« Il ne faut pas se contenter
des limites, il faut les dépasser »

Pascallel Piacka
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Le 25  avril, à la salle Garnier de l’opéra de Monte-Carlo, Jean-Louis Grinda a dévoilé la programmation de la saison 2019-2020. Des rendez-vous éclectiques jalonneront la saison avec sept opéras à découvrir.

En préambule de sa présentation, le directeur de l’opéra de Monte-Carlo a rapidement expliqué l’axe d’orientation de la nouvelle saison : « J’ai construit ce programme dans l’état d’esprit de faire rêver les gens. Finalement, ce qui importe est que le public sorte de l’opéra après chaque représentation avec des rêves en têtes. J’espère que ce moment permettra à tout un chacun de s’extraire du quotidien l’espace d’un instant. Une expérience de progrès, de réflexion et de partage commun. » Avant d’ajouter : « La saison prochaine, tout le monde repartira avec son programme sous le bras, et j’en suis heureux. De plus, il y aura la présence de certaines productions sur les réseaux sociaux. Nous avons notre chaîne YouTube et nous aurons aussi des Facebook Live. Et nous assurerons les productions. Je pense qu’il est important de garder la main sur l’ensemble du processus. »

Ouverture

La saison débutera le 30  octobre  2019 par le concert des lauréats russes du concours national de ballet initié par la Fondation pour les initiatives socio-culturelles (FSCI). Ils viendront se produire à la salle Garnier aux côtés des chanteurs de l’académie de l’opéra. Le 3 novembre sera projeté le film Die Nibelungen de Fritz Lang (1890-1976), accompagné par la musique improvisée au piano de Jean-François Zygel. Maître de l’expressionnisme allemand, Fritz Lang signe avec Die Nibelungen (1924) un diptyque cinématographique composé de La Mort de Siegfried et de La Vengeance de Kriemhild. Un chef-d’œuvre hypnotique de plus de quatre heures. À l’occasion de la fête nationale, Lucia di Lammermoor (1835) de Gaetano Donizetti (1797-1848) ouvrira officiellement la nouvelle saison les 17, 19 et 22 novembre 2019. Opéra tragique en deux parties et trois actes, Lucia sera interprétée par Olga Peretyatko. Le répertoire étendu de la soprano russe inclut des opéras de Händel (1685-1759), Mozart (1756-1791), Wagner (1813-1883) et Strauss (1864-1949). « Pour la création de Lucia di Lammermoor, nous avons souhaité une distribution de qualité, avec notamment la soprano Olga Peretyatko et le baryton Artur Rucinski », a confié Jean-Louis Grinda. Les 15 et 17 décembre, La damnation de Faust (1846) d’Hector Berlioz (1803-1869) sera donné en version de concert à l’auditorium Rainier III. Le compositeur français s’est inspiré d’une traduction du poème dramatique de Goethe (1749-1832), Faust (1808), et a ainsi produit une œuvre musicale. L’œuvre d’Hector Berlioz est-il un oratorio (c’est-à-dire un genre musical dramatique, généralement sacré, non représenté, pour soli, choeur et instruments) ou un opéra ? « Je suis heureux que nous ayons programmé La damnation de Faust. Car c’est Raoul Gunsbourg (1860-1955), le directeur de l’opéra de Monte-Carlo, sous le règne du prince Albert Ier (1848-1922), qui a apporté la réponse la plus spectaculaire. Il a mis en scène pour la première fois l’œuvre de Berlioz de manière novatrice et iconoclaste », a signalé le directeur de l’opéra de Monte-Carlo. Aussi, cette audace de Raoul Gunsbourg, auréolée de succès, sera vue en tournée au-delà de la scène monégasque. En outre, l’opéra de Monte-Carlo rendra ainsi hommage à Hector Berlioz à l’occasion du 150ème anniversaire de sa disparition.

