Interview de Thomas Riqué « Une belle satisfaction »

Raphaël Brun
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Depuis mars, l’AS Monaco Rugby avait assurée sa montée en Fédérale 3. Le club a aussi remporté le titre de champion Provence-Alpes-Côte-d’Azur en championnat de France honneur et en réserve honneur. Et l’ancien ouvreur international, Frédéric Michalak, pourrait aider au lancement d’une équipe de rugby à 7 à Monaco, en 2020. Une saison pleine et une actualité riche, sur laquelle revient le président et joueur de l’AS Monaco Rugby, Thomas Riqué.

C’est une saison exceptionnelle pour l’AS Monaco Rugby : tout ça était prévu ?

C’est ce qu’on voulait. On sait d’où on vient. On a donc appris à être assez prudent dans notre progression et dans ce que l’on affirmait. Il y a peu, nous étions sans terrain. Et puis, nous avons eu la chance de pouvoir travailler sur ce stade Prince héréditaire Jacques, qui a vu le jour à Beausoleil. En mettant ce terrain à disposition de l’AS Monaco Rugby, l’Etat monégasque nous a fait confiance. Du coup, nous voulions démontrer que, grâce à ces infrastructures, on pouvait réussir.

Réussir, c’est une chose, mais lors de cette saison 2018-2019, vous avez littéralement écrasé la concurrence, puisque vous n’avez perdu que trois matches ?

On a dominé le championnat, mais il faut rester humble. On a notamment perdu notre premier match, ce qui nous a poussés à nous remettre en question. Pour ne pas se mettre en danger et s’assurer d’une montée en Fédérale 3, on savait que nous devions écraser ce championnat. Cette montée a été assurée à trois journées de la fin. Même si notre tribune ne peut contenir que 300 personnes, nous l’avons remplie lors des deux derniers matches.

Que vous ont apporté vos entraîneurs, Luciano Orquera et Sylvain Masson ?

Sylvain Masson vient du monde amateur. Il connaît l’état d’esprit qu’il faut mettre pour être performant à ce niveau-là. Luciano Orquera vient du monde professionnel, puisqu’il a joué avec l’équipe d’Italie. Mais il a aussi connu le monde semi-professionnel, puisqu’il a fini sa carrière à Nice, alors que le club évoluait en Fédérale 2. Luciano et Sylvain se sont donc enrichis mutuellement, avec leurs expériences complémentaires. On va continuer avec eux la saison prochaine, en Fédérale 3. Le staff sera peut-être étoffé. On travaille sur ce sujet.

Il y a aussi eu la victoire de votre équipe espoir ?

Ça n’était pas forcément un objectif, mais c’est aussi une belle satisfaction. Il a fallu intégrer des jeunes, dont on ne connaissait pas trop le niveau, et faire le lien avec des joueurs plus expérimentés. Finalement, même si ça a pris plus de temps qu’avec notre équipe première, on a réussi à gagner ce deuxième bouclier. Ce qui fait que nos 60 joueurs du groupe senior ont été récompensés.

Le bilan ?

Deux trophées territoriaux dans le quart sud-est, qui valident nos deux premières places au championnat. L’année prochaine, notre équipe première jouera donc en Fédérale 3, soit l’équivalent de la cinquième division française.

Et chez les équipes de jeunes ?

Les moins de 16 ans et les moins de 19 ans sont qualifiés pour les phases finales. L’école de rugby a de bons résultats. Je suis aussi très content que les moins de 12 ans aient remporté le tournoi de Grasse, fin avril. Au total, on a 300 licenciés, répartis dans toutes les catégories, qui vont des moins de 6 ans, jusqu’aux seniors. Et on s’appuie sur une trentaine de bénévoles, dont 10 très actifs, pour faire fonctionner le club, ainsi que sur deux salariés à mi-temps.

La nouveauté de cette saison 2018-2019 ?

