Objectif zéro déchet
Comment Monaco se mobilise
pour l’atteindre

Anne-Sophie Fontanet
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Consommer dans de plus justes proportions, sans polluer. Cette question, de plus en plus de personnes à Monaco se la posent. Outre les dispositions réglementaires et le travail de pédagogie du gouvernement, plusieurs acteurs locaux s’activent afin de mobiliser l’opinion public, et ainsi réduire de façon durable les déchets produits par l’homme sur le territoire. Monaco Hebdo a recensé quelques initiatives, et questionné des acteurs investis sur ces questions, afin de mieux comprendre ce qui est devenu un véritable enjeu de société.

Faire ses courses avec des sacs, acheter en vrac, faire ses propres yaourts, créer ses propres produits d’hygiène, acheter des produits d’entretiens solides ou apporter ses propres sacs pour les fruits et légumes. Ces gestes sont devenus des réflexes pour beaucoup de personnes à Monaco. Le zéro déchet, c’est en fait et avant tout une philosophie de vie qui vise à ne pas surconsommer, à réduire son impact écologique et à réutiliser. Cependant, l’expression zéro déchet porte forcément à confusion. Car il est évidemment impossible d’atteindre le zéro déchet. L’objectif concret du zéro déchet : ne plus avoir de poubelle, ou la plus petite possible, qui ne soit ni recyclable, ni compostable. Pour cela, il est indispensable de revoir ses habitudes de consommation. Cette prise de conscience trouve de plus en plus d’adeptes à Monaco. A l’image de Laly Bessone, enfant du pays et résidente monégasque. Avec Olivier Boscagli, elle vient de créer l’association Oser changer : « L’association peut porter des projets divers et variés en faveur d’un changement favorable à l’écologie des personnes, ou plus largement, de la planète, comme le management horizontal ou le zéro déchet. »

Bon sens

L’été dernier, elle a lancé la page Facebook Zéro déchet Monaco et communes limitrophes. « Il n’y a rien de commercial. Je souhaitais simplement commencer à regrouper les personnes, car je me sentais isolée dans ma démarche. Je me suis mise à faire plein de choses maison. Je trouvais très intéressant que les gens se remettent à faire des choses avec leurs mains. » Éduquer, transmettre, partager, mais aussi rassurer. L’ouverture de cette fenêtre sur les réseaux sociaux a eu plusieurs impacts, selon Laly Bessone : « Il m’a fallu beaucoup de courage pour lancer cette page, car on est vite catalogué. Je pense que sur la Côte d’Azur, on est particulièrement en retard. » Cette page a donc été imaginée comme un point de ralliement pour échanger sur ces pratiques, mais aussi se donner des conseils. « C’est juste une question de bon sens », observe Renate Solari, membre de l’association monégasque Ecopolis, autre entité du territoire qui se mobilise sur cette question. Depuis plusieurs années, Renate Solari s’est engagée dans cette démarche en mettant au point ses propres produits ménagers. Ses astuces, elle les dispense aux autres membres de l’association présidée depuis deux ans par Evelyne Tonelli.

Consommer autrement

Car l’action d’Ecopolis est large : elle concerne tout ce qui tourne autour de la protection de l’environnement et toutes les démarches citoyennes utiles à l’amélioration du cadre de vie. « Avec Ecopolis, on effectue comme une veille environnementale, et nous faisons parfois office de lanceurs d’alerte », explique Evelyne Tonelli. « On ne se définit pas comme des intégristes, ni des militantes, mais juste comme des personnes avec un peu de bon sens et surtout, concernées. Ce que l’on met en avant, ce sont des aberrations », souligne Renate Solari. Du 11 au 14 juin, avec Bernadette Monfort, secrétaire générale d’Ecopolis, elles organisent Monacology. Un événement dédié aux scolaires de Monaco pour apprendre plein d’éco-gestes (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1109). Pour cette 15ème édition, des ateliers sur le zéro déchet sont délivrés aux enfants. « La question centrale autour du zéro déchet, c’est toujours de se demander si j’en ai besoin ? Ou est-ce que je peux consommer autrement, sans l’emballage. »

