Premier podium en F1
pour Charles Leclerc

Pascallel Piacka
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Le 31 mars, le pilote Monégasque a fini troisième du Grand Prix de Bahreïn. Sur le circuit de Sakhir réputé difficile, le néo-pilote Ferrari a impressionné. Retour sur une course que Charles Leclerc n’est pas près d’oublier.

Dans la nuit de Bahreïn, les étoiles devaient briller sur Charles Leclerc. Le Monégasque a rendu une copie presque parfaite car la victoire lui tendait les bras. Dominateur, le Monégasque l’a été pendant toute la semaine précédant ce Grand Prix. Le néo-pilote de la Scuderia a dès l’entame des essais libres, le 29 mars 2019, signé le meilleur temps (1’30’’354). Leclerc s’est même octroyé le record du circuit (1’27’’866). Un record qui était détenu auparavant par Sebastian Vettel (1’27’’956). Des conditions difficiles sur l’asphalte du circuit de Sakhir où les températures étaient étouffantes. Auteur de sa première pole en Formule 1 (F1), le 30 mars, Leclerc était sous les feux des projecteurs lors du départ du deuxième Grand Prix de la saison. « De la part d’un jeune pilote, l’ambition en F1 est nécessaire. Face à Vettel, quadruple champion du monde, Leclerc se devait, dès son arrivée chez Ferrari, de ne pas apparaître comme un faire-valoir. La question est simple : Leclerc est-il plus rapide que Vettel ? Une réponse devra être apportée rapidement », estime Jean-Louis Moncet, responsable des sports à Auto Plus.

Destin

Ce 31 mars, devait sonner comme l’aboutissement d’un week-end qui s’annonçait réussi pour la Scuderia. À 21 ans, le Monégasque s’élançait en première ligne sur la grille de départ au côté de son coéquipier Sebastian Vettel. Premier lors des trois épreuves de qualification, Leclerc s’était offert sa première pole position et la première d’un Monégasque en F1. Le pilote Ferrari entrait dans l’histoire en devenant le plus jeune “poleman” pour la Scuderia et le deuxième de l’histoire de la F1 après l’Allemand Vettel (en 2008 au Grand Prix d’Italie). Les ingrédients étaient donc réunis pour une domination totale des Ferrari en cet fin d’après-midi, sur le circuit de Sakhir. « Effectivement, en F1 à l’instar de toutes courses en sport automobile, le combat est permanent avec son coéquipier et premier adversaire. La tâche est ardue pour Leclerc, car Vettel est une pointure. Il faut se souvenir de ses joutes avec Lewis Hamilton la saison dernière. Charles arrive en F1, et il sait d’ores et déjà que toute sa carrière sera un combat », précise Jean-Louis Moncet, qui est aussi chroniqueur chez RTL. Avec cette 62ème première ligne 100 % Ferrari, les certitudes semblaient du côté de la firme au cheval cabré. La Scuderia venait d’égaler les records des Williams et McLaren. « Charles Leclerc est en F1 seulement depuis deux ans et il conduit déjà comme un pro », s’exclamait, admiratif, Lewis Hamilton au départ de la course. Mais, les conditions météorologiques n’étaient pas au rendez-vous. Du vent, de la poussière et 29 °C au sol ne laissaient guère présager une course flamboyante. Leclerc pouvait compter néanmoins sur le Drag Reduction System (DRS) pour faciliter ses déplacements en cas de difficultés. « La course s’annonce compliquée, surtout avec le fort vent en virage 4 », pressentait le jeune pilote. Leclerc, 99ème pilote en pole position pour la 999ème course de F1, ici à Bahreïn et troisième pilote Monégasque à courir en F1 après Louis Chiron (1899-1979) et Olivier Beretta, regarde vers le haut. « Lorsque l’on veut afficher des ambitions, il existe deux méthodes. La première consiste à parler beaucoup, haut et fort, avec prétention. Deuxièmement, il y a celle, plus discrète, utilisée par le Monégasque. Personne n’a entendu un discours vantard émanant de Leclerc. Les choses sont claires dans sa tête et bien ordonnées », juge Jean-Louis Moncet. Le chemin est encore long avant de titiller le record, 84 pole positions de Lewis Hamilton. « Je suis heureux pour Charles et je pense qu’il fera d’autres pole positions. Il peut être un challenger crédible au titre en fin de saison », confiait Fernando Alonso sur la grille de départ.

