Masters de Monte-Carlo
Fabio Fognini, voisin sacré

Raphaël Brun
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Après avoir battu Rafael Nadal en demi-finale, le joueur de Sanremo, Fabio Fognini, a décroché son premier Masters  1 000, en venant à bout du Serbe Dusan Lajovic en finale, dimanche 21  avril.

C’était presque devenu une habitude. Depuis 2005, l’Espagnol Rafael Nadal venait souvent s’imposer en avril à Monaco. Il l’a fait très exactement 11 fois : huit fois consécutivement de 2005 à 2012, puis trois fois d’affilée de 2016 à 2018. Mais pas cette fois. Dimanche 21  avril 2019, c’est l’Italien Fabio Fognini, 18ème joueur mondial, qui s’est imposé en finale du Masters 1 000 de Monte-Carlo. Cette victoire représente le plus beau moment de la carrière de ce joueur de 31 ans, face au Serbe Dusan Lajovic, classé 48ème à l’ATP. Ce succès décroché en 1h38 sur le score de 6-3, 6-4, est le 9ème obtenu par Fognini. Mais c’est aussi et surtout le tout premier dans le cadre d’un Masters 1 000.

1968

Né à Sanremo le 24  mai 1987, Fabio Fognini est donc venu en voisin, puisque seulement 43 kilomètres séparent Monaco de cette ville italienne de 56 000 habitants. « C’est quasiment un tournoi à domicile, pour moi qui suis né à Sanremo. Je m’entraînais dans ce club parfois, quand j’étais jeune. Et j’avais ma famille et mes amis dans les gradins aujourd’hui. C’était un rêve de gosse. Et maintenant, j’ai mon nom sur le trophée », a confié Fognini à nos confrères de L’Equipe. Il faut remonter à 1968 pour trouver trace d’une victoire italienne en principauté. A l’époque, Nicola Pietrangeli avait battu le Soviétique Alex Metreveli 6-2, 6-2. Cinquante et un an plus tard, Fognini a donc créé la surprise, tout comme son adversaire du jour, pas habitué de ce genre de rendez-vous et qui disputait, lui aussi, sa première finale en Masters 1 000. C’était aussi la première fois depuis 2004 et la finale Coria-Schüttler, qu’une finale se disputait en principauté sans qu’un joueur du top 4 mondial ne soit présent. En effet, le résident serbe et numéro 1 mondial, Novak Djokovic, a perdu en quart de finale face au Russe Daniil Medvedev, 14ème mondial.

Inattendu

Présent dans les tribunes, Nicola Pietrangeli, 85 ans, est venu saluer Fabio Fognini en fin de rencontre, afin de le féliciter. Interrogé sur les raisons de ce succès inattendu, Fabio Fognini n’a pas été en mesure d’apporter une réponse claire. « Je ne sais pas trop, c’est dur à dire. Je disais depuis le début de la semaine combien mon début de saison avait été difficile. D’autant plus dur que je jouais bien l’an dernier et que j’avais approché le top 10 », a tenté d’expliquer le joueur italien à L’Equipe. Avant d’ajouter : « Je suis heureux, parce que j’ai tout ce qu’on peut souhaiter dans la vie. Quand vous travaillez dur et que vous obtenez ce que je viens d’obtenir, vous ne pouvez qu’être heureux. Et puis je suis en bonne santé, j’ai un bébé, j’ai ma femme et ils sont tout le temps avec moi. Je n’ai rien à demander de plus, à part peut-être un deuxième enfant, mais on a le temps », a lâché l’Italien, avec un grand sourire. Mais quand on regarde de plus près son parcours, on voit bien que rien n’aura été facile pour Fognini. Son premier match, contre le Russe Andrey Rublev, a d’ailleurs bien failli se solder par une élimination brutale. Mené 6-4, puis 4-1, le joueur italien s’est repris pour s’imposer au final 4-6, 7-5 et 6-1. Au deuxième tour, Fognini a bénéficié du forfait du joueur français Gilles Simon, à cause de son dos.

Roland-Garros

En huitième de finale, l’Italien a élevé son niveau de jeu, ce qui lui a permis de battre le résident allemand Alexander “Sascha” Zverev, sur le score de 7-6, 6-1. Au tour suivant, Fognini a dû lutter pour éliminer en soirée, et dans la fraîcheur, le Croate Borna Coric (1-6, 6-3, 6-2). En demi-finale, face au numéro deux mondial Rafael Nadal, favori du tournoi, presque personne ne voyait Fognini s’en sortir. Pourtant, le joueur de Sanremo a déjoué les pronostics pour s’imposer 6-4, 6-2, en 1h36, et en jouant un tennis de très haute qualité. La mémoire est alors revenue. Et on s’est souvenu que Fognini avait gagné deux fois face à Nadal sur terre battue : c’était en 2015 du côté de Rio et de Barcelone. Mais, quoi qu’il en soit, on avait sans doute jamais vu Nadal aussi perdu sur le court central de Monte-Carlo qu’en ce samedi 20 avril 2019, face à un Fabio Fognini en état de grâce. Reste à savoir si quelque chose s’est brisé chez Rafael Nadal ou s’il s’agissait seulement d’une baisse de régime passagère. A 32 ans, le joueur espagnol restait sur une série de 25 sets gagnés consécutivement à Monaco. En conférence de presse, Nadal a accusé le coup, reconnaissant que c’était sans doute « l’un de [ses] pires matches sur terre battue en 14 ans ». Pour en savoir plus, désormais, tous les regards sont tournés vers la suite, et notamment Madrid (du 6 au 12 mai) et Rome (du 13 au 19 mai), sans oublier, bien sûr, Roland-Garros, qui se déroulera cette année du 26 mai au 9 juin. Et Fabio Fognini dans tout ça ? Il a assuré à nos collègues de L’Equipe qu’il allait d’abord célébrer cette victoire… et l’anniversaire de sa mère : « Pour Roland-Garros, soyons honnêtes, le favori, c’est toujours Rafa. Roland-Garros, là, maintenant, ce n’est pas mon problème, croyez-moi. » On le croit volontiers.

journalistRaphaël Brun