« La mobilité électrique est un élément fondamental pour les générations futures »

Maxime Dewilder
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Pour Monaco Hebdo, Bernard Fautrier, vice-président et co-fondateur d’Ever, présente l’édition 2019 de ce rendez-vous de la mobilité propre.

Présentez-nous Ever 2019 ?

C’est un événement protéiforme, que l’on a imaginé il y a près de 15 ans. La première édition remonte à 2006. Il s’agissait avant tout d’essayer de promouvoir d’une part la mobilité propre et, d’autre part, les énergies renouvelables. Il y a 15 ans, nous n’avions pas autant de connaissances sur la question. C’est pourquoi Ever était d’abord des tables-rondes et des conférences scientifiques sur ces thèmes. Ensuite c’était aussi l’illustration de ce qui se faisait dans ce domaine par une exposition, avec des essais des véhicules. De là, on a dérivé sur un aspect plutôt « salon », du type salon de l’automobile. Nous, organisateurs, refusons le terme de salon. Ce n’est pas notre objet. 

Pourquoi ?

Parce que notre objet est de continuer d’échanger sur ces thématiques à travers les tables-rondes et les conférences scientifiques. Montrer aux visiteurs qu’il existe des produits dans ces domaines n’est pas l’objet essentiel de notre démarche.

Les particularités de cette 14ème édition ?

La particularité principale, c’est l’arrivée de la mobilité propre marine. En effet, nous mettons cette année en place une section « nautisme », en partenariat avec le Yacht Club de Monaco. La mobilité doit aussi être propre sur la mer et les océans. L’eau représente 70 % de notre planète ! 

Nico Rosberg est l’ambassadeur de l’événement cette année : pourquoi lui ?

Il est très impliqué dans la mobilité propre et très actif à Monaco, il participe également à l’organisation du championnat de Formula E. D’ailleurs, nous travaillons en étroite collaboration avec les organisateurs du ePrix de Monaco et la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA). C’est pourquoi le salon Ever se déroule du 8 au 10 mai, veille de la course de Formula E. Par ailleurs, la FIA animera une table ronde dans le cadre d’Ever sur le thème « mobilité propre et sport mécanique ». Il y aura aussi des rencontres avec des pilotes de Formula E, et notamment les pilotes de l’écurie monégasque Venturi. Tout cela crée un contexte, et c’est pourquoi Nico a répondu favorablement. Il est très impliqué, je le répète, sur ces questions.

Personnellement, quel rôle jouez-vous dans cet événement ?

Cet événement, je l’ai créé avec deux ou trois autres personnes. Certains sont décédés, d’autres ont pris leur retraite, ce qui fait de moi le dernier fondateur actif. En réalité, nous sommes tout une équipe dynamique et réactive pour porter Ever. Au fil du temps, nous avons créé des liens avec différents acteurs qui viennent chaque année pour animer des tables-rondes, comme le club des voitures écologiques français, par exemple. Aujourd’hui, nous créons de nouveaux liens avec des gens impliqués dans la mobilité nautique propre.

Qui sont les exposants ?

Nous avons plus de 40 exposants que nous rencontrons généralement avant leur venue à Monaco. Nous les voyons dans d’autres événements, comme des conférences ou des salons. Au total, il y a 40 % d’exposants de véhicules quatre roues, 11 % pour les deux roues, 5 % pour la micro-mobilité, 15 % pour les infrastructures de recharge et il y a d’autres exposants encore sur l’habitat durable, par exemple, ou le nautisme maintenant.

Quelle interaction y a-t-il entre les exposants et les visiteurs ?

Les visiteurs déambuleront entre les différents stands et quand ils verront des véhicules qui les interpellent, ils pourront aller dehors et les essayer. La majorité des exposants de deux et quatre roues proposent des essais autour de l’avenue princesse Grace et du boulevard du Larvotto.

Quels thèmes seront abordés lors des conférences et des tables-rondes ?

