Fabrizio Moretti :
« L’art est un antidépresseur »

Pascallel Piacka
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Jusqu’au 29  septembre 2019, l’exposition Step by Step occupe la Villa Sauber. Le Nouveau Musée National de Monaco rend hommage à la collection de Fabrizio Moretti. Monaco Hebdo a retracé l’itinéraire de ce marchand d’art italien et résident monégasque : celui d’un passionné. Portrait.

A la Villa Sauber, l’exposition de Fabrizio Moretti emmène le public à la découverte de 38 œuvres d’art. Cette collection privée est un voyage initiatique, une digression cultivée et personnelle à travers six siècles de l’histoire de l’art. « L’exposition est très intéressante. Mais c’est difficile de juger quelque chose qui vient de soi-même. Il serait plus facile pour moi de donner un jugement si elle venait de quelqu’un d’autre », explique-t-il à Monaco Hebdo. Cette collection réunit des chefs-d’œuvre qui vont de l’époque gothique, en passant par la Renaissance, jusqu’aux expérimentations contemporaines. « Pour moi l’exposition signifie beaucoup de choses. Chaque œuvre a une signification. Il y a le marché, le cœur, la passion et la souffrance. Tout est présent dans cette exposition. Alors, chaque tableau a un sens particulier, une signification propre. Aucune de ces œuvres que j’ai voulues exposer ici n’est là par hasard. L’art, c’est un antidépresseur », estime ce galeriste.

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« L’exposition est très intéressante. Mais c’est difficile de juger quelque chose qui vient de soi-même.»

Prato

Né à Prato, une ville de plus de 180 000 habitants située à une vingtaine de kilomètres au nord de Florence, Fabrizio Moretti a le goût de l’art et du commerce. Ses racines sont à chercher du côté de la cité toscane, connue pour avoir été pendant la Renaissance, une place financière européenne importante. C’est à Prato que le négociant Francesco di Marco Datini (1335-1410) a d’ailleurs inventé la lettre de change. Ce collectionneur de 43 ans est le fils de l’antiquaire italien Alfredo Moretti et de la Britannique Kathleen Simonis. « Mon père a été marchand d’art. Lorsque j’ai eu 15 ans, il a arrêté son activité. Et il m’a transmis sa passion pour l’art. Mais, plus jeune, ma deuxième passion, c’était les chevaux. Quand j’ai eu 19 ans, j’ai dit à mon père que je voulais travailler dans le milieu de l’art. Je voulais devenir marchand d’art », raconte Fabrizio Moretti. Grâce à la confiance de son père, l’élève du lycée classique Francesco Cicognini quitte la cité du Prato pour Florence. Il poursuit ses études à l’université des lettres et de philosophie. Il se dédie à la recherche et décroche son diplôme de lettres et d’histoire médiévale. A tout juste 22 ans, il crée à Florence la Galerie Moretti. « Après mon master, je suis devenu marchand d’art. J’avais déjà commencé mon activité quand j’ai eu 21 ans. J’ai ouvert ma première galerie en septembre 1999 », précise ce galeriste. À son inauguration, la galerie a accueilli une exposition appelée de Bernardo Daddi (vers 1290-1348) à Giorgio Vasari (1511-1574). Cette exposition retraçait trois siècles de peintures italiennes, du 13ème au 15ème siècles. Un voyage qui emmène le public du style gothique de Daddi, d’essence pré-Renaissance, aux œuvres du peintre Vasari, disciple de Rosso Fiorentino (1495-1540) et Jacopo Pontormo (1494-1557). Au cœur de la cité florentine, Fabrizio Moretti est désormais reconnu comme le spécialiste de la peinture de la grande époque italienne et toscane. « Après l’exposition de Florence, il y a eu Paris, puis Maastricht. Ma spécialité, ce sont les tableaux italiens primitifs », résume ce marchand d’art. Ainsi, la Renaissance artistique du 15ème siècle en Italie succède à la peinture novatrice dite primitive, des 13ème et 14ème siècles. En janvier 2005, Fabrizio Moretti inaugure sa nouvelle galerie : Moretti Fine Art, à Londres cette fois. « En 2004, je suis arrivé à Londres, car ma mère Kathleen est anglaise. Je savais que les grands marchands d’art internationaux vivaient là-bas. Et c’est naturellement que j’ai créé une deuxième galerie. Londres, c’est la ville européenne de l’art. Le point central où se retrouvent les amoureux de l’art », estime Moretti. Rapidement, la galerie londonienne devient une référence pour tous les collectionneurs en quête de peintures anciennes du 14ème au 18ème siècle.

