« Pour tenir nos objectifs,
il faut aller quatre fois plus vite »

Anne-Sophie Fontanet
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La conférence annuelle pour la transition énergétique s’est déroulée le 29  mars dernier. Pour Monaco Hebdo, sa directrice de mission, Annabelle Jaeger-Seydoux, revient sur les grands enjeux liés à cette révolution verte en principauté.

Elle a officiellement pris ses fonctions il y a 6 mois, en remplacement de Jean-Luc N’Guyen. Annabelle Jaeger-Seydoux n’avait alors pas été choisie au hasard par le gouvernement monégasque. Son profil engagé au service de l’environnement, et ses attaches avec la principauté, en faisait une candidate idéale. Depuis plusieurs semaines, elle chapeaute une équipe de 7 personnes au sein de la mission pour la transition énergétique (MTE). Mission chargée d’accompagner efficacement les engagements du prince en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre de la principauté. « Notre souci est d’être très concret. Je crois beaucoup à l’effet domino », prône cette ancienne cadre de la fondation Nicolas Hulot. Sa mission regroupe les thèmes de l’énergie, de la mobilité et des déchets.

Urgence écologique

La tâche n’est pourtant pas si simple. Charge à elle de fédérer, de motiver, puis d’inciter les acteurs locaux, du particulier à la grande entreprise, à se ranger du côté d’une vie plus “verte”. Pas de discours moralisateur dans les paroles d’Annabelle Jaeger-Seydoux, pourtant tout à fait consciente de « l’urgence écologique » qui se dessine années après années. « Ma conviction profonde d’une urgence écologique est là. Le temps de l’action est vraiment arrivé. Nous sommes la génération qui suit et celle qui a les moyens d’agir. Mon rôle est de faire agir », explique-t-elle. Dans cet effort, la directrice trouve un soutien de poids en le souverain, image publique de ce combat à Monaco, et son gouvernement. « L’impulsion du prince est très importante. A Monaco, on parle d’une même voix. Il y a une belle alchimie. J’ai la chance d’arriver à un moment qui conjugue beaucoup d’éléments favorables. »

Pacte national

Ce qu’on lui demande, c’est de faire le lien entre l’action publique et la mobilisation collective. « Notre liant, c’est le pacte national pour la transition énergétique », résume Annabelle Jaeger-Seydoux. 700 signataires dont 70 entreprises se sont déjà engagées. Et parmi ceux-ci, nombre de personnes déjà convaincues qui souhaitent aller encore plus loin. « Le pacte est un premier engagement assez léger. Et pourtant les signataires ne le font pas du tout à la légère », signale-t-elle. 700 sur une population de 35 000 habitants, cela reste pourtant très peu. Encore plus quand on se dit que la MTE s’adresse aussi bien aux résidents qu’à toutes les personnes qui vivent une partie de leur journée à Monaco. C’est-à-dire les salariés qui viennent chaque jour par milliers sur le Rocher. « La conscience des enjeux environnementaux est largement partagée au-delà des frontières. La communauté de gens ayant envie d’agir est de plus en plus grande » assure-t-elle. Pour les mobiliser, « la façon la plus efficace » selon la MTE, c’est via leur entreprise. « Derrière ce pacte, il y a une dynamique. Par exemple, à Télé Monte-Carlo (TMC), l’impulsion est venue des salariés. »

