon jamaïcains !

Bob Marley est vraiment une légende : quel est votre rapport à ce grand artiste reggae ?

Le premier CD que j’ai acheté, c’est un CD de Marley. C’était une espèce de compilation que j’avais trouvé dans un bled paumé ! Ce n’était même pas un album officiel. Ça m’a beaucoup marqué. Ensuite j’ai acheté tous ses CD. Il m’a beaucoup inspiré.

Quel est l’état du reggae en France ?

Il y a beaucoup de styles différents de reggae en France. Il y a du dance hall, du dub, du roots, du new roots… On essaye tous de créer notre style. En termes de média, le reggae est sous-représenté. Le groupe Dub Inc, par exemple, remplit des zéniths, sans passer par la radio. Ils sont très populaires, et ce ne sont pas les seuls, mais, malheureusement, cette musique ne passe pas sur les ondes, et pas à la télé non plus. C’est plutôt paradoxal.

Si vous deviez choisir entre Naâman et Danakil ?

C’est dur ! On s’entend extrêmement bien avec les deux, mais c’est vrai qu’on a une histoire avec Naâman qui est assez forte. On se connait depuis quasiment 10 ans. Et, en parallèle, je connais le morceau Marley de Danakil par cœur !

Hormis la contraction « Jah » et « Generation », pourquoi le nom Jahneration ?

En effet, il y a le jeu de mot. C’est notre guitariste de l’époque qui l’avait trouvé, il y a 10 ans. On était en pleine adolescence, en quête de sens, et la spiritualité rastafari avait un écho assez fort en nous. On trouvait ça super beau d’avoir une musique très spirituelle, qui sonnait de cette manière-là. On a donc ajouté « Jah » pour faire la contraction, et avoir la dimension spirituelle. Aujourd’hui, on a évolué, mais ça a fait notre identité.

Vous abordez les rastafaris : vous-vous considérez comme un rasta ?

Pas du tout, mais on a beaucoup de respect pour cette spiritualité. C’est la plus liée au reggae, celle qui a donné naissance à cette musique.

Question clichée : est-ce que vous fumez de l’herbe ?

Officiellement non ! On ne fait pas du tout la promotion de l’herbe dans nos chansons, ce n’est pas le thème qu’on souhaite aborder. Comme vous le dites, il y a justement trop de clichés liés au reggae et à l’herbe, et on n’arrive pas à s’en défaire !

Votre deuxième album sort prochainement : que nous réserve-t-il ?

Je ne peux pas trop en dire pour l’instant, mais un morceau est déjà sorti. On va essayer de confirmer ce qu’on a commencé à établir, tout en essayant d’aller un peu plus loin dans un savant mélange de Jahneration : du reggae, du hip hop et une pointe de rock.

Quel est votre plus beau souvenir ?

Je pense que c’est le Reggae Sun Ska Festival. C’était notre première grosse tournée, avec presque 100 dates. On s’est retrouvé avec 15 000 personnes devant nous. C’était magnifique. La scène était immense, il y avait de la poussière partout. Ça donnait un décor apocalyptique incroyable.

Quel est votre public ?

C’est très varié. On a des jeunes de 15 ans, comme des personnes de 40 ans ultra-fans, qui font écouter à toute leur famille ou qui partent au boulot en écoutant Jahneration ! On a une grosse tranche d’âge qui se reconnaît dans notre musique. Ça fait plaisir.

Justement, vous parlez de personnes plus âgées : comment ont réagi vos parents quand vous leur avez annoncé que vous alliez faire de la musique, et du reggae de surcroit ?

Ils ne connaissaient pas trop le reggae, et ils avaient un peu peur, car ce milieu est assez opaque. Je ne suis pas Jamaïcain, et je ne viens pas d’une famille jamaïcaine, donc ils avaient peur de cette différence. Ils ont quand même su accepter. Et aujourd’hui, ce sont les plus grands fans.

Pourquoi est-ce important pour vous de venir à Monaco ?

Premièrement parce qu’on n’est jamais venu à Monaco ! Ça nous intéresse, on est très curieux de voir ce que ça va donner. Et c’est toujours un plaisir de traverser les frontières.

Quelle vision vous avez de Monaco ?

Je pense qu’il fait beau chez vous non [rires] ? Je n’ai pas de vision particulière, mais on m’a parlé du casino, alors je dirais soleil, plage, casino… et bientôt musique reggae ! En tout cas, on viendra avec grand plaisir régaler vos oreilles, dans le cadre d’une soirée familiale. On a hâte de rencontrer le public monégasque.

1) Jahneration en concert gratuit le 21 juin sur le port Hercule, à 21h.

journalistMaxime Dewilder