1831 logements domaniaux
neufs d’ici 15 ans

Raphaël Brun
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Le prince Albert II a annoncé la construction de 1 831 appartements neufs pour les Monégasques d’ici les 15 prochaines années. Une augmentation de 43 % du parc domanial qui doit répondre efficacement et durablement aux « besoins prévisibles » des nationaux.

Un moment historique. Lundi 11 mars 2019, le prince Albert II a présenté officiellement son plan national pour le logement des Monégasques. Entouré de son ministre d’État, et du président du Conseil national, le prince Albert II a détaillé un plan amorcé en novembre dernier visant à garantir le droit au logement des Monégasques pour les décennies à venir. « Je considère que les Monégasques doivent pouvoir résider dans leur pays dans de bonnes conditions », s’est prononcé le prince. Face « aux tensions sensibles » et aux « questions qui inquiètent » ses compatriotes, le prince avait donné mission à son gouvernement d’établir un projet concret en faveur du logement des nationaux en principauté. Le prince Albert II s’est félicité d’un plan « construit à l’écart de toute polémique » et d’une « convergence des institutions » sur ce sujet devenu au fil du temps extrêmement sensible. « Ensemble, nous relèverons ce défi », a-t-il affirmé.

4 548 logements domaniaux en 2033

D’ici 2033, la capacité d’accueil du parc domanial va s’accroître de 1 831 appartements supplémentaires dont un solde net de 1 363 logements (lire ci-après). En 15 ans, cela représente une augmentation de 43 %. Avec une moyenne de livraison de 122 appartements neufs par an. « Il s’agit d’un effort considérable et historique », a insisté Serge Telle, ministre d’État. Avec 4 548 logements domaniaux contre 3 185 aujourd’hui, cette nouvelle donne permettra « l’accueil de plus des trois quarts des Monégasques contre moins de deux tiers à ce jour », promettent le prince, Serge Telle et Stéphane Valeri. Données à l’appui issues du travail de l’institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), la commission du gouvernement chargé d’établir le plan national s’est basée sur « l’hypothèse de travail la plus raisonnable » calculant que 75 % des Monégasques effectuaient une demande de logement domanial. « Statistiquement, et ce depuis 50 ans, 5 % de Monégasques n’habitent pas sur le territoire national. D’autre part, 10 à 12 % des Monégasques sont propriétaires. Certains encore favorisent le secteur privé », détaille le ministre d’État.

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© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

« Faisable et réaliste »

Dans son allocution, le prince Albert II a appelé à favoriser les « grandes opérations sur des sites appartenant à l’État » et à respecter « l’équilibre des quartiers » tout en maintenant « une mixité sociale, un secteur privé dynamique et des finances publiques équilibrées ». N’en oubliant pas non plus le caractère novateur d’un plan dont l’ambition devra être aussi bien « qualitative » que « quantitative » et respectueuse de la qualité de vie de tous. Le Prince considère enfin que ce plan « profitera aussi aux enfants du pays » en libérant de nombreux logements du secteur protégé aujourd’hui occupés par des Monégasques en attente d’attribution. Conclu en 5 mois, ce plan national « repose sur une étude prospective et porte une vision de long terme ». Il a été conçu en tenant compte de l’évolution de la population monégasque qui devrait passer de 9 300 en 2019 à 10 770 personnes d’ici 2033. Un plan qui conduira de facto à une réflexion approfondie sur la démographie et le droit de la nationalité. Il a nécessité « l’examen de toutes les possibilités envisageables », intègre les opérations déjà décidées et « explore les autres solutions susceptibles d’augmenter les capacités de livraison d’appartements neufs », a synthétisé Serge Telle devant deux conseillers-conseillers-ministres du gouvernement, plusieurs conseillers nationaux et plusieurs médias. Est-ce que ces 1 831 appartements domaniaux à venir constituent un plafond de verre pour le logement à Monaco ? « C’est ce que nous avons estimé à ce jour réalisable à un moindre coût. Non, ce n’est pas un plafond de verre, indique le ministre d’État. Il s’agit de ce qui était faisable sans dépendre d’aucun autre critère que de la volonté de l’État. C’est un plan faisable et réaliste. »

« Régler durablement ce problème »

