Georges Marsan,
visage d’une institution centenaire

Maxime Dewilder
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Les Monégasques s’apprêtent à élire Georges Marsan et son équipe à la mairie de Monaco, dans le cadre des élections communales 2019. L’occasion de revenir sur l’histoire de cette institution et ses grandes figures.

George Marsan, probablement réélu pour la cinquième fois consécutive, est le dixième maire monégasque élu au suffrage universel direct dans l’histoire de la Principauté. Il arrive un peu plus de cent ans après Suffren Raymond. Ce dernier a occupé la fonction de 1918 à 1920. Avant son arrivée, la principauté de Monaco était encore divisée en trois communes distinctes : Monaco Ville, la Condamine et Monte-Carlo. Le prince nommait lui-même les édiles, qui étaient accompagnés d’un conseil élu de 9 membres. Au début du XXème siècle, les mairies monégasques géraient la police municipale, la voirie, l’assistance, la bibliothèque et les fêtes. Une commission intercommunale se chargeait des intérêts communs. L’élection du premier maire de Monaco est intervenue dans un climat tendu. Le mécontentement des Monégasques grandissait chaque jour, notamment à cause du chômage, et des absences du prince Albert Ier (1848-1922), plus souvent à Paris qu’à Monaco. À partir de 1910, des revendications sont formulées par la rue : création d’une constitution et d’un parlement, remplacement des citoyens français dans l’administration, séparation des finances du prince de celles de l’État et mise en place du suffrage universel pour l’élection du conseil communal. Les contestataires menaçaient de renverser la monarchie pour établir une République s’ils n’étaient pas entendus. Parmi ceux-ci figurait Suffren Reymond. C’est dans ce contexte que la Constitution monégasque est publiée, le 5 janvier 1911.

Modernisation

Deux autres revendications, liées l’une à l’autre, aboutissent au lendemain de la Première Guerre mondiale (1914-1918) : la réunification des trois communes et l’élection du maire et de son équipe au suffrage universel direct. Monaco Ville, la Condamine et Monte-Carlo fusionnent. Le Conseil communal s’agrandit, passant de 9 à 15 membres, et le 7 avril 1918, Suffren Raymond est élu par le peuple monégasque. Le nouveau maire avait été, auparavant, nommé maire de Monte-Carlo de 1911 à 1914. De l’après-guerre à nos jours, beaucoup de choses ont changé. L’institution a été modernisée par la constitution de 1911 d’une part, et par la loi de 1920 d’autre part. Cette dernière régit l’organisation et le fonctionnement de la commune unique, c’est-à-dire de la mairie de Monaco. Plusieurs retouches ont eu lieu au cours du XXème siècle. En 1962 par exemple, une nouvelle constitution est adoptée, avant d’être révisée le 2 avril 2002. Du côté de la mairie, la loi sur l’organisation communale est enrichie une première fois en 1974 puis une seconde fois en 2006. Ces changements influent par exemple sur la durée du mandat, qui passe de 3 à 4 ans. De la même manière, les prérogatives de la mairie évoluent, elles concernent alors l’action sociale, le cadre de vie, la culture et l’animation. De plus, il est établi que l’institution communale dispose d’une dotation budgétaire, inscrite dans la loi de budget primitif de l’année.

Anne-Marie Campora, l’héritage

Sur le plan humain, la fin du XXème siècle a apporté la première et unique femme élue maire de Monaco : Anne-Marie Campora. Maire de 1991 à 2003, elle a laissé un souvenir impérissable dans le cœur des Monégasques. Elle a notamment contribué à la modernisation de la mairie lors de ses trois mandats. Très attachée à l’action sociale, elle a donné l’impulsion nécessaire au développement du maintien à domicile. De nombreux services à la personne ont été créés sous ses mandatures. Par ailleurs, elle a grandement œuvré au renforcement de la mairie dans le paysage des institutions monégasques. Lors de sa disparition en novembre 2015, Georges Marsan lui rendait hommage en ces termes : « Sous ses airs parfois sévères, mais tellement rassurants, ses valeurs humaines étaient réelles, et le personnel communal, encore nombreux aujourd’hui, ayant travaillé à ses côtés se souvient d’elle comme son premier défenseur […]. Son engagement et son implication ont été exemplaires tout au long de ses mandats. Elle reste pour beaucoup d’entre nous un exemple ». Pour son nouveau mandat, Georges Marsan aura à cœur de perpétrer l’héritage d’Anne-Marie Campora. Les missions communales, aujourd’hui, touchent à l’action sociale, à l’animation de la ville, à l’action culturelle, à l’attribution de subventions aux associations culturelles, sportives et récréatives, à la gestion des salles de sports, à l’état civil et à la délivrance de la carte d’identité, à la gestion des marchés et du cimetière, et enfin, à la police municipale.

 

L’abstention, principal adversaire de Georges Marsan

Ce n’est pas une première dans l’histoire de la mairie de Monaco. Le 17 mars 2019, la liste l’Évolution communale de Georges Marsan affrontera l’abstention. En effet, aucune liste ne s’est présentée face à l’équipe de ce maire qui va entamer son cinquième mandat. Conséquence directe : ces élections peinent à mobiliser. Si l’abstention a quelque peu reculé lors du scrutin de 2015 pour grimper à 39,4 %, elle s’élevait à 45,4 % et 45,3 % lors des précédents votes, respectivement en 2011 et en 2007. En 2015, la principauté comptait 7 042 inscrits, seuls 4 149 ont voté : 58 ont voté blancs, 119 nuls et 2 716 personnes se sont abstenues. Au total, 5 786 Monégasques sur 7 042 inscrits n’ont pas voté, ou ont voté blanc ou nul. Cela pose la question de la légitimité du maire, surtout quand celui-ci n’a pas d’adversaire. Pour trouver une trace d’opposition, il faut remonter à 2015. Cette année-là, la liste Un Regard Neuf (URN) portée par Franck Nicolas, a été largement battue par l’équipe de Georges Marsan, qui a récolté près de 74 % des suffrages.

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