Monabike

Avec sa conférence annuelle, la MTE souhaite accélérer le mouvement. « Plus les gens nous verront, plus la dynamique va s’emballer. J’espère qu’elle ira de plus en plus vite car l’urgence est là. Pour tenir nos objectifs à 2030 et 2050, il faut aller quatre fois plus vite. » Plusieurs mesures ont déjà été prises comme l’interdiction des pailles et touillettes en plastique depuis le début de l’année. On en voit cependant encore dans certains commerces, notamment à Fontvieille. « Pour l’instant, on nous répond qu’il faut écouler les stocks. On leur laisse un peu de temps pour le faire, mais ensuite cette excuse ne tiendra plus. » Il y a donc aussi le pacte national. De plus, la conférence a permis de lancer très officiellement un plan vélo appelé Monabike. « On va multiplier le nombre de vélos et multiplier le nombre de stations. On va aussi lancer une coopération avec les communes frontalières pour pouvoir y déposer son vélo. La première ville sera Beausoleil », détaille Annabelle Jaeger-Seydoux. Des aides financières sont aussi prévues pour inciter la population monégasque à s’équiper en vélo électrique. « Les gens se lasseront vite si on leur demande d’agir, mais que la politique ne suit pas », pense la directrice.

Boucle thalasso-thermique

Dans le secteur du bâtiment et la gestion des énergies, les choses aussi bougent. L’actualité de l’année en la matière, ce sont les audits énergétiques subventionnés à 75 % par l’État démarrant aujourd’hui. « Ensuite, cette subvention sera dégressive. » Il y aura aussi la fin du fioul en 2022. Et enfin la démarche BD2M, bâtiment durable méditerranéen, lancée le 23 octobre 2018. « Le but, c’est le progrès et l’échange de bonnes pratiques. Et à terme d’avoir un bon référentiel. » L’accent de la MTE se porte aussi sur le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire. « Il faut un accompagnement et beaucoup de pédagogie », reconnaît Annabelle Jaeger-Seydoux. D’ici peu, elle espère développer des boucles thalasso-thermique, par l’énergie de la mer, permettant de fournir de grands besoins énergétiques en eau chaude et en chauffage. « La MTE se doit de proposer des choses très concrètes pour faire avancer les choses. » On l’aura compris, la révolution verte ne marchera à Monaco qu’avec l’énergie de toutes les bonnes volontés.

 « Chacun doit jouer sa part »

Parce que cette action publique ne peut être efficace que si elle est appropriée, plusieurs ateliers avaient été organisées en amont de la conférence pour la transition énergétique. « Chacun doit jouer sa part », confirme Annabelle Jaeger-Seydoux. Le premier sur la vente à emporter ou comment réduire les déchets plastiques à usage unique. Un atelier autour du télétravail imaginé sous forme de “speed-dating” entre entreprises faisant appel au télétravail et entreprises encore réticentes. Et enfin une rencontre avec le blogueur Julien Vidal qui porte un projet autour de l’écoresponsabilité avec son site internet “Ça commence par moi”.

Des trophées pour récompenser l’initiative personnelle

La mission pour la transition énergétique (MTE) a décidé de saluer l’engagement de trois signataires reconnus « comme les plus méritants ». Des personnes ou des entreprises favorisant une baisse de dépense d’énergie, une mobilité plus respectueuse et une gestion plus harmonieuse des déchets. Le premier trophée revient ainsi à la société Single Buoy Mooring Offshore (SBM) domiciliée en face du stade Louis II pour sa contribution à la baisse d’émission de gaz à effet de serre. 50 % de ses salariés effectuent du télétravail. « Il y a une vraie politique de mobilité qui vient aussi des salariés car ils sont demandeurs. D’autre part, cette société explique que la nouvelle génération demande du télétravail pour accepter les postes. C’est un élément d’attractivité. Il faut que les entreprises monégasques en prennent conscience », souligne la directrice de la MTE. Le trophée récompensant le projet innovant en matière de mobilité revient à Quentin Dème. « Il vient tous les jours depuis Menton en vélo électrique. Vélo qu’il a construit lui-même. On a trouvé ça génial et on a souhaité l’encourager. » Le troisième lauréat reçoit le trophée du plus réducteur de déchet. Il s’agit de la maison Lino, un commerce qui a installé dans sa boutique l’espace nécessaire pour trier ses déchets. « Ce commerce a vraiment été innovant et engagé pour trier ses déchets. »

journalistAnne-Sophie Fontanet