Coupe du monde de football féminin
Un bon outil contre le sexisme ?

Maxime Dewilder
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La Coupe du monde de football féminin se joue en France du 7  juin au 7  juillet. Alors que ce sport jouit d’une ferveur particulière dans le monde, en France et à Monaco, le sport féminin peut-il en profiter pour remporter la bataille du sexisme ?

Isabelle Bonnal, à la tête de la direction de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports (DENJS), l’affirme, d’emblée : « Le sport a toujours occupé, au sein de la principauté, une place de premier ordre. Dans la continuité de l’exemple qui a toujours été montré par les princes et princesses de Monaco, le sport et ses valeurs sont les fondements d’un mieux-être, du sens de l’effort, de la cohésion d’équipe, du dépassement de soi. Il est également un magnifique vecteur de socialisation et d’égalité ». Dans ce contexte, la principauté œuvre pour la mise en place d’une politique du « sport pour tous », dans le strict respect du principe de l’égalité des genres, respectant ainsi les recommandations établies en 2008 par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

Locomotive

L’ancienne activité sportive professionnelle de la princesse Charlène fait parfaitement écho aux dires d’Isabelle Bonnal. En tant que nageuse, Charlène Wittsotck, de son nom de jeune fille, a remporté trois épreuves sur le circuit de la Coupe du monde 2002 : 100 mètres dos et 200 mètres dos à deux reprises. Elle s’est aussi imposée lors de l’épreuve de 200 mètres dos, lors du meeting international de natation de Monaco, en 2000. Surtout, elle participe activement à des œuvres caritatives en faveur de l’éducation de l’enfant par le sport, entre autres. En principauté, 40 % des élèves inscrits dans le cadre de l’Union Nationale du Sport Scolaire (UNSS) sont des filles. Cette égalité de représentativité, presque parfaite, entre garçons et filles « correspond à la fourchette maximale des inscriptions des filles en UNSS au niveau départemental, académique et national », précise Isabelle Bonnal. Pour les disciplines, le step-aérobic, la gymnastique et l’athlétisme figurent en tête des activités les plus prisées par les filles et les jeunes femmes. A plus haut niveau, les équipes féminines de la principauté obtiennent de bons résultats. Notamment le Monaco Basket Association (MBA) ou le cercle d’échecs de Monte-Carlo, par exemple. Mais le sport le plus médiatisé reste le football. La Coupe du monde féminine joue en ce sens un rôle de locomotive. Elle porte les inscriptions des jeunes filles dans le club de football féminin de l’ASM et entraîne un ruissellement dans les autres disciplines. André-Pierre Couffet, président de l’ASM football féminin, est persuadé qu’il y aura un avant et un après Coupe du monde : « Beaucoup de filles vont regarder et comme chaque année de Coupe du monde, par la suite, il y a 10 à 20 % d’inscriptions en plus dans les clubs. Si l’équipe de France fait un très bon parcours, il y aura un gros engouement ». Et s’il n’y aura pas de match au stade Louis II pour voir les joueuses évoluer « en vrai », les Monégasques pourront se rabattre sur l’Allianz Riviera de Nice qui accueille un très attendu France–Norvège, le 12 juin, à 21 heures.

Identification

Ailleurs comme en principauté, le football est le sport roi, mais les autres sports n’ont pas à rougir pour autant. D’ailleurs, la sportive préférée des Français n’a jamais tapé dans un ballon… Et elle aurait bien du mal avec ses patins ! Il s’agit en effet de la danseuse sur glace Gabriella Papadakis, triple championne du monde de danse sur glace, selon un sondage Kantar, paru début mars 2019. La championne olympique de ski de bosses Perrine Laffont et la joueuse de tennis Caroline Garcia complètent ce podium, respectivement deuxième et troisième. Du côté des sportives retraitées qui ont une place particulière dans le cœur des Français, toujours pas de trace de ballon rond. La nageuse Laure Manaudou figure en tête du classement, suivie par l’athlète Marie-José Pérec et l’escrimeuse Laura Flessel, selon le même sondage. Céline Cottalorda, conseillère technique du gouvernement princier et déléguée pour la promotion et la protection des droits des femmes, voit le sport comme un vecteur indéniable d’émancipation de la femme (lire son interview, par ailleurs). Cela passe notamment par l’identification aux grandes championnes, comme celles citées plus haut.