Héroïne

Du 24 au 31 janvier, La Bohème (1896) de Giacomo Puccini (1858-1924) ouvrira l’année 2020. Quatrième opéra de Puccini, cette œuvre ne doit pas être confondue avec l’opéra homonyme de Ruggero Leoncavallo (1857-1919), créé l’année suivante à Venise, le 6 mai 1897. La Bohème de Puccini tient une place de premier plan dans le répertoire lyrique. Selon le compositeur français Claude Debussy (1862-1918), Puccini réussit à dépeindre le Paris des années 1830-1840 avec brio. Au-delà d’un simple portrait historique, La Bohème révèle les mouvements profonds de l’âme humaine. Pareillement, Giacomo Puccini a joui d’une popularité immense à l’instar du compositeur romantique Giuseppe Verdi (1813-1901). « C’est avec honneur et plaisir que nous retrouverons sur scène la soprano russe Irina Lungu, alias Mimi, et le tenor basque Andeka Gorrotxategi, alias Rodolfo », a confié Jean-Louis Grinda. La programmation de l’opéra de Monte-Carlo, se poursuivra du 21 au 25 février avec Street Scene (1947) de Kurt Weill (1900-1950). Le compositeur d’origine allemande a séjourné à Paris. Il a composé Les Sept Péchés capitaux (1933) sur un texte de Bertolt Brecht (1898-1956) pour le théâtre des Champs-Élysées, avant de se rendre aux États-Unis en 1935. En 1943, Il obtiendra la nationalité américaine, qu’il demandait depuis 1937. Son œuvre, Street Scene, est une synthèse entre l’opéra européen et la comédie musicale américaine. « Ce sera la découverte de la saison ! Une grande première que je rêve de programmer depuis une vingtaine d’années, a déclaré, enthousiaste, Jean-Louis Grinda. C’est une œuvre similaire au drame lyrique West Side Story (1957) de Leonard Bernstein (1918-1990). Après Street Scene, je suis impatient et curieux de voir la réaction du public. » Le 27 février, l’esprit New-Yorkais sera préservé avec Diva On Detour le récital de Patricia Racette. La soprano américaine est une habituée du Metropolitan opera de New York et l’opéra de San Francisco. À l’occasion de son récital, deux univers se rencontreront et compléteront car Patricia Racette interprétera le rôle d’Anna Maurrant dans Street Scene. « C’est le Broadway mythique du milieu du XXème siècle qui fait son entrée à l’opéra de Monte-Carlo. À ne manquer sous aucun prétexte car il y aura aussi des interprétations de chansons d’Édith Piaf », a précisé Jean-Louis Grinda.

Rêves

L’aventure culturelle se prolongera les 5 et 8 mars avec Il Pirata (1827) de Vincenzo Bellini (1801-1835), donné en version de concert à l’auditorium Rainier III. L’œuvre de Bellini marque une étape majeure dans l’émergence de l’opéra romantique italien. Il Pirata deviendra le premier grand succès du compositeur Sicilien. « Ce sera une grande première à l’opéra de Monte-Carlo. Le baryton roumain George Petean (alias Ernesto) fait partie de ces grandes voix de l’opéra. Je collabore avec lui depuis plus d’une vingtaine d’années », a révélé le directeur de l’opéra de Monte-Carlo. Du 22 au 28 mars, les émotions se poursuivront avec Le Comte Ory (1828) de Gioachino Rossini (1792-1868). Après son incarnation du Chevalier Ariodante la saison passée, la cantatrice mezzo-soprano italienne Cecilia Bartoli interprètera la comtesse Adèle dans Le Comte Ory. « Cecilia Bartoli est avec nous toute la saison. Car, avec les musiciens du prince, nous sommes accueillis dans le monde entier. Il y a plusieurs saisons à l’opéra de Monte-Carlo. C’est-à-dire les productions internes qui se déroulent d’Oman à San Francisco. Ensuite, la saison des musiciens du prince avec Cecilia Bartoli, qui couvre également une grande partie du monde. Il y a dans notre aventure commune, notre désir partagé de quelque chose d’enthousiasmant et d’enrichissant. Une envie de bien faire évidemment, mais surtout de se dépasser », a souligné Jean-Louis Grinda.