« C’est le bon chiffre. A Monaco, nous sommes capables de réagir vite, si nécessaire », s’est aussi réjoui Stéphane Valeri, président du Conseil national, qui a fait du logement depuis son élection en février 2018, son cheval de bataille. Rarement, on l’aura vu parler logement des Monégasques avec une mine aussi satisfaite. Pour lui aussi, c’est un grand jour car le sujet a été source de profondes dissensions entre le gouvernement et le Conseil national. Le dernier épisode en date remontant à décembre 2018 lors des séances de budget primitif. Prenant place à côté de Brigitte Boccone-Pagès, vice-présidente du Conseil national, le prince Albert a immédiatement pu constater la satisfaction des conseillers nationaux. « La présentation exceptionnelle de ce plan national logement représente pour moi un moment très important et même émouvant, puisque je fais de cette question du logement un thème essentiel de mon engagement politique depuis toujours », a réagi Stéphane Valeri. Se faisant une nouvelle fois le porte-voix des Monégasques, il a rappelé au prince la « forte volonté de la communauté nationale d’obtenir un vaste plan d’urgence pour régler durablement ce problème ».

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© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

Débat sur la nationalité par le mariage

Au nom du Conseil national, il a affirmé sa profonde adhésion au plan impulsé par le prince Albert II. Tout en regrettant que le début de la précédente mandature de son institution n’ait pas pris la question à bras-le-corps et n’ait pas « alerté le gouvernement sur la dégradation de la situation ». Le président en a profité pour indiquer « qu’à cause de ce grave manquement, et du délai entre une décision et la livraison d’un nouvel immeuble — qui est d’environ 3 à 5 ans — les années 2019, 2020 et 2021, ne verront l’attribution possible que de quelques dizaines d’appartements neufs ». Toujours selon Stéphane Valeri, les 712 appartements livrés d’ici 2023, le temps de sa mandature, correspondent aux « besoins réels » de plus d’une centaine de nouvelles demandes légitimes chaque année. « Ce chiffre, nous n’avons cessé de l’expliquer et de le défendre. C’est pourquoi je suis heureux que nous soyons désormais parvenus à la même évaluation des besoins annuels en logements domaniaux. » L’engagement de ce plan national ouvre aujourd’hui la porte à un débat plus large sur la question démographique et la transmission de nationalité par le mariage. Gouvernement et Conseil national ont confirmé qu’une réflexion devant aboutir à une réglementation législative nouvelle découlerait de ce plan d’urgence. « Les consultations débuteront dans les prochaines semaines au sein de notre assemblée », a confirmé Stéphane Valeri.

 

Les chiffres à retenir

4 548 appartements domaniaux à horizon 2033 

43 % d’augmentation du parc domanial en 15 ans

10 770 Monégasques en 2033 contre 9 300 en 2019

75 %, la part de Monégasques sur l’ensemble de la communauté nationale qui sera, à terme, logé dans un appartement domanial

Phase 1 du plan :

D’ici 2023, 712 appartements neufs avec un solde net de 639 compte tenu des relogements. Opération Soleil du Midi (25), surélévation des Jardins d’Apolline (45), opération Picapeira (14), Carmelha (25), Testimonio II (181) et Testimonio II Bis (158), Grand Ida (140 logements avec un solde net de 94), opération Villa Les Lierres (48 avec solde net de 36),

opération au boulevard de Belgique au niveau de la Villa Le Mas et du palais Honoria (60 appartements avec un solde net de 50), petite opération au Portier (16 appartements avec un solde net de 11).

Phase 2 du plan :

Entre 2023 et 2033, 599 appartements neufs avec un solde net de 558 compte tenu des relogements. Petites opérations boulevard de Belgique (18) et boulevard d’Italie (16 appartements avec un solde net de 15), opération moyenne Monte-Carlo (60 logements avec un solde net de 55). De plus, trois opérations successives suite à la réalisation de l’opération Pasteur avec le toit du futur centre commercial de Fontvieille en 2026, l’Annonciade II en 2029 et sur la caserne des carabiniers en 2033 (505 appartements avec un solde net de 470).

Phase 3 du plan :

Entre 2023 et 2032, 520 appartements neufs avec un solde net de 166 grâce à la démolition/reconstruction du Bel-Air (180 appartements avec un solde net de 92), de l’Herculis (150 logements avec un solde net de 57), des Cèdres et des Mélèzes.

 

journalistRaphaël Brun