Malédiction

C’est à la nuit tombée, que les pilotes se sont élancés sur le circuit de Sakhir. Cinquante-sept tours et 308,238 kilomètres qui devaient donc sacrer Charles Leclerc. Le scénario était écrit, mais le film ne s’est pas déroulé comme prévu. « 57 tours, ça va être difficile ! », s’exclamait, plaintif, Mattia Binotto, directeur de la gestion sportive de la Scuderia. À 17h10, heure française, les monoplaces de Leclerc et Vettel s’élançaient pour le 972ème Grand Prix disputés par Ferrari. Mais, dès l’extinction des feux, la SF90 de Leclerc était devancée par celle de son coéquipier, Vettel. Le Monégasque a subi la pression d’entrée de course, talonné par les Mercedes de Lewis Hamilton et Valtteri Bottas. Leclerc pense alors peut-être à sa course de GP2 : il y a 3 ans, “poleman” sur ce même circuit de Sakhir, il avait terminé 3ème de la course. En tribunes, David Beckham ne pouvait que contempler, admiratif, le sursaut du Monégasque lors du 6ème tour. Leclerc dépassait alors son coéquipier Vettel. « Le fair-play est la règle dans une écurie de F1 et en sport automobile. Au départ de chaque Grand Prix, c’est toujours la stratégie d’équipe qui prévaut. En revanche, pendant la course, la compétition est de mise. La problématique pour Mattia Binotto sera de déterminer un leader entre Vettel et Leclerc, à la condition que les performances de l’un surclassent celles de l’autre. Et si les résultats des deux pilotes tendent à être similaires, là, le patron de la Scuderia sera face à un dilemme. Impossible de jouer deux lièvres à la fois, car il faudra trancher cette question du “leadership” à un moment. Si Leclerc s’impose devant Vettel lors des prochains Grands Prix, le choix se portera évidemment vers le Monégasque », avance le responsable des sports à Auto Plus.

Malédiction

Sebastian Vettel acceptera-t-il de revivre la situation compliquée de 2014 chez Red Bull, avec Daniel Ricciardo ? Les réponses seront apportées à l’occasion des prochains Grands Prix. Mais à Bahreïn, la malchance s’est abattue sur l’Allemand, lorsque Lewis Hamilton lui a ravi la deuxième place, au 38ème tour. S’en est suivi un tête-à-queue invraisemblable de Vettel. Des pneus endommagés et des vibrations fortes ont eu raison de l’aileron avant de la SF90 du quadruple champion du monde 2010, 2011, 2012 et 2013. La malédiction a aussi touché le Monégasque. Solidement en tête de course, Leclerc a brusquement remarqué que son rythme ralentissait de 5 secondes par tour. Chez Ferrari, la stupéfaction et l’incompréhension ont laissé la place à la désillusion. Le nouveau pilote de la Scuderia a été perturbé par un problème de récupération d’énergie sur son moteur. « J’essaie de rester calme », signalait-il, affable à son équipe, pourtant plongée dans l’effervescence. L’expérimenté Hamilton saisissait une chance inespérée de ravir la première place au Monégasque au 48ème tour. À 9 tours de l’arrivée, le Britannique ôtait tout rêve à Leclerc de devenir, à 21 ans, le plus jeune pilote vainqueur d’un Grand Prix pour Ferrari. « Je pense que Charles a perdu tout son équipement hybride. Son moteur V6 turbo compressé est aidé par un générateur d’énergie cinétique. Ce dernier est transformé en électricité et le générateur aide le moteur thermique. De plus, il y a un générateur thermodynamique, appelé aussi MGU-H, qui est connecté au turbocompresseur du moteur V6. Il est possible de fournir de l’énergie au MGU-H pour relancer le turbo. Il est aussi possible de récupérer de l’énergie afin de la stocker dans la batterie », analyse Jean-Louis Moncet. Avant d’ajouter : « Aujourd’hui, l’unité de puissance d’une F1 est de 1 000 chevaux. 820 à 850 chevaux sont distribués par le moteur V6 turbo. Et le reste est donné par l’électricité des deux générateurs cités auparavant. Visiblement, il semblerait que c’est le MGU-H qui ait été endommagé. Mais Ferrari ne communique évidemment pas. Leclerc a eu de la chance, car son moteur aurait pu casser. Car, au début des moteurs hybride, un MGU-H défaillant entraînait inexorablement une casse du moteur. »

