Transfusion sanguine :
vers une coopération simplifiée entre Monaco et la France

Maxime Dewilder
-

Depuis des années, des obstacles réglementaires gênent la coopération sanitaire entre la principauté et la France pour les transfusions sanguines. Un accord entre les deux pays sur le traitement des produits sanguins devrait prochainement résoudre ce problème. Explications.

Le 16  mars  2019, Stéphane Valeri, président du Conseil national, recevait des mains de Gérard Larcher, président du Sénat français, les insignes d’officier de la Légion d’honneur (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1099). Ce rendez-vous a aussi été l’occasion pour l’élu de la principauté d’aborder la question de la coopération entre Monaco et la France au sujet de la transfusion sanguine et des échanges de produits sanguins entre les deux États. En effet, la principauté de Monaco est loin d’être auto-suffisante et importe tous les ans du sang depuis la France. Les chiffres des dons de sang sont stables sur le Rocher. Chaque année, 5 000 dons du sang sont nécessaires aux 800 malades transfusés en principauté. Environ 1 800 unités de concentrés de globules rouges sont collectées, provenant de plus de 1 200 donneurs monégasques, des salariés en principauté et des habitants des communes limitrophes.

Indispensables

Mais ces dons ne permettent pas d’atteindre l’autosuffisance, qui est un objectif de toute façon impossible à atteindre, étant donné le territoire réduit de Monaco. Conséquence, « la principauté importe 65 % de concentrés de globules rouges à la France et 100 % de plasma », explique Anne Gouverner-Valla, cheffe de service du Centre de Transfusion Sanguine (CTS) du Centre Hospitalier Princesse Grace (CHPG). Sur le plan financier, les achats de sang à la France sont estimés à plus de 650 000 euros par an. Pour rappel, donner son sang peut sauver des vies. La transfusion sanguine est nécessaire au traitement de nombreuses pathologies comme les leucémies ou les cancers. Une chimiothérapie détruisant temporairement les cellules de la moelle osseuse, les transfusions sont indispensables. De la même manière, le don du sang peut se révéler vital lors d’hémorragies importantes après un accident par exemple, ou lors d’une opération chirurgicale ou d’un accouchement.

Règles

Pour combler les 35 % de produits sanguins manquant, Monaco a toujours importé. Ces échanges interviennent dans le cadre d’une convention entre le CHPG et l’Établissement Français du Sang (EFS). L’EFS sollicite auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), un accord d’exportation de produits sanguins qualifiés vers Monaco. Les proportions de collecte de sang entre la principauté et le pays voisin n’ont rien à voir. Si la cheffe de service affirme, à juste titre, qu’il n’y a jamais eu aucun problème sanitaire en principauté, les faibles proportions de sang récolté ne permettent pas de certifier le sang collecté en principauté. À Monaco, la récolte se fait à petite échelle tandis qu’en France, il s’agit d’un véritable circuit industriel. Anne Gouverner-Valla clarifie : « La collecte de sang effectué sur le territoire monégasque répond strictement aux critères des bonnes pratiques transfusionnelles européennes. L’étape suivant la collecte de la poche de sang consiste à séparer le sang total en plusieurs composants, dont le concentré de globules rouges. Ce processus est soumis à des règles et, compte tenu de notre faible volume d’activité, nous ne pouvons y répondre. C’est la raison pour laquelle le gouvernement monégasque souhaite un accord de coopération avec la France pour que les poches de sang total collectées à Monaco puissent être transformées en France. »

Accord

Le département des affaires sociales et de la santé confirme : « Les normes de qualité et de sécurité ont considérablement été renforcées ces dernières années. Afin que le sang collecté en principauté puisse être traité dans des conditions équivalentes à celles observées en France, la principauté s’est tournée vers une solution de rapprochement avec l’EFS, avec lequel le CTS collabore depuis longtemps. L’EFS assure déjà, sur son plateau technique de Montpellier, la qualification biologique des dons prélevés à Monaco ». C’est dans ce contexte qu’a été signé le 13  juillet  2017 un accord relatif à la coopération pour le traitement des produits sanguins entre la France et la principauté de Monaco. Cet accord devrait être prochainement ratifié par l’État français. « Les choses progressent », selon Anne Gouverner-Valla. Le texte prévoit les conditions de mise à disposition des moyens humains et matériels de l’EFS au sein du CTS, ainsi que les conditions d’agrément du CTS suite à des inspections réalisées conjointement par un inspecteur de l’ANSM et des produits de santé et par le pharmacien-inspecteur ou le médecin-inspecteur de la direction de l’Action sanitaire. Par ailleurs, cet accord définit aussi les conditions de collaboration entre l’agence régionale de santé Provence-Alpes Côte d’Azur (PACA) et les services monégasques en matière d’hémovigilance.

journalistMaxime Dewilder