Dormir seul pour dormir mieux ?

Raphaël Brun
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C’est la question qui se pose lorsqu’on prend connaissance de l’étude annuelle de l’institut national du sommeil et de la vigilance de 2017. Si en France la moitié des personnes interrogées dorment presque toutes les nuits avec un autre adulte, 43 % reconnaissent que cela pose des problèmes.

«Le partage du lit gène l’endormissement dans 12 % des cas, provoque des réveils nocturnes (13 %) ou tient trop chaud à l’un ou à l’autre (10 %) », révèle cette étude. Avec 40 à 60 mouvements chaque nuit, et évidement pas au même moment que l’autre, ce qui constitue autant de risques de réveil, dormir à deux n’est donc pas une sinécure. Les ronflements sont aussi une importante source de gêne, surtout que plus du tiers des Français ronflent, surtout dans la tranche d’âge 45-65 ans. En réaction, pour améliorer le confort des nuits à deux, beaucoup misent sur un lit plus grand : « En France, 44 % des adultes dorment dans un lit de 160 cm de large et plus, surtout les hommes, les 25-44 ans, les catégories socio-professionnelles supérieures et ceux qui dorment en couple. Pour ces derniers, 55 % ont un lit de 160 cm ou plus. »

Enfant

Parmi les couples qui ont un enfant, 25 % déclarent dormir avec, dans leur chambre. Et deux fois sur trois, c’est dans le même lit. « Parmi ceux qui dorment avec un enfant, seuls 17 % le font toutes les nuits ou presque. Dans l’immense majorité des cas (68 %), cette pratique reste occasionnelle », souligne cette étude. Si 45 % des personnes interrogées voient dans cette pratique une gêne pour leur sommeil, avec notamment des réveils pendant la nuit ou trop matinaux, 25 % estiment que dormir avec son enfant est positif : ils se disent en effet « rassurés » et jugent que leurs levers la nuit est limité. « Dormir avec un bébé dans son lit est dangereux. Cela augmente le risque de mort subite », rappelle pourtant l’institut national du sommeil et de la vigilance, tout en indiquant que « la séparation peut être envisagée dès que les têtées ou les biberons s’espacent et que l’enfant arrive à dormir environ 6 heures d’affilée, ou à peu près. Dans l’idéal, la transition a lieu entre 2 et 3 mois. » Enfin, il y a celles et ceux qui ont décidé de dormir avec leur animal de compagnie. Ils sont environ 33 % à avoir fait ce choix, ce qui a un impact « souvent négatif » sur le sommeil. Mais 13 % jugent que « dormir avec leur chien ou leur chat améliore leur sommeil » ajoute cette enquête de 2017 : « La présence d’un animal dans la chambre constitue ainsi une gêne dans 26 % des cas ! Finalement, pour la grande majorité (61 %) des Français qui dorment avec un animal de compagnie, cela n’a aucune incidence sur leur sommeil. »

Couple

Alors, faut-il dormir seul ou à deux ? A ce jour, seulement 8 % des Français auraient décidé de faire chambre à part. Un chiffre faible, surtout si on le met en rapport avec d’autres chiffres : 40 % des personnes en couple verraient le manque de sommeil comme un élément négatif sur leur vie sexuelle et 39 % plus globalement sur leur vie de couple. Pour expliquer cette situation et cette réticence à dormir seul, on peut avancer une question d’image : la peur de laisser croire aux autres que son couple va mal. Or, on ne s’aime pas forcément plus, ni mieux, en dormant ensemble, avancent les spécialistes du sommeil. Car bien dormir reste une activité individuelle, et mieux vaut préserver son sommeil si on veut protéger son couple. En effet, dans bien des cas, celui qui dort mal à cause de l’autre, finit par lui en vouloir. Dans cette configuration, on peut alors envisager les nuits en solo comme un moyen de protéger, ou même, de sauver son couple.

Suite du dossier :

« Un grave problème de santé publique »

journalistRaphaël Brun