C’est la création d’une section féminine. Fabien Camin nous a proposé ce projet, que l’on a lancé avec beaucoup d’enthousiasme. Pour une première année, on pensait avoir 10 ou 15 filles. Aujourd’hui, elles sont 35. Elles ont des idées, elles sont pleines d’énergie et, pour nous, c’est un vrai bol d’oxygène.

Ce nouveau stade que vous attendiez depuis longtemps, est un outil adapté à vos attentes ?

On est très satisfait de ces infrastructures, qui sont de qualité. Il ne manque qu’un lieu de vie, un “club house”, qui est très important pour notre sport. Cela nous permettrait d’avoir des conditions d’hospitalité qui font partie de l’ADN du rugby. Mais on ne va pas faire les difficiles. Ce que l’on a aujourd’hui, pour l’aspect sportif, c’est un cadre exceptionnel.


Maxence Picardet, demi d’ouverture de l’ASM Rugby et John Courtinard, entraîneur de l’équipe réserve de l’ASM Rugby.

Du coup, vous allez recruter pour la saison 2019-2020 en Fédérale 3 ?

Il y aura une dizaine d’arrivées, en grande partie des postes d’avant. On a la certitude qu’un maximum de l’équipe déjà en place restera. On pense qu’ils sont capables de progresser et d’assurer la transition, avec un niveau sportif qui ne change pas énormément.

Qu’est-ce qui va changer en Fédérale 3 ?

Ce n’est pas un niveau deux fois plus difficile, car ce n’est pas une division professionnelle. Le niveau professionnel, c’est la Fédérale 1. On ne sera donc pas confronté à ces joueurs étrangers qui viennent alimenter les rangs du championnat de France, parfois à outrance. Il s’agira donc, pour l’essentiel, d’affronter des joueurs français. Mais attention. Car certains de ces joueurs ont été formés dans de grands clubs. Ils ont un métier à côté, mais ils veulent jouer au rugby à un bon niveau.

Tous vos joueurs sont amateurs ?

Nous n’avons que des joueurs amateurs. Ils travaillent tous et ne peuvent d’ailleurs pas toujours se libérer pour venir s’entraîner. Actuellement, on fait deux entraînements par semaine. L’année prochaine, on va passer à trois entraînements par semaine, une fois par mois.

Pour cette montée en Fédérale 3, votre budget va augmenter ?

Aujourd’hui, on a 350 000 euros de budget. La moitié provient de partenaires privés, que je remercie. On discute actuellement, pour essayer de faire passer notre budget à 500 000 euros. Mais on reste prudent. Car on ne veut pas que la partie associative du club soit impactée, et que les voyages des enfants ou la qualité des éducateurs, soient remis en cause.

Le budget moyen en Fédérale 3 est de combien ?

Environ 400 000 euros. Mais on est un peu au dessus, car nous n’avons pas la chance d’avoir accès à un vivier de joueurs comme la banlieue toulousaine, ou les grandes villes de rugby. Du coup, on est obligé de faire venir des joueurs. Aujourd’hui, environ 50 % de l’équipe vient du bassin niçois. Mais on peut aussi avoir un joueur exceptionnel dans notre formation.

C’est déjà arrivé ?

Nous avons eu, par exemple, Antoine Zeghdar (lire son interview publiée dans Monaco Hebdo n° 1101), qui a été formé à Monaco, et qui joue au RC Toulon et en équipe de France à 7 (1). Dès qu’un joueur a entre 14 et 16 ans, on est capable de dire s’il peut rester avec nous, ou s’il faut l’orienter vers une structure professionnelle.

Où est-ce que vous allez trouver les 150 000 euros qu’il vous manque ?

On va essayer de discuter avec nos partenaires et prospecter pour en trouver d’autres. On sait qu’à Monaco il existe une manne économique qui n’est pas négligeable. A nous d’aller la chercher et de montrer que notre projet est crédible. On espère aussi qu’il y aura une volonté politique, et que le gouvernement monégasque nous suivra dans notre progression.

