AS Monaco : un mercato
hivernal qui fait parler

Maxime Dewilder
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Lors du marché des transferts hivernal, l’AS Monaco a recruté huit joueurs pour renforcer son effectif. Du coup, l’équipe a changé de visage et enregistre de meilleures performances. Mais est-il vraiment équitable et éthique de pouvoir acheter autant de joueurs lors du mercato d’hiver ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les recrues de l’AS Monaco apportent une bouffée d’air frais à une équipe jusqu’alors asphyxiée. Si le retour de Leonardo Jardim y est certainement pour quelque chose aussi, il est plus probable que ce soit les nouveaux joueurs, arrivés lors du mercato d’hiver, qui contribuent, en grande partie, au renouveau du club. Le seul Gelson Martins, ailier supersonique en provenance du Portugal, a inscrit 3 buts et fait 1 passe décisive en seulement six matchs ! Au contact des nouveaux, les anciens renaissent. Radamel Falcao, le buteur colombien et capitaine de l’équipe, a inscrit 4 buts lors des six derniers matchs. Conséquence, depuis le mercato d’hiver, l’ASM version 2019 a grimpé de la 19ème à la 17ème place et a renoué avec le succès. Le club pointe désormais à 6 points du barragiste, Dijon, 18ème.

Une seule arrivée

Pendant cette remontée au classement, les adversaires directs du club de la principauté stagnent. Guingamp, Amiens, Dijon et Caen se battent pour s’éloigner de la zone de relégation. Et pour cause, alors que Monaco, grâce à ses moyens financiers, enregistrait les arrivées de 8 joueurs, dont des stars de classe mondiale comme Cesc Fabregas, ces équipes recrutaient 1 à 4 joueurs, pour la plupart inconnus. La question de l’équité se pose. L’Union Nationale des Footballeurs Professionnels (UNFP), syndicat de joueurs, a publié le 4 février 2019 un communiqué pour dénoncer ce phénomène. Si Monaco n’est jamais directement cité, ce syndicat estime que « s’il n’a jamais été dans les intentions de l’UNFP de voir supprimer le mercato d’hiver, l’augmentation tangible du nombre des mouvements, le mois dernier, vient à nouveau conforter le syndicat des footballeurs, qui réclame depuis de nombreuses années que l’on revienne à sa forme initiale ». Cette loi originelle que mentionne l’UNFP stipulait que lors du mercato d’hiver les clubs n’avaient le droit qu’à une arrivée, et une seule.

« C’est un peu comme changer les règles du jeu en cours de partie »

Philippe Piat et Sylvain Kastendeuch, les coprésidents du syndicat, poursuivent et militent donc pour « une arrivée, que ce soit sous la forme d’un transfert ou d’un prêt. Il ne s’agit pas de modifier totalement un effectif, mais d’apporter un plus, de combler un manque, sachant que les clubs ont déjà, jusqu’à la fin du mercato d’hiver justement, la possibilité d’engager un joueur libre ». Au vu de l’effectif monégasque, force est de constater que l’équipe a été grandement modifiée. La moitié des joueurs de l’ASM qui débute les matchs en 2019 n’étaient pas en principauté au coup d’envoi de la saison, en août 2018. Les coprésidents de l’UNFP précisent par la suite leur pensée : « C’est pour nous une question de stabilité des contrats et d’équité sportive […]. Nous ne trouvons pas sain qu’un club puisse changer la donne en cours de saison en attirant plusieurs joueurs, simplement parce qu’il en a les moyens. Cinq à six joueurs, parfois plus, cela bouleverse le visage d’un effectif. Et cela impacte également sur les équipes adverses, qui peuvent parfois perdre leurs meilleurs éléments en cours de saison. C’est un peu comme changer les règles du jeu en cours de partie. Et nous ne trouvons pas cela normal, pas équitable ! » Quelques chiffres pour souligner l’écart abyssal entre les fonds apportés par Dmitri Rybolovlev, président de l’ASM, sur le marché des transferts, et ceux dépensés par les clubs concurrents au maintien. Sur l’ensemble du marché des transferts, été 2018 et hiver 2019, l’En Avant Guingamp a dépensé 3,5 millions d’euros, Amiens 6,14 millions, Dijon 5,2 millions et Caen 9,75 millions. Pour le seul recrutement du latéral Fodé Ballo-Touré, l’ASM a dépensé plus de 11 millions d’euros en janvier 2019. Et en totalisant les dépenses des marchés d’été et d’hiver, le montant des transferts grimpe à plus de 140 millions d’euros. De quoi susciter la critique et poser la question de l’équité et de l’éthique.

dewilder.monacohebdo@groupecaroli.mc

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