Réduire son empreinte environnementale

Doucement, la société civile monégasque s’empare de ces questionnements et modifie son comportement. « Avant, il régnait comme le sentiment que si vous étiez écolo, c’est que vous étiez radin. Dans une société riche, c’est aussi une histoire d’argent… Mais depuis peu, le zéro déchet, c’est un peu devenu chic », indique Bernadette Monfort. « On sent qu’il y a un mouvement. C’est à nous de faire passer le message petit à petit », appuie Evelyne Tonelli. « Évidemment, cela prend du temps. Il faut s’y mettre, parce qu’on avait d’autres habitudes. Il faut déconstruire et se reformater », ajoute Renate Solari. Ecopolis souhaite accompagner tout citoyen du territoire monégasque à devenir un « éco consommateur acteur ». C’est aussi le chemin choisi par l’établissement du quai Antoine 1er, le Stars’n’Bars, qui organise une après-midi gratuite autour d’ateliers pour découvrir le zéro déchet dimanche 23 juin, de 13 heures à 18 heures.

Démarche proactive

Quels gestes puis-je réaliser facilement, sans que ça ne me coûte trop cher ? « On va participer pour montrer comment réduire son empreinte environnementale. On donne des pistes dans les domaines culinaires, de l’hygiène ou de la santé », indique Bernadette Monfort. Cet engagement social s’accompagne d’une démarche proactive du département de l’environnement du conseiller-ministre, Marie-Pierre Gramaglia. Monaco s’est dotée de réglementations pour certaines encore uniques au monde concernant l’utilisation de plastique à usage unique (lire ci-après). Ce travail est mené par la direction de l’environnement, aussi bien que par la mission pour la transition énergétique. Les choses bougent et finalement, avancent. Mais Monaco peut-il vraiment atteindre le zéro déchet ? Difficile de répondre à cette question, car on l’aura bien compris, il ne suffit pas d’en parler. Il faut surtout le faire.

Les commerces qui acceptent les contenants des clients

La démarche « zéro déchet » se déploie doucement, mais sûrement, à Monaco. « De plus en plus de commerçants acceptent que leurs clients viennent faire leurs courses en apportant leurs propres contenants. Un premier pas vers un changement des comportements », espère-t-on du côté de la mission pour la transition énergétique (MTE) qui a apporté son concours à Monaco Hebdo pour la rédaction de cet encadré. Voici les premiers commerces, répertoriés par la MTE, qui ont franchi le pas.

Carrefour Monaco a officialisé cette initiative, dans le cadre de l’acte 13 du programme national de l’enseigne de grande distribution, Act For Food. Les produits des stands en vente assistée font l’objet de cette démarche et peuvent être servis dans ces contenants — rayons poissonnerie, boucherie, charcuterie, fromagerie et pâtisserie. Une fois pesés, les produits sont étiquetés, entre le couvercle et le contenant.

Solis Bio accepte que ses clients apportent leurs propres contenants, notamment pour les remplir dans son rayon libre-service

Eat Juice propose des buddhas bowls dans des pots en verre. Ce restaurant a mis en place son propre service de consigne et offre à chaque client une « remise éco-responsable », sur simple restitution du précédent contenant en verre. Eat Juice propose aussi des bentos, des bouteilles à jus, etc. Mais il n’impose pas pour autant ses contenants et offre la possibilité à chacun de venir avec le sien. La « remise écoresponsable » est appliqué de la même manière.

Ici Salad, WOO Monaco et Salad’In accueillent volontiers les clients qui viennent avec leurs propres contenants.

Le zéro déchet en chiffres et en dates à Monaco

11 % : c’est le pourcentage de tonnage plastique à Monaco
80 % : c’est le taux des émissions du plastique dans le secteur des déchets.
2015 : la principauté prend des engagements fermes lors de la Cop 21 et les accords de Paris pour réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre. A l’horizon 2050, le prince s’est engagé à la neutralité carbone de son pays.
2016 : lancement du label “Commerce engagé”. 80 commerces répertoriés à ce jour à Monaco respectent une charte pour réduire notamment leurs déchets.
Juin 2016 : distribution à la population de Monaco de sac en tissu de coton biologique « Un sac pour la vie ».
1er janvier 2019 : interdiction des pailles en plastique. Monaco est le premier État au monde à prendre une telle mesure.
23 juin 2019 : La date à retenir. Le Stars’n’Bars organise une après-midi gratuite autour du thème « zéro déchet ». Des ateliers, des conférences et des animations ouverts à tous, pour partager et apprendre les bonnes pratiques.
Septembre 2019 : lancement du label « Restaurant engagé ».
1er janvier 2020 : interdiction des couverts et des assiettes plastiques.



journalistAnne-Sophie Fontanet