« Mixité »

Céline Cottalorda détaille : « Au niveau du sport de masse, comme individuel, il est très important que des filles pratiquent et s’identifient à des modèles. Lorsque j’ai commencé à jouer au tennis par exemple, je me suis beaucoup inspirée de Martina Navratilova [ancienne numéro 1 mondiale, double-vainqueur de Roland-Garros, 9 fois championne de Wimbledon et 4 fois de la Fed Cup entre autres, N.D.L.R.]. J’essayais de faire comme elle. Il y a une vraie identification. A ce titre, la visibilité des femmes dans le sport est très importante ». Au sein des institutions ou au travail, la mixité progresse, bien qu’elle soit toujours insuffisante. De là à imaginer une mixité totale dans le sport ? Céline Cottalorda estime que « certains sports s’y prêtent plus que d’autres. Il ne faut pas négliger les différences physiologiques entre les hommes et les femmes. Je vous livre une anecdote personnelle. Je suis secrétaire générale de la fédération monégasque de badminton (FMB), et dans le cadre d’une réunion avec toutes les fédérations européennes, j’ai appris que le président de la fédération française était pour la mixité dans ce sport. Pour lui, la compétence et le niveau doivent faire foi, et non le sexe. Il semble seul à porter cette idée, mais je la trouve intéressante. Pour d’autres sports, comme la boxe, ce serait peut-être plus compliqué. Et encore, il y a des catégories par poids… ». Le vrai combat ne se joue pas sur un ring, mais bien dans les esprits. En ce sens, le développement du sport féminin pourrait bien être un élément de plus pour mettre KO les préjugés et les stéréotypes. Et faire évoluer les mentalités.

 Trois questions à…

Christèle Gautier, cheffe du bureau en charge du développement de la pratique sportive et du sport féminin au ministère des sports français.

Propos recueillis par Maxime Dewilder

« Créer autre chose que de la compétition sportive »

Comment s’est développé le sport féminin en France ces dernières années ?

Entre 2012 et 2017, le taux de licences féminines a progressé de 37 à 38,3 %. Cela représente environ 471 000 licences en plus, délivrées à des femmes ou à des jeunes filles. Il y a donc une évolution positive, bien qu’encore insuffisante. Comparativement, la progression, sur la même période, est d’un peu plus de 230 000 licences en plus pour les hommes.

Comment est-ce que le ministère des sports a préparé la Coupe du monde de football féminin ?

Il y a un accompagnement très fort de la Fédération française de football (FFF). Dans le cadre d’une convention qui nous lie, nous essayons de valoriser un certain nombre d’éléments qui sont des points prioritaires de la politique publique, comme, par exemple, le bénéfice du sport pour la santé chez les femmes, ou la prévention de toutes les formes de violence. Il y a aussi un aspect incitatif pour encourager les femmes à la pratique sportive. Autour de cet événement mondial, nous essayons de créer autre chose que de la compétition sportive. C’est le sens de l’héritage.

Quel peut être l’impact de cet événement sur le sport féminin ?

La politique de la FFF, très ambitieuse et volontariste sur le volet féminin, permet d’emporter l’adhésion d’autres fédérations. Depuis 2012, 87 d’entre elles se sont engagées sur des plans de féminisation. Par ailleurs, développer le sport au féminin, ce n’est pas que développer le sport pour les jeunes filles et les femmes. L’objectif, c’est aussi qu’elles prennent leur part dans l’arbitrage, par exemple, mais aussi dans les fonctions dirigeantes et dans l’encadrement, y compris au plus haut niveau. Pour cela, les avancées très marquées de la FFF peuvent inspirer, et peuvent être un appui dans le cadre du développement de notre stratégie globale, qui vise à accroître la participation des femmes.

journalistMaxime Dewilder