Il y aura des tables-rondes animées par l’association internationale des Économistes de l’Énergie, d’autres sur des sujets tels que la gouvernance locale des véhicules électriques, le nautisme responsable, les smart cities, l’autoconsommation ou encore le développement des énergies renouvelables. Les conférences scientifiques sont, elles, fermées et réservées à des spécialistes qui abordent des aspects plus techniques.

La mobilité nautique propre est la grande nouvelle de cet événement, à quel stade d’avancée en sommes-nous ?

Nous avons dépassé le stade de la recherche. Il y a déjà des engins de 6 à 10 mètres qui se déplacent grâce à l’énergie électrique. Il y a plusieurs fabricants sur la Côte d’Azur de bateaux de promenade électriques. Ensuite, il y a tout ce qui tourne autour du Solar Race Challenge, une course de bateaux mus par l’énergie solaire. D’ailleurs, le Yacht Club de Monaco est très impliqué dans ce domaine. Il y a aussi les moteurs hybrides, qui mêlent électricité et diesel. Dans ce cas de figure, l’électrique permet de naviguer jusqu’à 10 nœuds mais surtout de faire l’ensemble des manœuvres portuaires sans pollution. Enfin, il y a l’éventuelle utilisation des piles à combustible et donc de l’hydrogène. L’hydrogène fait fonctionner la pile, par combustion, qui produit l’énergie électrique utilisée par le moteur. Dans ce dernier cas, nous n’en sommes qu’au stade de la recherche.

Peut-on imaginer une utilisation de bateaux électriques en principauté ?

Bien sûr ! Nous suivons de près ce qui se développe à San Francisco, où un certain nombre d’expériences sont en cours. Une entreprise notamment développe des petits ferries avec des piles à combustible. Nous avons une réflexion à ce sujet. En principauté, il y a des idées d’infrastructures sur la digue du large, par exemple, qui pourraient délivrer de l’hydrogène. Cela profiterait aux navires de servitude de l’administration du port ou de point de rechargement de véhicules terrestres à pile à combustible, par exemple.

Vous abordez l’énergie solaire : c’est aussi une dimension d’Ever ?

En effet, une voiture solaire sera cette année présentée. Elle est sponsorisée depuis deux ans par la branche anglaise de la fondation Prince Albert II car elle est créée et construite en Angleterre. Le prince est d’ailleurs allé voir la voiture il y a une quinzaine de jours. Cette voiture participe à une compétition européenne de véhicules solaires mais surtout à une espèce de raid en Australie, pays qui jouit d’un grand ensoleillement, de plus de 1 000 kilomètres ! C’est énorme pour des engins propulsés par l’énergie solaire.

Ever est aussi l’occasion d’organiser concours et challenges : qu’est-ce que Metha Europe 2019 ?

Il s’agit d’un concours organisé entre diverses écoles, regroupées au sein de l’Institut Mines Télécom. Les étudiants planchent sur le thème de la maîtrise de l’énergie. Ils proposent des solutions originales sur cette thématique. La finale et la remise des prix a lieu à l’occasion de l’événement Ever. Cela permet de donner une grande visibilité aux vainqueurs et, pourquoi pas, trouver des financements ou des partenariats pour développer davantage encore leur concept.

Et le Riviera Electric Challenge ?

C’est une course de véhicules électriques qui s’élance de Cagnes-sur-Mer, et dont la ligne d’arrivée est à Monaco, en passant par l’Italie. L’intérêt est de promouvoir l’utilisation des engins électriques. Faire cette course dans notre région, avec des routes plus ou moins hautes en altitude, plus ou moins sinueuses, prouve que la voiture électrique est aujourd’hui une réalité et que l’on peut rouler presque 200 kilomètres dans ces conditions. Ce n’est pas une compétition de vitesse, évidemment, mais cela montre que l’on peut optimiser l’efficacité énergétique. Cela permet aussi aux participants d’avoir des contacts dans chaque endroit où ils s’arrêtent. Les relais et les administrateurs locaux peuvent avoir un grand pouvoir de conviction. Louis Nègre, maire de Cagnes-sur-Mer, a été un formidable moteur du développement du véhicule électrique. Il en va de même pour le maire italien de Dolceacqua, Fulvio Gazzola.

