Pourquoi Monaco recycle ses déchets triés à Cannes

Pascallel Piacka
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Le 4 avril 2019, la direction de la communication a convié une délégation des médias sur le site du centre de tri de Cannes-la-Bocca. La principauté a acheminé là-bas 350 tonnes de ses déchets triés depuis la mi-mars. Gérées par Paprec Trivalo Côte d’Azur, les installations cannoises répondent aux normes de sécurité, d’hygiène et de revalorisation des déchets. Visite guidée.

Depuis la mi-avril 2019, de nouvelles consignes pour le tri des déchets ont été annoncées à Monaco. Désormais, la différenciation s’opère entre deux bacs : un bac jaune pour les emballages ménagers, dont les plastiques, les cartonnages et papiers et un bac vert pour les verres. Cependant, des interdits demeurent. Car les cintres, la vaisselle jetable, le papier bulle, les cigarettes en bois, les mouchoirs et les serviettes en papier ne peuvent pas être incorporés dans un bac jaune. Le lancement du tri sélectif des déchets a été lancé en 2009 en principauté. La cité-Etat recycle annuellement 3 256 tonnes de déchets : 830 tonnes de cartons, 532 tonnes de papiers, 255 tonnes d’emballages ménagers et 1 639 tonnes de verre, selon le rapport 2017 de la Société Monégasque d’Assainissement (SMA). Les autorités monégasques se sont fixées pour objectif de réduire de 20 % la production de déchets à l’horizon 2030. Cette politique s’inscrit dans la volonté gouvernementale de restreindre la propagation de gaz à effet de serre. Or, l’incinération du plastique engendre 20 % de ces émissions.

« Challenge »

Après avoir été triés, la question du devenir des déchets se pose. Le centre de tri situé à Cannes-la-Bocca devrait, selon les prévisions annuelles, récupérer 800 tonnes de déchets triés monégasques en 2019. Lesquels sont issus des bacs jaunes, afin de les traiter, valoriser et finalement les vendre à la tonne dans des usines de transformation. « Le centre de tri de Cannes-la-Bocca a été créé en 2002 et rénové, dans un premier temps, en 2008. Il peut être considéré comme étant l’un des plus performants et modernes de France », assure Olivier Chaussard, directeur de Paprec Trivalo Côte d’Azur. Le nouveau centre de tri du syndicat mixte d’élimination des déchets du moyen pays des Alpes-Maritimes (SMED) a nécessité un investissement de 9,2 millions d’euros. Le financement a été réalisé, pour une partie, par l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) à hauteur de 700 000 euros, les ex-éco-organismes l’Ecofolio pour 800 000 euros et l’Eco-emballages pour 700 000 euros [Eco-Emballages, l’éco-organisme historique de la filière emballages crée en 1992, et EcoFolio, lancé en 2007 sur la filière papiers, ont fusionné en septembre 2017 pour devenir Citeo — N.D.L.R.], et enfin par le département des Alpes-Maritimes pour 500 000 euros. Le centre de tri, dont l’exploitation est assurée par Paprec, un spécialiste du recyclage, collecte la quasi-totalité des emballages triés des Alpes-Maritimes, ainsi que ceux de la principauté depuis 2008. « Le site est configuré pour traiter 36 000 tonnes de déchets annuellement. Néanmoins, nos capacités sont extensibles, puisqu’en 2018 le chiffre est monté à 38 000 tonnes. Les prévisions pour l’année 2019 avoisineraient les 40 000 tonnes », signale Olivier Chaussard. Ce centre de tri a désormais la capacité de traiter les 800 tonnes de déchets triés en provenance de la principauté et qui sont une prévision annuelle. Le nouveau centre de tri, inauguré le 3 février 2017, est donc le point névralgique de convergence des collectes sélectives du département des Alpes-Maritimes, soit 95 % de ces dernières. Par ailleurs, ce site gère aussi les communes du pays des Paillons. Le centre de tri cannois est la phase intermédiaire entre la collecte et le recyclage. « Le grand challenge du centre de tri, c’est la logistique. Paprec Group recycle 150 000 tonnes de matières plastiques annuellement sur l’ensemble de ses différents sites », révèle le directeur de Paprec Trivalo Côte d’Azur.

