« Le sport est un formidable vecteur
pour combattre les stéréotypes »

Maxime Dewilder
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Céline Cottalorda, conseillère technique du gouvernement princier et déléguée pour la promotion et la protection des droits des femmes, explique à Monaco  Hebdo pourquoi le sport peut être un vecteur d’émancipation. Interview.

Quelles sont vos missions au sein du comité pour la promotion et la protection des droits des femmes ?

Nous avons deux missions principales. La première est la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. La seconde est la lutte contre les violences et la discrimination à l’égard des femmes. Personnellement, ma mission consiste à préparer les travaux du comité, animer les réunions, assurer le suivi et la mise en œuvre des recommandations qui sont faites par le comité et enfin valoriser les politiques publiques qui peuvent être prises dans ces domaines.

Comment s’articule ce comité ?

Ce comité est institué auprès du ministère d’État et il est présidé par Gilles Tonelli, conseiller de gouvernement et ministre pour les relations extérieures et la coopération. Le comité comprend des instances gouvernementales, judiciaires mais aussi des entités institutionnelles, c’est-à-dire des élus du Conseil national, du Conseil communal, le Haut-commissaire à la protection des droits, des libertés et à la médiation, la présidente du conseil économique et social et huit présidentes d’associations qui œuvrent dans le domaine du droit des femmes. Nous nous réunissons et prenons un certain nombre de décisions. À titre personnel, je propose, puis je pilote les décisions à mettre en œuvre.

Concrètement, quelle est votre mission, au jour le jour ?

Comme je suis conseiller technique, j’ai une double casquette. D’une part, j’assure le suivi quotidien de dossiers transversaux du secrétariat général du gouvernement. Et, d’autre part, et en grande partie, je me charge du suivi des travaux et de la mise en œuvre des actions du comité.

Un exemple ?

Par exemple, aujourd’hui, dans le cadre de la promotion des droits des femmes, j’ai étudié la possibilité de mettre en place des partenariats avec les entités culturelles. Je pense notamment aux moyens de parler de la violence, mais de manière un peu « détournée », c’est-à-dire pas par une campagne choc, mais par une pièce de théâtre, par exemple.

Quelles sont les dernières mesures prises en principauté ?

Depuis le 8 mars 2019, date de notre réunion plénière et journée mondiale des droits des femmes, nous avons annoncé des mesures concrètes, qui ont été mises en place pour certaines. Par exemple, l’octroi de subventions pour les associations qui œuvrent pour les droits des femmes, le dépôt d’un projet de loi pour l’allongement du congé maternité pour qu’il passe de 16 à 18 semaines, ou encore le lancement d’une étude sur tous les textes juridiques, de manière à gommer toutes les dispositions obsolètes ou inégalitaires.

Quelles sont les dernières avancées majeures à Monaco ?

Il y a la loi de 2011 sur la répression des violences particulières. Elle réprime plus fortement les violences faites dans la sphère intrafamiliale. Elle a aussi entraîné la création de l’association d’Aide aux Victimes d’Infractions Pénales (AVIP). La loi de 2017 pour lutter contre le harcèlement est aussi très importante. Enfin, l’évolution du statut de chef de foyer pour les femmes qui sont fonctionnaires ou agents de l’État est à noter.

Que permet cette évolution ?

Cette évolution permet à ces femmes d’avoir le statut de chef de foyer, statut qui pourrait être étendu au secteur privé. Au niveau législatif, nous sommes donc bien munis. Après, il y a le droit et la réalité et parfois un décalage entre les deux. Par ailleurs, il faut aussi faire de la pédagogie pour faire évoluer les mentalités. Et cela, un texte de loi ne peut pas le faire. Il s’agit du travail le plus dur et le plus long.

Le sujet de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) fait souvent polémique : qu’en pensez-vous ?

Nous attendons qu’il y ait un texte déposé par le Conseil national avant de nous prononcer. Je sais qu’il y a des discussions en cours. La voie qui se dessine est celle de la dépénalisation de l’IVG. Personnellement, je trouve que tout ce qui va dans le sens de permettre aux femmes de décider librement de ce qu’elles font de leur corps est tout à fait souhaitable.

Par quoi passe l’émancipation de la femme ?

Pour moi, ce qui est très important, c’est la liberté de décision, la liberté de choix. Pour qu’une femme ait le choix, elle doit être indépendante financièrement. Il faut donc qu’elle ait pu faire des études si elle le souhaitait, afin d’avoir un travail et donc, son autonomie. L’éducation est très importante pour ne pas être dépendante de quelqu’un.

Le sport peut-il être un vecteur d’émancipation ?

Bien sûr ! Le sport est un formidable vecteur pour se transcender, dépasser ses limites, s’autonomiser, gagner de la confiance en soi et aussi, combattre les préjugés et les stéréotypes. L’accès à la pratique du sport pour les femmes est très important. Pour le bien être personnel, d’une part, mais aussi pour aller vers l’égalité et la mixité.

Comment ?

Au niveau du sport de masse comme individuel, il est très important que des filles pratiquent et s’identifient à des modèles. Lorsque j’ai commencé à jouer au tennis, par exemple, je me suis beaucoup inspirée de Martina Navratilova [ancienne numéro 1 mondiale, détentrice de plus de 160 titres en tournoi individuel, double-vainqueur de Roland-Garros, 9 fois championne de Wimbledon et 4 fois de la Fed Cup entre autres — N.D.L.R.]. J’essayais de faire comme elle, il y a une vraie identification. A ce titre, la médiatisation des femmes dans le sport est un sujet très important. Il y a de grosses disparités à ce niveau-là entre les femmes et les hommes, en plus des différences de visibilité entre chaque sport.

Comment percevez-vous la Coupe du monde de football féminin, qui se déroule du 7 juin au 7 juillet en France ?

Il va y avoir un effet “buzz” qui va justement mettre le sport féminin en avant, et c’est très bien. Au-delà de cela, j’adore le football, donc je suis très contente ! À ce sujet, la section féminine de l’ASM football est en plein essor [voir l’interview du président de l’ASM football féminin par ailleurs].

Peut-on imaginer que les sports, football, boxe ou autre, soient complètement mixtes ?

Je pense que certains sports s’y prêtent plus que d’autres. Il ne faut pas négliger les différences physiologiques entre les hommes et les femmes. Je vous livre une anecdote personnelle. Je suis secrétaire générale de la fédération monégasque de badminton (FMBad) et, dans le cadre d’une réunion avec toutes les fédérations européennes, j’ai appris que le président de la fédération française était pour la mixité dans ce sport. Pour lui, seuls la compétence et le niveau doivent faire foi, et non le sexe. Son idée est inédite, mais je la trouve intéressante. Pour d’autres sports, comme la boxe, ce serait peut-être plus compliqué. Et encore, il y a des catégories par poids…

journalistMaxime Dewilder