L’ASM Rugby grandit très vite : cela pose aussi des problèmes ?

On a beaucoup de très bons joueurs qui ont un métier, qui sont capables aujourd’hui d’intégrer notre équipe première. Comme on est monté 7 fois en 9 ans, on avait à chaque fois un peu de retard sur la formation de nos joueurs. Mais désormais, ce n’est plus le cas. Et, dès l’année prochaine, ces espoirs pourront intégrer l’équipe première.

Vous serez toujours joueur la saison prochaine ?

J’aurai 38 ans en octobre 2019. J’espère faire au moins un match pour faire mon jubilé.

Où en est le projet de création d’un club de rugby à 7 à Monaco, porté par l’ancien joueur de l’équipe de France, Frédéric Michalak ?

Frédéric Michalak pourrait devenir le vecteur d’une équipe de rugby professionnelle à 7. Ce projet pourrait voir le jour en mars 2020. C’est au palais princier et à la fédération monégasque de rugby (FMR) de s’exprimer sur ce dossier. Mais ce projet vient s’ajouter au rugby à 15, et c’est une très bonne nouvelle pour le rugby à Monaco.

Cette équipe monégasque de rugby à 7 participerait à quelle compétition ?

Elle serait intégrée dans le futur championnat de France professionnel à 7 que mettent actuellement sur pied la Fédération française de rugby (FFR) et la Ligue nationale de rugby (LNR). Dans ce championnat, deux équipes seraient invitées. Et nous espérons que l’équipe monégasque sera l’une de ces deux équipes.

L’ASM Rugby pourrait fournir des joueurs à cette équipe de rugby à 7 ?

Ce championnat devrait se dérouler de mars à septembre. On pourrait imaginer que des joueurs qui évoluent à 15 jouent aussi à 7, ce qui permettrait de faire rayonner tout le rugby monégasque. Les joueurs sont polyvalents et peuvent être compatibles sur ces deux sports.

Des rumeurs assez incroyables indiquent que ce projet pourrait consister à intégrer le rugby à 15 monégasque dans le Super Rugby (2) ?

Il y a beaucoup de rumeurs. Tout part du fait qu’il existe une réelle volonté que le rugby ait sa place à Monaco. Mais cette rumeur semble vraiment folle et même inimaginable. Il y a en tout cas une vraie volonté pour qu’une structure professionnelle de rugby à 7 soit lancée, portée, je l’espère, par Frédéric Michalak. Nous sommes spectateurs de tout ça. On attend avec impatience et excitation que ce projet se concrétise.

Vous discutez avec Frédéric Michalak ?

On a des contacts indirects. Notre entraîneur, Luciano Orquera, connaît très bien Frédéric Michalak. Il faut les laisser construire tranquillement leur projet.

Vous serez toujours président de l’ASM Rugby la saison prochaine ?

La saison 2019-2020 est une année élective. Donc je serai président encore au moins un an.

Votre objectif pour la saison 2019-2020 ?

Le maintien en Fédérale 3 est une évidence. Après, si on peut être suffisamment compétitif pour jouer les phases finales, je le prendrais avec grand plaisir.

1) Antoine Zeghdar vient de remporter le titre de champion de France espoir avec Toulon, en dominant La Rochelle (26-14) le 12 mai 2019. Il vient également d’annoncer qu’il jouerait la saison prochaine à Oyonnax, qui joue actuellement en Pro D2.

2) Organisé depuis 2016 par la South Africa New Zealand Australia and Argentina Rugby (SANZAAR), le Super Rugby oppose 15 franchises néo-zélandaises, australiennes, sud-africaines, japonaises et argentines. Cette compétition a lieu de février à août, avec une phase de poule et une phase finale avec trois tours et des éliminations directes. L’équipe néo-zélandaise des Crusaders est l’équipe la plus titrée, avec 9 victoires.


journalistRaphaël Brun