« Neuf phases »

Comment sont triés les emballages après les bacs jaunes ? L’usine de Cannes-la-Bocca gère 13 tonnes par heure de matériaux entre la différentiation et le retraitement, avec deux équipes dédiées alternativement sur 52 semaines. Ainsi, les déchets sont segmentés en 13 catégories de matériaux. La chaîne de tri, avec ses deux kilomètres de convoyeurs, est composée de 9 trieurs optiques, 3 cribles balistiques, un trommel [un trieur rotatif — N.D.L.R.] et deux courants de Foucault [une machine qui sépare les emballages métalliques non-ferreux (aluminium, cuivre, zinc…) des autres emballages — N.D.L.R.]. « Ainsi, le processus de la chaîne de tri peut être résumé en 9 phases. À savoir, l’alimentation de la ligne de tri avec une trémie doseuse, la séparation granulométrique avec le trommel, la séparation balistique, le tri optique des corps plats, la séparation optique des corps creux, le module de tri “Recyfilms”, les aimants “overband” pour séparer les métaux ferreux des non-ferreux, le tri manuel et enfin l’aire de stockage », détaille Olivier Chaussard. Par ailleurs, la chaîne a la capacité de s’adapter aux extensions de consignes de tri des emballages ménagers. Elle a aussi la particularité d’être adaptée à la captation des petits aluminiums et acier. « Le taux d’un refus de tri sur une tonne en provenance de Monaco est autour des 15 %. Cela place la principauté en dessous de la moyenne de 20 % qui est généralement enregistrée », indique le directeur Paprec Trivalo Côte d’Azur. Avec une cinquantaine de salariés sur le site de Cannes-la-Bocca, ce centre de tri est l’unique usine en France capable d’extraire le polytéréphtalate d’éthylène (PET) opaque, qui est un type de plastique non recyclable. Le schéma d’implantation du site se décompose avec les parties administratives, le centre de tri, le quai de chargement, la zone de stockage et l’atelier de maintenance. « Dix-sept personnes travaillent aux tâches de contrôle qualité », souligne Olivier Chaussard. Ainsi, au terme du processus, les déchets triés sont réunis en balles prêtes à être transportées dans les usines de transformation et revalorisation.

Déchets : une nouvelle usine à Monaco en 2026

Le gouvernement a mis en place des bacs de tri gratuits pour les usagers monégasques. Les tournées de collecte de tri réalisées par la Société Monégasque d’Assainissement (SMA) devraient être accentuées. De plus, l’équipement en bennes électriques est à l’étude, voire envisageable dans le futur. En outre, le 12 mars 2019, au ministère d’Etat, les autorités monégasques ont spécifié les contours de l’appel d’offres pour le futur centre de traitement et de valorisation des déchets (lire nos articles dans nos pages politique, dans ce numéro). Le cahier des charges de l’appel d’offres met en exergue la limitation de l’impact environnemental et les technologies innovantes. « L’objectif est de se doter, dès 2026, d’un équipement exemplaire en termes d’impact environnemental, vitrine de solutions technologiques innovantes, tout en étant adapté à certaines contraintes : site, milieu urbain, etc. », a confié Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme. Le futur centre sera donc construit sur l’îlot Charles-III et livré en 2026. Situé à l’entrée ouest de la principauté, sur la basse corniche, ce bâtiment se matérialisera sous la forme d’une tour d’environ 72 mètres, avec comme nouveauté une déchetterie. « L’aspect urbanistique a toute son importance dans ce projet, car s’agissant de l’entrée de Monaco par la basse corniche, un geste architectural particulièrement significatif sera demandé pour habiller ce nouveau centre de traitement », a souligné Marie-Pierre Gramaglia. Alors que 37 000 tonnes de déchets sont produits annuellement en principauté, le gouvernement souhaite ramener ce chiffre à 30 000 tonnes, en accentuant le tri des déchets et leur valorisation. En outre, les collectes de vêtements et objets seront possibles au sein du futur centre de traitement des déchets, grâce à une « donnerie ». Ils seront attribués par la suite aux associations caritatives. En attendant, l’actuelle usine d’incinération de Fontvieille continuera de fonctionner grâce à un plan de financement de 30 millions d’euros. P.P.

journalistPascallel Piacka