Monaco, premier bassin d’emploi à l’Est des Alpes-Maritimes

Anne-Sophie Fontanet
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Pour la première fois, une étude conjointe des instituts statistiques français et monégasque révèle des données concernant les actifs monégasques résidant dans les Alpes-Maritimes. Leur nombre a été multiplié par 1,8 en 25 ans. Soit 26 700 personnes traversant chaque jour la frontière franco-monégasque pour travailler.

Les Azuréens sont de plus en plus nombreux à travailler à Monaco. C’est ce qui ressort de l’enquête diligentée par l’institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et son équivalent monégasque, l’IMSEE, sous l’égide de Pascale Rouaud et Philippe Winnicki. Selon les chiffres arrêtés en 2015, chaque jour, 26 700 habitants des Alpes-Maritimes traversent la frontière pour venir travailler à Monaco. Ils étaient 15 100 en 1990. A l’inverse, on ne comptabilise que 600 habitants de Monaco qui font le chemin inverse. Pour la principauté, cette manne de main d’œuvre est plus que conséquente. En effet, 82 % des salariés de la principauté n’y habitent pas. Et donc, pour une très large part, ils résident dans le département des Alpes-Maritimes. Le bassin ne se cantonne pas aux communes limitrophes, Cap-d’Ail, Beausoleil, la Turbie ou Roquebrune-Cap-Martin. « Aujourd’hui, la commune dont le nombre de résidents est le plus grand à aller travailler à Monaco, c’est Nice, avec 7 500 personnes, soit 28 % des frontaliers », a réagi Alexandre Gautier, directeur régional adjoint de l’Insee Provence-Alpes-Côte D’Azur (Paca).

Taux de chômage inférieur

Tous secteurs confondus, les travailleurs frontaliers sont majoritairement des hommes. De plus, 23 % des frontaliers ont un conjoint qui travaille aussi sur Monaco. Les frontaliers sont un peu plus diplômés (45 % de diplômés de l’enseignement supérieur, contre 40 %) et un peu plus jeunes que les habitants des Alpes-Maritimes en emploi (59 % ont moins de 45 ans contre 54 %). Parmi les frontaliers, ce sont les cadres qui habitent le plus loin (21 kilomètres, en moyenne), à l’inverse des ouvriers (14 kilomètres) et des employés (13 kilomètres). La principauté de Monaco constitue le principal bassin d’emplois à l’Est du département des Alpes-Maritimes. Parmi les résidents de Cap-d’Ail, de Beausoleil, de la Turbie et de Roquebrune-Cap-Martin, 59 % des personnes en emploi travaillent en principauté. « Dans chacune des communes de la bande côtière qui part d’Èze et remonte le long de la frontière italienne jusqu’au village de Castillon, plus d’un quart des actifs occupés travaillent à Monaco. Parmi l’ensemble des actifs occupés de la zone d’emploi de Menton-Vallée de la Roya, 43 % sont dans ce cas. L’activité économique de Monaco contribue à limiter le taux de chômage de ce territoire, qui est inférieur d’un point à la moyenne des Alpes-Maritimes, et de deux points à la moyenne régionale en 2015 », énumère cette étude.

« Les enjeux sont considérables »

C’est la toute première fois qu’une telle étude est menée entre les Alpes-Maritimes et Monaco. Elle a été commandée par la région Sud. « Sur de très nombreux sujets, la principauté est plus que partenaire. Si des ressortissants des Alpes-Maritimes trouvent une réponse à leurs attentes dans un emploi monégasque, c’est satisfaisant », a indiqué mercredi 29 mai, lors d’un point presse, Bernard Kleynhoff, conseiller régional de la région Sud et président de la commission emploi. « L’Insee n’a pas l’habitude dans la région de travailler sur ce sujet des frontaliers, au contraire de nos collègues du Nord-Est. Or l’enjeu n’est pas des moindres. C’est extrêmement significatif. L’impact est important et les enjeux sont considérables, d’où l’intérêt d’avoir des éléments objectivés », a souligné Alexandre Gautier. Les conclusions de cette étude pourront permettre d’améliorer l’orientation des politiques publiques en termes de mobilité ou de développement économique.