Où en est la mobilité électrique en principauté ?

Nous sommes vraiment sur la bonne voie. Cette année, nous allons atteindre et dépasser le cap des 5 % de véhicules électriques immatriculés à Monaco. Cela représente plus du double de la moyenne européenne. Nous n’arrivons pas à rattraper les Norvégiens, qui sont en pointe à ce niveau, car ils ont adopté une politique implacable : ils ont supprimé la taxe sur la valeur ajoutée sur les véhicules électriques. En principauté, nous pensions atteindre les 5 % en 2020. Il y a un intérêt croissant pour ces véhicules, grâce notamment aux incitations consenties par l’État depuis des années : la recharge gratuite dans les parkings ou sur la voie publique, la gratuité de la vignette annuelle et les primes à l’achat du véhicule qui est un soutien financier qui peut monter jusqu’à 30 % de la valeur du véhicule, avec un plafond à 10 000 euros. Tout cela va de pair avec l’augmentation considérable de la fiabilité des voitures électriques. Enfin, cela s’inscrit dans un cadre plus global, celui de la nécessité de changer nos modes de transports. Le transport représente aujourd’hui 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Quels sont les objectifs de la principauté en matière de mobilité électrique ?

D’une part, il faut continuer à faire croître ce chiffre de 5 %. D’autre part, il faut développer davantage encore les modes de déplacements alternatifs et zéro émission comme le vélo ou le vélo électrique. La flotte des vélos électriques va d’ailleurs être changée et modernisée au début de l’été prochain. Nous allons aussi augmenter le nombre de stations, y compris dans les communes limitrophes, avec leur accord bien évidemment. À Monaco, nous avons dépassé le millier d’abonnés réguliers au vélo électrique. Il y a aussi les petits véhicules en libre-service avec les Mobee, qui compte plus de 250 utilisateurs réguliers. Cela s’inscrit aussi dans un cadre plus large, celui d’avoir une neutralité carbone d’ici 2050.

L’ePrix de Monaco se déroulera le 11 mai : que représente-t-il ?

Dès le début, nous avons considéré que la Formula E était un très bel outil de promotion des grandes orientations écologiques que l’on doit prendre pour arriver à une société décarbonnée. L’ePrix suscite beaucoup d’enthousiasme chez les jeunes générations et cela montre que le sport automobile, ce n’est pas nécessairement quelque chose de très bruyant et polluant ! Ce domaine aussi s’adapte aux nouvelles technologies, incontournables pour l’avenir. C’est un très bon moyen de montrer que l’on peut avoir une mobilité àa la fois propre et sportive.

Quels liens entretenez-vous avec Venturi, entreprise et écurie de Formula E monégasque ?

Des liens très étroits de partenariat et de coopération. Gildo Pastor, le PDG, est passionné par tout ce qui est mobilité propre et il a toujours associé à ses projets la fondation Prince Albert II car nous partageons les mêmes convictions. C’est le cas pour le projet polaire Antarctica par exemple (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n°1103).

Quel est l’enjeu principal du salon Ever ?

Il faut convaincre que le passage à une mobilité électrique et le développement des énergies renouvelables est un élément fondamental du destin des futures générations. C’est l’enjeu principal d’Ever. La poursuite de la croissance des émissions de gaz à effet de serre aura des conséquences catastrophiques, en termes de santé ou d’alimentation par exemple. Indépendamment du plaisir de conduire une voiture électrique silencieuse et plus puissante qu’une Ferrari sur les 400 premiers mètres, il y a une raison de fond. Une raison vitale pour les générations futures.


journalistMaxime Dewilder