Épilogue

Enfin, cette saison 2019-2020 s’achèvera par La Traviata (1853) de Giuseppe Verdi (1813-1901). La Traviata est devenu au XXème siècle l’une des œuvres les plus jouées à l’opéra. Notamment grâce aux interprétations de la cantatrice grecque Maria Callas (1923-1977). La soprano albanaise Ermonela Jaho, nouvelle grande voix internationale, incarnera Violetta Valery. « En janvier 2013, nous avions déjà programmé La Traviata. Les interprétations d’Ermonela Jaho (alias Violetta) et Francesco Demuro (alias Alfredo) seront magistrales », a promis le directeur de l’opéra de Monte-Carlo. Avant de conclure : « Nous cherchons à repousser les limites. Notre métier, considérant les artistes en général, est de savoir jusqu’où on peut aller. Il ne faut pas se contenter des limites, il faut les dépasser. C’est un exercice que je tente chaque année. »

Programmation 2019/2020

Concert des jeunes chanteurs russes de l’académie de l’opéra de Monte-Carlo

Avec le soutien de la Fondation pour les initiatives socio-culturelles (FSCI)

Opéra de Monte-Carlo/salle Garnier Mercredi 30 octobre 2019 à 20h Entrée libre

Die Nibelungen de Fritz Lang 1924

Opéra de Monte-Carlo/salle Garnier

Première partie à 11h : La Mort de Siegfried (2h24)

Seconde partie à 15h : La Vengeance de Kriemhild (2h02)

Dimanche 3 novembre

Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti 1835

Grimaldi Forum/salle des Princes

Dimanche 17 novembre 2019 à 15h

Mardi 19 novembre 2019 à 20h (sur invitation du Palais)

Vendredi 22 novembre 2019 à 20h

La damnation de Faust d’Hector Berlioz 1846

Auditorium Rainier III/salle Yakov Kreizberg

Dimanche 15 décembre 2019 à 15h

Mardi 17 décembre 2019 à 20h

La Bohème de Giacomo Puccini 1896

Opéra de Monte-Carlo/salle Garnier

Vendredi 24 janvier 2020 à 20h (gala)

Dimanche 26 janvier 2020 à 15h

Mercredi 29 janvier 2020 à 20h

Vendredi 31 janvier 2020 à 20h

Street Scene de Kurt Weill 1947

Opéra de Monte-Carlo/salle Garnier

Vendredi 21 février 2020 à 20h (gala)

Dimanche 23 février 2020 à 15h

Mardi 25 février 2020 à 20h

Diva On Detour le récital de Patricia Racette

Opéra de Monte-Carlo/salle Garnier Jeudi 27 février 2020 à 20h

Il Pirata de Vincenzo Bellini 1827

Auditorium Rainier III/salle Yakov Kreizberg

Jeudi 5 mars 2020 à 20h

Dimanche 8 mars 2020 à 15h

Le Comte Ory de Gioachino Rossini 1828

Opéra de Monte-Carlo/salle Garnier

Dimanche 22 mars 2020 à 15h

Mardi 24 mars 2020 à 20h (gala)

Jeudi 26 mars 2020 à 20h

Samedi 28 mars à 20h

La Traviata de Giuseppe Verdi 1853

Opéra de Monte-Carlo/salle Garnier

Mardi 21 avril 2020 à 20h (gala)

Vendredi 24 avril 2020 à 20h

Dimanche 26 avril 2020 à 15h

Mardi 28 avril 2020 à 20h

Renseignements :

Service location, Atrium du Casino de Monte-Carlo, place du Casino. Du mardi au samedi de 10h à 17h30 et les dimanches de spectacles. Tél. : 98 06 28 28,  ticket@opera.mc ou sur

opera.mc/montecarloticket.com. Pour les réservations au Grimaldi Forum : du mardi au samedi de 12h à 19h. Tél. : 99 99 30 00

journalistPascallel Piacka