L’Orangerie, la liqueur
monégasque qui s’exporte

Anne-Sophie Fontanet
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Depuis deux ans, une entreprise utilise les 12 tonnes d’oranges amères qui poussent sur 600 arbres de la principauté pour réaliser une liqueur aux couleurs locales : L’Orangerie. D’autres nouveautés arriveront prochainement.

La période la plus intense de l’année vient de s’achever pour Philip Culazzo. Pendant trois semaines, entre fin janvier et début février, son local de vente et de production de la rue de la Turbie a vu déferler chaque jour 50 à 100 cagettes d’oranges amères. Entre 8 et 12 tonnes de fruits qui ont été collectées par les équipes des services de l’État sur les 600 “citrus aurantium” — plus connus sous le nom de bigaradiers — que compte la principauté. Une espèce d’arbres de la famille des rutacées, hybride du pamplemoussier et du mandarinier, qui ne produit que des oranges amères. Début 2017, 3 000 bouteilles de liqueurs d’oranges amères, produites grâce aux zestes, ont été commercialisées par Philip Culazzo sous le nom L’Orangerie. A terme, ce sont 50 000 bouteilles qui pourraient être produites. Depuis, cet apéritif-digestif a fait son apparition sur plusieurs belles tables de Monaco. Les hôtels du groupe Société des Bains de Mer (SBM), de l’hôtel Métropole, du Yacht Club, de l’Automobile Club, des Grands chais monégasques ou les caves Nicolas du sud de la France, ainsi que le “duty free” de l’aéroport de Nice le proposent à leurs clients.

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De Singapour au Canada

Cette liqueur dépasse aussi les frontières, puisqu’elle est exportée à Singapour, au Japon et à Macao. « Cette année, on cible le Canada, la Chine, Hong-Kong et la Grande-Bretagne. Nous sommes prêts à l’expansion. Nous avons de beaux clients, mais il faut augmenter la zone de diffusion de Saint-Tropez à Menton, en passant par la Riviera italienne », souligne Philip Culazzo. Pour envisager ce futur, cet entrepreneur mise sur la diversité. Outre les bouteilles de liqueur, il prépare une eau de vie « que les gens garderont sur le long terme », à l’image d’un cognac ou d’un armagnac. Pour cela, il s’est appuyé sur un œnologue qui a suivi la fermentation et la distillation. « On commercialisera quand on sera content du produit. » L’idée de recycler les oranges qui avant « partaient directement à la poubelle », est plutôt une réussite. A leur arrivée à l’atelier, elles sont trempées, frottées à la main, épluchées puis pressées. Le jus est placé dans les cuves pour la fermentation, alors que les zestes sont isolés sous vide. Ils pourront ainsi être utilisés toute l’année pour fabriquer la liqueur. Aucun arôme, ni aucun additif ne sont apportés à ces oranges amères non traitées. « Nous travaillons avec des laboratoires pour éviter le risque de pollution. Les oranges sont certifiées conforme à la consommation humaine », insiste ce chef d’entreprise.

Liqueur de caroube

Son objectif ? Faire un produit qui « se différencie par rapport à ce qui existe sur le marché ». C’est avec cette même envie qu’il a lancé des tests pour obtenir une liqueur, puis une eau de vie de caroube, issue directement des fruits produits par le caroubier, un arbre méditerranéen. « C’est l’arbre national de Monaco. Il y en a une trentaine entre la place d’Armes, le square Gastaud et sur le Rocher », assure Philip Culazzo. Pour la préparer, on coupe, puis on torréfie les graines de caroube. « Nous en sommes à notre 11ème essai. C’est assez long, mais je suis content de son goût chocolaté noir, café et caramel. C’est quelque chose d’assez original, et de peu répandu à ce jour. On espère le lancer au mois d’avril. » Ces deux liqueurs ont une similarité : elles peuvent être servies en cocktail, mais elles peuvent aussi être consommées en début de repas, en apéritif, ou fin de repas, en digestif. Des produits qui inspirent en tout cas les barmen. Entre le Monaco Spritz, le Monaco Meets Japan et la Condamine, plusieurs cocktails à base de cette liqueur monégasque sont désormais disponibles. Philip Culazzo a encore plein d’idées pour mettre en valeur des produits à base de fleurs, de fruits, de racines ou d’herbes de Monaco et de ses anciens territoires. « De belles surprises sont à venir. Il y a eu un investissement important. Maintenant, j’espère pouvoir élargir l’équipe et la gamme. »

 

journalistAnne-Sophie Fontanet