Coupe du monde de football féminin Une mini-polémique révélatrice

Raphaël Brun
-

Le 30  mai, l’équipe de France féminine a été obligée de laisser Clairefontaine aux Bleus qui préparaient un match amical. Une situation qui a rapidement enflammé Twitter et provoqué une mini-polémique.

« Mondial féminin : les Françaises priées de laisser Clairefontaine aux Bleus pour préparer un match amical ». C’est le titre de l’un des articles qui a provoqué la colère le 29 mai 2019. L’équipe de France féminine de football a en effet dû laisser le château de Clairefontaine aux joueurs de l’équipe de France masculine, qui participaient, le 2 juin à Nantes, à un match amical contre la Bolivie. Alors que les trois équipes de France, féminine, masculine et espoirs étaient réunies à Clairefontaine, les garçons ont donc été prioritaires pour occuper le château jusqu’au 7 juin. Les filles sont allées s’installer dans un lieu occupé par les rugbymen du XV de France jusqu’en 2002 : le domaine de la Voisine, à l’entrée de Clairefontaine.

« Sexisme »

Une situation qui n’a pas manqué de provoquer de très vives réactions, notamment sur Twitter, que ce soit chez les politiques, ou chez des anonymes : « Je viens d’apprendre que les joueuses de l’équipe de France féminine de foot, qui sont en préparation Coupe du monde, doivent laisser leurs chambres à Clairefontaine aux messieurs préparant un match AMICAL. Voilà. Je m’arrête là, sinon ça va encore dégénérer. » Ou encore : « La seule chose qui en ressort, c’est que le foot masculin rapporte plus de thune que le féminin, donc traitement de faveur pour ceux qui rapportent : société actuelle. » L’élu de la ville de Saint-Denis, Madjid Messaoudene, a ironisé, imaginant ce que pourrait dire un joueur de l’équipe de France masculine : « « Tu peux dire aux meufs là, que NOUS on est des vrais joueurs, et qu’elles peuvent toujours aller s’entraîner dans un square ! » Ce sexisme @FFF c’est juste inacceptable, on attend les excuses ». Avant d’ajouter, quelques Tweets plus loin : « Ce n’est pas une fake news : 1 le château est bien réservé aux hommes, les femmes doivent le quitter. 2 elles sont invitées à dire que c’est pas grave, parce qu’elles ont le terrain (encore heureux, elles disputent une Coupe du monde). Continuez de faire semblant de pas comprendre. »

« Aucun sujet »

Le 30 mai, lors d’une conférence de presse conjointe avec l’entraîneur de l’équipe de France, Didier Deschamp, l’entraîneur des Bleues, Corinne Diacre, a tenté d’éteindre l’incendie : « Le château est prioritaire pour les Bleus, ça a toujours été comme cela et ça l’est encore plus depuis juillet l’année dernière. Donc, il n’y a aucun sujet, au contraire même, puisque Clairefontaine a mis tout en œuvre pour nous trouver un point de chute. Ce qui était important pour moi, c’était de continuer à s’entraîner ici, sur des terrains de qualité. L’essentiel pour nous, c’était d’avoir des bons terrains et de s’entraîner à la maison, comme d’habitude. » Sur le fond, une question réglementaire ne permet pas à l’équipe de France féminine de rester à Clairefontaine pendant toute la compétition. En effet, par souci d’équité, la FIFA leur impose un changement de ville, au fil des rencontres, comme toutes les autres équipes qui participent à cette Coupe du monde. Pour cela, 37 terrains d’entraînement, répartis dans toute la France, sont mis à la disposition des équipes et des arbitres pendant la durée de cette Coupe du monde. Les Françaises devront donc voyager. Pour le premier tour, elles s’installeront à Croissy-sur-Seine, dans les Yvelines, à une trentaine de minutes du Parc des Princes, où elles joueront leur match d’ouverture contre la Corée du Sud, le 7 juin. Elles iront également à Nice, et s’entraîneront à Mandelieu-la-Napoule, avant d’affronter la Norvège, le 12 juin, à 21 heures, à l’Allianz Riviera. Enfin, elle iront à Rennes le 17 juin, à 21 heures, pour jouer contre le Nigéria. Malgré cette explication liée au règlement de la FIFA, beaucoup n’ont pas digéré la « priorité » accordée à l’équipe de France masculine. Surtout que le contexte est très particulier, puisque l’équipe féminine de Corinne Diacre dispute une Coupe du monde, la huitième pour les femmes, en France. C’est aussi la première fois que la France organise la Coupe du monde féminine. Autant d’éléments pointés par les défenseurs des droits des femmes et qui alimentent leur colère et leur déception. Justifiée pour les uns, infondée pour les autres, cette mini-polémique est en tout cas assez révélatrice du climat parfois tendu qui règne aujourd’hui autour de la question du sexisme dans le sport.

journalistRaphaël Brun