« Le projet gouvernemental,
c’est du sur-mesure »

Pascallel Piacka
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Didier Gamerdinger, conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, répond à Monaco Hebdo sur les objectifs du texte du gouvernement. Interview.

Quelle a été la démarche du gouvernement pour élaborer ce projet de loi n° 979 ?

Avant d’engager la réflexion, le gouvernement a largement consulté les principaux interlocuteurs concernés par le travail dominical. C’est-à-dire les opérateurs économiques eux-mêmes : les directeurs des grandes et moyennes surfaces, les responsables de l’Union des Commerçants et Artisans de Monaco (UCAM), ceux du groupement d’intérêt économique (GIE) de Fontvieille, les représentants du Métropole Shopping Center, les interlocuteurs de la Société des Bains de Mer (SBM) et du Carré d’Or, les dirigeants des différentes sensibilités syndicales d’employeurs (FEDEM) et de salariés (USM et F2SM) et l’archevêque de Monaco.

Qu’est-il ressorti de ces différentes consultations ?

Ce qui est rapidement apparu, c’est la nécessité de prendre en compte les évolutions observées dans les régions économiques voisines, qui connaissent désormais un nombre d’ouvertures dominicales plus important. Pour autant, globalement, les opérateurs économiques monégasques ne souhaitaient pas une systématisation du travail du dimanche.

C’est-à-dire ?

Pour les commerçants de proximité, la demande était plutôt tournée vers l’ouverture les dimanches des mois de juillet et d’août et ceux de décembre, qui permettent une activité pendant la période estivale et les fêtes, dans la lignée de ce que le gouvernement a mis en place avec le ‘‘Monaco Sunday Experience” depuis plusieurs années. Cela correspond à environ 12 dimanches d’ouverture au total dans l’année.

Quelles ont été les demandes ?

Les représentants concernés ont bien insisté sur le fait qu’il fallait absolument éviter une généralisation de l’ouverture dominicale qu’ils ne demandent pas. Et qui risquerait de conduire à la disparition du petit commerce, lequel serait dramatiquement concurrencé par les grandes surfaces. Les commerçants du centre commercial du Métropole, du Carré d’Or et de Monaco-Ville souhaitent une ouverture des commerces : les dimanches de l’Open de tennis et du Grand Prix automobile, puis du mois de mai à septembre pour une saison estivale élargie. Et enfin en décembre, pour les achats de fin d’année. Cela correspond globalement à 25 dimanches travaillés dans l’année.

Quel constat avez-vous pu dresser ?

Ce qui est donc ressorti des discussions avec les commerçants, ce sont des demandes assez contrastées, qui ne tendent pas vers une ouverture dominicale systématique, loin de là, principalement pour les représentants du petit commerce, qui pourraient moins facilement s’adapter à l’ouverture dominicale que les grandes enseignes.

Avez-vous consulté au-delà des commerçants ?

Dans son analyse, le gouvernement devait aussi tenir compte de la position d’autres interlocuteurs d’importance. L’archevêque de Monaco a rappelé l’attachement de l’Église au respect du repos dominical, pour des raisons religieuses, familiales, sociales et d’équilibre de la personne. Les syndicats de salariés ont des visions qui ne convergent pas : les uns sont favorables à un assouplissement, les autres sont beaucoup plus réticents et privilégient le respect du repos du travailleur le dimanche.

Du coup, quelle a été votre démarche ?

Face à l’ensemble de ces éléments d’appréciation, j’ai souhaité être pragmatique, tout en garantissant les équilibres sociaux. Ainsi, l’approche gouvernementale est plus fine. Elle est à l’écoute, et elle respecte les points de vue de chacun, afin de trouver une position équilibrée.

Quelle est cette position ?

Cette position médiane a consisté à élaborer un projet qui répond aux attentes des interlocuteurs concernés. Elle reconnaît aux commerçants de proximité la possibilité d’ouvrir, comme ils le souhaitent, les dimanches pendant trois à quatre mois dans l’année. Elle prévoit que les opérateurs du Métropole et du Carré d’Or puissent travailler le dimanche, environ 6 mois dans l’année. Elle confirme l’importance du repos dominical, en excluant la systématisation du travail ce jour-là, et en consacrant le volontariat des salariés et une juste compensation.

Vous estimez que le projet gouvernemental a été caricaturé ?

On est loin de la caricature que certains font du projet gouvernemental. Il n’oppose pas les consommateurs en fonction de leur pouvoir d’achat, mais il écoute les commerçants des différents quartiers de Monaco. Il ne se limite pas à 9 et 25 dimanches d’ouverture. Avec les dispositions de la loi actuelle et celles du projet, il permet au total, selon les zones, 15 à 31 dimanches travaillés par salarié volontaire. Ce qui, avec une organisation intelligente de l’employeur et une rotation des effectifs, conduit à de 20 à 36 dimanches d’ouverture. Le projet gouvernemental est souple. Il fait du sur-mesure, respecte le point de vue de chacun, et consacre une évolution raisonnable par rapport à la situation actuelle.

Quel est le fil conducteur du projet de loi n° 979 ?

Il ne systématise pas la possibilité d’ouverture dominicale. Mais Monaco n’est pas la France ou l’Italie. Nous avons nos spécificités et nos attachements, ce qui nous rend fiers d’être ce que nous sommes. La consommation ne peut pas être le seul guide de nos réflexions et de nos actions. Nous sommes et nous valons plus que cela. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’approches simplistes : nous sommes attachés à notre culture, à nos racines, à nos traditions et à nos croyances. Et, dans le même temps nous sommes tournés vers l’avenir et la modernité.

Mais tout cela semble impossible à concilier !

Ce n’est pas inconciliable, mais cela suppose de la réflexion et de l’intelligence pour déterminer l’approche la plus appropriée, celle qui nous convient le mieux. Cette évolution mesurée et raisonnable de notre loi est au demeurant ce que le Conseil économique et social (CES) avait aussi de son côté appelé de ses vœux. L’approche du gouvernement est réfléchie et pragmatique.

Quelles vont être les prochaines étapes ?

Les discussions vont se poursuivre avec les élus pour rechercher des solutions mutuellement acceptables, en particulier avec Christophe Robino, le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses, avec lequel je partage le même souhait d’aboutir positivement à bref délai.

Dans quelle ambiance se déroulent ces discussions ?

C’est, comme toujours, avec un esprit d’ouverture et de concertation que le gouvernement va aborder les prochains entretiens. Il sera à nouveau pragmatique dans son approche pour que tous les interlocuteurs concernés se sentent écoutés et pris en compte. Les propositions envisagées par les départements ministériels ont le mérite d’aller au fond de la réflexion, en respectant la sensibilité et les arguments de chacun. Le gouvernement princier concerte, réfléchit et envisage des solutions positives pour Monaco. C’est son rôle.

journalistPascallel Piacka