Salim Zeghdar « Faire de Top Marques la référence internationale »

Anne-Sophie Fontanet
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Pour sa 16ème édition, le salon Top Marques change de main. Son nouvel organisateur a choisi de le recentrer autour des super cars et des hyper cars. A la clé, innovation, technologie et six avant-premières mondiales. Salim Zeghdar détaille à Monaco Hebdo son projet. Interview. 

Le maître-mot de cette 16ème édition ?

Il y en a trois. Le premier c’est un retour aux sources du salon, à son ADN. Revenir à l’origine de Top Marques, qui était les super cars et les hyper cars. Parce qu’au fil des ans, ça a eu tendance à s’éparpiller un petit peu. Je veux asseoir ce salon, le développer et l’ancrer. En fait, je voudrais faire ce qui a été fait à Monaco avec le Yacht Show pour les super yachts. Faire de Top Marques la référence internationale.

Le deuxième axe ?

C’est d’aller vers les nouvelles technologies. Montrer que dans ce milieu-là, l’électrique et d’autres technologies sont utilisés aussi. Cette année, nous aurons huit constructeurs qui exposeront des voitures soit électriques, soit à d’autres sources d’énergie comme certaines qui fonctionnent à l’eau salée. Il y aura aussi les hybrides, avec la présence de deux constructeurs.

Et enfin ?

Le troisième maître-mot est l’innovation. Sur les nouvelles technologies, et puis sur les nouveaux types de voiture pour demain. Sur le matériel roulant de demain, ou même après demain.

Pourquoi ce recentrage ?

J’ai préféré revenir aux voitures, car je trouvais important de rester dans notre domaine de compétence. Parce que vous perdiez un peu le visiteur, qui voyait une voiture de luxe à 3 millions d’euros, puis, à côté, quelqu’un qui vendait des caves à vin, un qui vendait des sofas, etc. Ce n’était pas clair ! Vous ne devriez plus revoir ça.

Ce que vous espérez ?

Que Top Marques devienne le temple du super car et de l’hyper car dans le monde. Voilà, c’est tout. Il y a une semaine où il faut être à Monaco pour acheter des voitures de ce gabarit-là. Vous avez quand même des voitures à plus de 3 millions d’euros. C’est un salon de vente, pas une exposition. Notre idée est de vraiment créer un marché.

Comment motiver les constructeurs ?

La promesse, c’est de faire venir un maximum de constructeurs. Il y en aura une trentaine, il n’y en a jamais eu autant. Les grandes marques reviennent, comme Ferrari, Bentley, Rolls Royce, McLaren, Aston Martin, Lamborghini, ou Bugatti. Et à eux, nous leur disons qu’ils auront des acheteurs.

Comment faire venir les acheteurs ?

D’abord, en sélectionnant les produits que l’on expose. Ensuite, en démarchant un maximum de collectionneurs ou de gens intéressés par ce type de véhicules et les inviter à venir au salon. La journée du lundi 3 juin sera donc uniquement sur invitation, réservée aux personnes susceptibles d’acheter, pour être dans un cadre serein. Il faut donner un moment et un espace privilégié pour que l’acheteur puisse faire son marché.

C’est votre première édition en tant qu’organisateur : comment s’est passé le relais ?

Je connaissais un peu Top Marques, car j’étais depuis un certain temps fournisseur avec une autre activité. J’ai racheté ce salon et j’ai fait ce que j’avais envie de faire. Il n’y a pas vraiment eu de passage de relais. Au niveau de l’équipe, j’ai gardé certain piliers qui m’accompagnent et qui m’ont permis d’accélérer la formation que je n’avais pas jusqu’à présent.

Cette édition correspond à ce que vous aviez imaginé ?

J’avais une idée précise de ce que je voulais, et de là où je voulais aller. Et je suis exactement dedans ! La preuve, c’est que cette année nous avons six premières mondiales. Ça ne s’est jamais vu dans l’histoire de Top Marques. Parmi ces marques, vous avez McLaren et Aston Martin.

Qu’avez-vous dit à ces marques pour venir ?

A partir du moment où ils comprennent que mon objectif, c’est vraiment la voiture, que l’on n’a pas pris n’importe quoi… J’ai refusé les constructeurs “tuning”, même s’ils sont de très haut de gamme, il n’y en aura pas cette année. L’idée, c’est d’avoir le constructeur. Pas un mec qui maquille une bagnole et qui vient la vendre. Les gens sentent que c’est une ambiance de voiture haut de gamme.

Ressentez-vous de la pression ?

En permanence. Il faut que l’on réussisse. On se met la pression, parce qu’on aime bien faire les choses. Les constructeurs nous font confiance. Ils ont vu le travail qu’on a mis en place pour faire de cet événement un succès.

Quelle différence entre le super car et l’hyper car ?

Un super car est une voiture de course qui a été mise sur la route. Le premier super car, c’est la F40 de Ferrari. Super car, c’est un certain niveau de puissance. Et l’hyper car, c’est encore au-dessus, des voitures à 1 000 chevaux.

Ou peut-on rouler avec des voitures si puissantes ?