Principauté

« En 2015, je suis venu une première fois à Monaco avant d’y ouvrir une galerie. Car j’ai des clients et des amis ici à Monaco. Et c’est proche de la frontière avec l’Italie », relate le galeriste. Ainsi, fort de ses débuts florentins et de son expérience Outre-Manche, il fait cap sur la principauté. Et en juin 2017, il ouvre un nouvel espace d’exposition de 200 mètres carrés situé au Park Palace à Monte-Carlo. Sa galerie entend être un lieu de vie culturelle et un endroit privilégié pour les amateurs d’art. « Monaco est une ville fantastique, dynamique. Ça bouge tout le temps. Il y a beaucoup de choses ici, au niveau artistique », souligne Fabrizio Moretti. Ainsi, après des années 1980-1990 difficiles, le marché de l’art monégasque connaît une renaissance à laquelle ce philanthrope italien n’est pas étranger. « Le marché a toujours été en fluctuation avec des hauts et bas. Maintenant, la situation est bonne. Il y a une forte attention pour les grandes œuvres d’art. Il y a une très grande envie de faire des investissements dans l’art. Même si, à mon avis, l’art ne doit pas être vu comme un moyen de placement », juge le marchand italien. Avant d’ajouter : « Ici, à Monaco, il y a des collectionneurs de très haut niveau. Or, il est nécessaire d’avoir des marchands d’art de très haut niveau. Ils doivent venir s’installer ici pour dynamiser le marché. » En parallèle, ce galeriste italien s’est investi dans la création de sa fondation qui soutient les personnes handicapées. Le premier projet qui a vu le jour, c’est la réalisation à Prato d’un centre d’hippothérapie pour les enfants handicapés. « Oui, j’ai créé une fondation. Cela ne regarde pas l’art, mais une cause qui me tient particulièrement à cœur. C’est la cure par l’hippothérapie, pour aider les personnes handicapées atteintes physiquement et mentalement. Ce projet a commencé il y a 6 ans, et le centre est à présent terminé. Maintenant, on est en train de négocier pour donner la gestion du projet à des partenaires », détaille Fabrizio Moretti. L’hippothérapie associe le cheval, le thérapeute et le patient. La communication, verbale et non verbale, joue un rôle important dans ce processus. L’hippothérapie prend en considération le patient dans son entité physique et psychologique. Le cheval est utilisé comme médium et partenaire thérapeutique. Ces dernières années, les activités philanthropiques de ce galeriste l’ont conduit à céder des œuvres d’art à la Galleria dell’Academia de Florence, au Metropolitan Museum de New York et au Los Angeles County Museum. Mais ce n’est pas tout. Fabrizio Moretti a offert au Nouveau Musée National de Monaco (NMNM) un cédrat émaillé de 1520, du céramiste florentin Andrea della Robbia (1435-1525).

Exposition Step by Step :

un regard sur la collection d’un marchand d’art

NMNM/Villa Sauber à Monaco, 17 avenue princesse Grace Jusqu’au 29 septembre 2019, tous les jours de 10h à 18h. Le NMNM, en lien avec des associations spécialisées monégasques, assure des visites pour les personnes handicapées. Ces dernières peuvent être organisées en langue des signes. Renseignement : 98 98 91 26.


journalistPascallel Piacka