« Sur notre territoire,
on se doit d’être exemplaire »

Anne-Sophie Fontanet
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C’est par la réglementation et la pédagogie que le gouvernement espère peu à peu modifier les habitudes de consommation et les comportements sociaux. Valérie Davenet, directrice de la direction de l’environnement, nous parle de toutes les actions entreprises pour relever ce défi.

Quel a été votre postulat de départ ?

En 2015, deux enjeux sont apparus. Suite aux engagements du prince lors des Accords de Paris sur une réduction très importante des émissions de gaz à effet de serre de la principauté, nous devions nous projeter. Comment Monaco pouvait remplir ses engagements ? Nous avons d’abord regardé avec précision les chiffres de ces émissions. Concrètement, nous avons 11 % de notre tonnage en déchet qui est du plastique. Mais celui-ci représente 80 % des émissions du secteur des déchets. Ensuite, Monaco s’est également souciée de mieux protéger la mer et les océans, fortement pollués par les plastiques.

Qu’avez-vous retiré de ce constat ?

Nous avons monté un groupe de travail dès 2015 pour entrer dans une démarche zéro déchet plastique à usage unique. Sur notre territoire, on se doit d’être exemplaire. D’abord via des échéances réglementaires, mais aussi via un accompagnement des acteurs locaux pour trouver des substitutions. Le réglementaire doit passer par des explications, car sinon on fait des erreurs environnementales. Donc, en 2015, 200 commerces ont été questionnés sur leurs pratiques, afin de se confronter à la « vraie vie ».

Pourquoi s’attaquer au plastique à usage unique ?

Déjà parce qu’il a une durée et un cycle de vie très court. C’est une économie linéaire, bien loin d’une économie circulaire. Notre credo, c’est de dire qu’il faut réutiliser au lieu de distribuer. C’est en tout cas le message que nous avons passé aux commerçants. Et c’est de là qu’a découlé le label “commerce engagé”, lancé en 2016, dont l’objectif est, à terme, une économie d’énergie, en limitant les sacs plastiques et en incitant à adopter de bons gestes environnementaux comme le tri. A ce jour, ils sont 80 commerçants à avoir signé ce label.

Côté réglementaire, que s’est-il passé ?

En juin 2016, les sacs plastique à usage unique ont été interdits. Simultanément, nous avons distribué gratuitement des ”sacs pour la vie” en coton biologique. Le 1er janvier 2019, il y a eu l’interdiction des pailles. Monaco est ainsi devenu le premier État au monde à l’interdire. En septembre 2019, nous lancerons le label ”restaurant engagé”. Et le 1er janvier 2020, les couverts et les assiettes plastiques seront interdits. On continue d’accélérer sur la thématique de la substitution du plastique à usage unique. Mais aussi sur le thème du gaspillage alimentaire, en collaboration avec la mairie de Monaco.

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« Je crois que ce ne sont pas les gens qui ne veulent pas s’y mettre, mais plutôt qu’ils ne connaissent pas toujours la meilleure option à choisir »

Comment réagit le grand public ?

Cela fonctionne parce que les consommateurs le cherchent. Je crois que ce ne sont pas les gens qui ne veulent pas s’y mettre, mais plutôt qu’ils ne connaissent pas toujours la meilleure option à choisir. Notre but, c’est qu’un réseau se crée entre eux — commerçants et consommateurs — par de bonnes pratiques.

Vous ciblez certains commerces en particulier ?

Ce qui a été recherché par le gouvernement, c’est de toucher les petits commerçants, mais aussi aider ceux qui veulent faire plus pour lever les obstacles. A Monaco, le principal problème, c’est celui du stockage.

Et pour les clients ?

On souhaite que les gens puissent trouver des commerces engagés dans tous les quartiers de Monaco. Ils ont compris qu’il fallait que chacun fasse un effort en s’impliquant dans ces démarches. Ma perception, c’est que beaucoup de personnes ont envie d’avoir des circuits courts. Cela interpelle une bonne partie de la population.

Comment sensibiliser ?

Depuis 2015, nous avons noué un partenariat avec l’association varoise Ecoscience Provence, car elle avait l’expérience nécessaire pour fédérer les acteurs locaux. Elle nous aide à lever certains freins et à échanger sur de bonnes pratiques. Car les coiffeurs n’ont pas les mêmes problématiques que les pharmaciens, ou les commerces d’alimentation.

Vous aimeriez en faire plus ?

En 2015, on souhaitait développer les consignes à Monaco, mais on s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas les filières. Dans ce cas précis, c’est un obstacle réel de terrain. Actuellement, Ecoscience mène un test dans le Var sur cette question. Ce que l’on fait, c’est que l’on essaie de se tenir prêt pour pouvoir intervenir rapidement, dès que cela sera possible.

journalistAnne-Sophie Fontanet