Je ne pense pas que l’objectif des propriétaires de ce type de voiture soit de faire des chronos sur l’autoroute. S’ils veulent tester la voiture, ils vont sur un circuit. C’est le plaisir de la mécanique et de la précision. Ce sont des véhicules qui, pour la plupart, roulent très peu. Ce sont des investissements. Quand vous achetez une Bugatti Chiron, vous ne la revendez pas avec 100 000 km… Vous avez le collectionneur de voitures anciennes, et puis vous avez le collectionneur de voiture d’aujourd’hui.

C’est cette notion de précision qui vous a donné l’envie de faire venir des horlogers ?

Oui, on a une quinzaine d’horlogers qui vient pour présenter des modèles plus uniques les uns que les autres. Notre sponsor Rébellion, un horloger suisse qui crée ses propres mouvements, a la particularité d’avoir une écurie de course. Ils font des courses d’endurance internationale. Rébellion sera présent à Top Marques, avec une voiture qui a gagné les 24 heures du Mans et une montre d’exception – un boitier entièrement en saphir qui a nécessité 99 jours de fraisage – qu’il vend 4 millions d’euros.

Quel est le profil du visiteur de Top Marques ?

Je dirais simplement les amoureux de voiture, homme ou femme. Je pense aux collectionneurs de voiture. Des gens qui ont les moyens. Quand vous faites un évènement, vous essayez de plaire à un public le plus large possible. Les tarifs des véhicules iront de 50 000 euros à 3,5 millions d’euros. C’est la magie de Monaco.

Y a-t-il d’autres salons dans le monde qui vous ont inspiré ?

De l’hyper car, il n’y en a pas des masses. Dans tous les salons automobiles de la planète, y compris Genève, vous avez tous les constructeurs automobiles. Et dans le lot, vous avez quelques constructeurs de super car et d’hyper car. Comme ça n’existe pas, je veux vraiment prendre cette place de leader à l’international. On a vraiment des gens qui viennent de partout : du Canada, des USA, de l’Australie, d’Europe, du Japon, du Brésil…

Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement pour encadrer Top Marques (lire notre encadré par ailleurs) ?

Ils ont bien raison. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec eux. Des problèmes ont eu lieu l’année dernière. Moi, je n’étais pas là. Ce que je sais, c’est que je trouve ça stupide de s’amuser à faire des accélérations avec sa voiture. C’est dangereux, ça ne respecte pas l’environnement, ni la loi. Créer du bazar pour du bazar, j’ai toujours condamné ça.

Quelles décisions avez-vous pris ?

Déjà de ne pas faire de “test drive”, même si ceux-ci n’étaient pas en cause. Cela venait d’autres perturbateurs identifiés, qui ne venaient pas au salon. A faire l’imbécile à l’extérieur, même si ça ne dépend pas de Top Marques, ça reste Top Marques. Et, un jour, le gouvernement va me dire : « On arrête ». Notre rôle est de communiquer. Et j’ai choisi d’inviter dans le salon l’un des influenceurs, POG, qui a posé problème l’an passé. Il fera le show à l’intérieur, et non à l’extérieur. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir. Après, je ne peux rien empêcher. Si vous avez l’amour de l’automobile et que vous voulez que ça perdure, respectez tout ça.

Parmi les véhicules, quels sont vos trois coups de cœur ?

La Berlinetta de Puritalia, une voiture hybride de 965 chevaux. Ce qui attire ma curiosité, c’est un bouton qui, une fois pressé, propulse la voiture à sa limite pendant 40 secondes. Elle coûte plus de 500 000 euros. Ensuite, vous avez la Rétro de Devinci, un constructeur français qui est à Toulouse. Elle a le look d’une voiture des années 1930, entièrement électrique et qui se conduit sans permis. Ça vaut 50 000 euros. Ce qui me plaît, c’est son design et son ingéniosité. Et le dernier, ce serait la Quant qui est vendu 2,8 millions d’euros. Une voiture qui fonctionne à l’eau salée. Elle a déjà fait 350 000 km de test et possède une batterie de 1,8 million de kilomètres.

Vos projets ?

Ouvrir un département « voitures anciennes » en 2020. Ce qui me permettra d’avoir les super car d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Top Marques, c’est aussi des bateaux et des bijoux ?

On a six constructeurs de bateaux dont un modèle totalement électrique. On reste dans cette notion de performance et de haute technologie à travers les bateaux que nous exposons. On aura également trois bijoutiers.

Vos attentes pour votre première édition ?

Que les constructeurs rencontrent les bons clients, qu’un vrai marché s’opère, que chaque exposant ait pu vendre au moins une voiture. Nous avons 400 journalistes accrédités et trois ambassadeurs : les anciens pilotes David Coulthard, Thierry Boutsen et Eddie Jordan. Cela montre qu’il y a une vraie industrie qui attire vraiment. Je n’imaginais pas tout ça. Nous espérons devenir incontournable.

Pratique : Salon Top Marques, Grimaldi Forum du 30 mai au 3 juin 2019. Tarifs : 70 euros la journée le jeudi et le vendredi, 40 euros la journée durant le week-end. Lundi 3 juin uniquement sur invitation. Renseignements et billetterie sur www.topmarquesmonaco.com.


journalistAnne-Sophie Fontanet