Réorienter les politiques publiques

Car ce qui ressort nettement de l’étude, c’est la manière qu’ont les pendulaires de parcourir les 16 kilomètres, en moyenne, qui sépare leur foyer de leur lieu de travail. 45 % d’entre eux optent pour la voiture, 26 % pour les transports en commun, essentiellement le train, 22 % le deux-roues et 21 % à pied. Au conseil régional, on souhaite intensifier la communication sur l’usage du train, malgré son évidente asphyxie. « Les ouvriers et les employés ont des horaires beaucoup plus fixes, donc on est plus à même d’avoir des heures de pointe sur lesquelles on a une meilleure réponse de cadence de transport en commun », estime Bernard Kleynhoff. La mobilité reste donc un sujet majeur. Côté économie, cette étude pourrait aussi aider à réorienter les politiques en matière de formation professionnelle. « Il nous appartient de faire en sorte que les chefs d’entreprise qui proposent des emplois puissent trouver sur ce territoire, et en proximité, les réponses à leurs besoins. »

Six profils type de frontaliers à la loupe

Les femmes employées (16 % des frontaliers) : 59 % ont 45 ans ou plus, la plupart sont sans diplôme ou titulaire d’un certificat d’aptitude professionnelle (CAP) ou brevet d’études professionnelles (BEP). La moitié d’entre elles habitent une commune limitrophe de Monaco. Six sur 10 travaillent dans les secteurs de la santé-action sociale et des autres activités de services.

Les femmes professions intermédiaires (18 % des frontaliers) : Plutôt jeunes, en grande majorité diplômées de l’enseignement supérieure, habitent plus loin de Monaco.

Les hommes ouvriers de la construction (13 % des frontaliers) : Très souvent non diplômés, ils habitent à proximité de Monaco. Six sur 10 travaillent dans la construction ou pour une agence d’intérim. Ils occupent des postes d’ouvrier non qualifié du bâtiment, maçon ou agent de propreté.

Les hommes diplômés de CAP ou BEP (16 % des frontaliers) : 65 % ont plus de 45 ans. La moitié habite une commune limitrophe de Monaco ou Menton. Un tiers vient travailler en deux-roues. Ils exercent dans l’hôtellerie-restauration en tant que cuisinier ou serveur, et dans le secteur du commerce.

Les jeunes employés (14 % des frontaliers) : Majoritairement diplômés du baccalauréat. La moitié d’entre eux a moins de 30 ans et un sur cinq vit encore chez ses parents. Ils travaillent dans l’hôtellerie-restauration, le commerce, en agence d’intérim et occupent des postes de commis de restaurant, employé administratif, services comptables ou financiers.

Les hommes cadres (24 % des frontaliers) : Diplômés de l’enseignement supérieur. La moitié a entre 30 et 44 ans. Ils habitent souvent à Nice. Un tiers travaille dans le secteur des activités financières. Ils occupent des postes de cadre administratif, chef d’établissement bancaire, ingénieur en recherche et développement informatique.

Monaco, 5ème pays frontalier à faire travailler le plus de résidents français

Grâce aux chiffres du recensement de la population française 2015, l’Insee a pu répertorier le nombre d’actifs en emploi résidant en France selon leur catégorie professionnelle et le pays où ils travaillent. On comptabilisait 387 600 personnes dans ce cas en 2015. Et l’on apprend que la plus grosse part de ces travailleurs exercent en Suisse (186 600), s’ensuit le Luxembourg (76 300), l’Allemagne (47 700), la Belgique (40 400), Monaco (26 700), l’Espagne (4 500), le Royaume-Uni (4 200) et l’Italie (1 200). Si on se penche sur les catégories socio-professionnelles, les plus grandes concordances pour Monaco se font avec le Luxembourg et la Suisse. Parmi leurs travailleurs frontaliers, les trois pays comptent le même pourcentage d’artisans commerçants ou chefs d’entreprise (2 %). Au niveau des ouvriers, la part est de 29 % au Luxembourg et 28 % en Suisse, quand elle est de 19 % à Monaco. La part des employés est de 29 % au Luxembourg, 20 % en Suisse et 31 % à Monaco. Celle des professions intermédiaires : 24 % au Luxembourg, 29 % en Suisse et 26 % à Monaco. Enfin, les cadres frontaliers représentent 16 % au Luxembourg, 21 % en Suisse et 22 % à Monaco.


journalistAnne-Sophie Fontanet