espoirs

Néanmoins, le Monégasque a profité des maladresses et des abandons des deux Renault de Ricciardo et d’Hülkenberg. Menacé par un retour de Max Verstappen sur sa Red Bull, Leclerc a fini troisième, à la faveur de l’entrée en piste de la “safety-car”, au 57ème tour. La voiture de sécurité a neutralisé les positions à deux tours de l’arrivée. Le podium était désormais connu, avec Hamilton vainqueur, Bottas deuxième et Leclerc troisième. Le Britannique signait sa 74ème victoire en F1 et un troisième succès à Bahreïn, après 2014 et 2015. Malgré tout auréolé d’un premier podium en F1, Leclerc a répondu aux attentes de la Scuderia. « Comme toute mon équipe, je suis déçu. Mais nous avons été chanceux avec la “safety-car”. Je n’ai pas fait un bon départ et c’est dommage de finir troisième. Je reviendrai plus fort à Shanghai, en Chine. Félicitations à Hamilton et Bottas », déclarait, lucide, Charles Leclerc, au micro de la FIA. Les cartes sont-elles redistribuées chez Ferrari ? Un duel Leclerc-Vettel va-t-il s’instaurer ? Pour mémoire, Ferrari avait déjà connu telle situation en 1990 avec l’opposition légendaire entre Alain Prost et Ayrton Senna. Lors du Grand Prix du Japon, le Brésilien s’était adjugé le titre mondial à la faveur d’un incident de course dès le premier virage avec le pilote français. Ce n’est qu’en 1991 au Grand Prix du Japon, que Senna reconnaîtra enfin avoir provoqué volontairement l’accident.

néo-leader

Quatrième au classement des pilotes, Charles Leclerc compte désormais 4 points d’avance sur son coéquipier Vettel, cinquième. Une situation que la Scuderia va devoir maintenant gérer. Car, depuis son arrivée en 2015 chez Ferrari, l’Allemand ne souffrait d’aucune contestation de sa position de pilote n° 1. Même le passage, de 2014 à 2018, de Kimi Räikkönen, champion du monde 2007, chez la firme au cheval cabré, n’avait pas renversé la hiérarchie. Mais les bonnes performances du Monégasque ont certainement redistribué les cartes du côté de Maranello. Deuxième au classement constructeurs (48 points), la Scuderia est désormais à 39 points du leader Allemand Mercedes (87 points). « Mercedes, Ferrari et Renault sont des constructeurs qui vendent des véhicules. Le titre de constructeur en F1 est essentiel dans leur stratégie de groupe. Car c’est la vitrine qui montre le savoir-faire de l’entreprise. Cependant, les écuries ont conscience que le titre mondial pour les pilotes est le plus médiatisé. En revanche, la stratégie de Ferrari dans les prochains Grands Prix sera de placer ses deux pilotes dans les points. Il faut aussi souligner que c’est le championnat constructeur qui est lucratif, grâce aux droits publicitaires et télévisés, etc. La répartition monétaire est réalisée en fonction du classement des constructeurs », précise Jean-Louis Moncet. À la recherche d’un 17ème titre constructeur et un 16ème titre pilote, la Scuderia compte plus que jamais sur le talent de Leclerc. « Je pense que Mercedes a du souci à se faire, dès à présent. Melbourne a été une catastrophe pour les Ferrari, mais à Bahreïn la leçon a été retenue. Les ingénieurs de la Scuderia maîtrisent mieux la SF90. À présent, l’enjeu est le Grand Prix de Chine, à Shanghai, le 14 avril. Ce sera la 1000ème course du championnat de F1. Une victoire de la Scuderia serait symbolique. Au vu des premiers résultats, le titre pilote devrait se jouer entre Hamilton, Bottas, Vettel et Leclerc », pronostique Jean-Louis Moncet, responsable des sports à Auto plus. Rendez-vous en Chine pour un début de réponse.

journalistPascallel Piacka