Administration monégasque
Le pouvoir aux femmes ?

Anne-Sophie Fontanet
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En quelques années, plusieurs postes de direction dans l’administration monégasque ont été attribués à des femmes. Cette féminisation en cours dans le secteur public inspirera-t-elle un secteur privé encore réticent ? Monaco Hebdo fait le point.

Deux récentes nominations confirment une certaine féminisation des postes de direction dans l’administration monégasque. Début février 2019, Sophie Vincent, qui occupait les fonctions de directeur adjoint du travail, est devenue directrice de l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee). Pour la remplacer, c’est Magali Imperti, jusqu’ici directeur adjoint des ressources humaines et de la formation de la fonction publique, qui a été choisie. La direction du travail étant elle-même sous la supervision de Pascale Pallanca depuis 2015. Ces deux noms viennent s’ajouter à la petite liste de femmes occupant des postes stratégiques dans le secteur public. « Cette féminisation est la preuve que la principauté est un État moderne, qui regarde les compétences de ses cadres, et non pas leur genre. Qu’on soit un homme ou une femme, accéder à un poste doit se faire en fonction de ses aptitudes à l’occuper, de son parcours, de ses qualifications et de son expérience professionnelle », réagit la toute nouvelle directrice de l’Imsee, Sophie Vincent.

Nominations

A Monaco, plusieurs femmes ont ouvert la voie à une meilleure reconnaissance de leurs aptitudes managériales et décisionnelles. Il y a cinq ans, c’est, par exemple, Anne Eastwood qui était nommée au haut-commissariat à la protection des droits, des libertés et à la médiation. Elle a prêté serment devant le prince Albert II le 3 février 2014. A la même période, Sylvie Bertrand devenait la directrice du stade Louis II. Deux ans plus tard, Geneviève Berti, alors directrice adjointe au centre de presse, prenait la tête de la direction de la communication. Autre poste stratégique et symbolique, depuis juillet 2018, le centre hospitalier Princesse Grace (CHPG) est dirigée par Benoîte de Sevelinges, une Monégasque de 37 ans. La même année, c’est Elena Rossoni-Notter, au musée d’anthropologie préhistorique, et Sylvie Rossi, à la direction de l’habitat, qui prenaient leurs fonctions officielles. La liste se prolonge fin 2018, avec les nominations successives de Céline Cottalorda comme déléguée pour la promotion et la préservation des droits des femmes, d’Annabelle Jaeger-Seydoux comme directrice de la mission pour la transition énergétique ou encore de Caroline Rougaignon-Vernin, nommée à la présidence du Conseil économique et social (CES).

« Pas de féminisation à tout prix »

On l’aura compris, ces dernières années ont vu à Monaco une nette accélération de la féminisation dans l’administration. « Personnellement, je ne suis pas favorable à une féminisation à tout prix. Je suis simplement favorable à ce que les compétences soient reconnues et valorisées dans les parcours professionnels », insiste Sophie Vincent. Car l’enjeu n’est effectivement pas juste de “placer” des femmes pour redorer l’image de l’administration. « C’est la qualité qui prime, pas la parité. Si on ne devait nommer des femmes que pour respecter la parité, ce serait regrettable. Et j’espère bien que la question ne se posera plus dans un futur proche », nous expliquait Sylvie Rossi, directrice de la direction de l’habitat depuis le 1er juin 2018. D’autant plus quand un potentiel existe dans la population féminine. Fin 2017, sur 4 610 personnes occupant un poste dans la fonction publique à Monaco, 1 968 étaient des femmes. « Il y a de très nombreux talents chez les femmes monégasques, c’est toujours une satisfaction de les voir accéder aux plus hautes fonctions en principauté », nous confiait Brigitte Boccone-Pagès, actuelle vice-présidente du Conseil national, et première femme de l’histoire monégasque à exercer ces fonctions. « L’administration peut conduire ce changement et servir de modèle en ce sens. En effet, cette féminisation des postes de direction prouve que cela peut fonctionner. C’est donc de très bon augure », pense pour sa part Sophie Vincent.

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Sylvie Rossi © Photo Monaco Hebdo

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Magali Imperti © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

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Hélène Zaccabri © Photo EdWrightImages

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Benoîte de Sevelinges © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

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Elena Notter-Rossoni © Photo Monaco Hebdo.

« Des verrous à lever »

Car cette réalité dans le secteur public est encore difficile à percevoir dans le secteur privé à Monaco. Selon les chiffres de l’Imsee, les femmes représentent seulement 27,7 % des membres de conseils d’administration et organes de décision au sein des entreprises de Monaco au 31 décembre 2017. Une proportion, comparable à celle observée l’année précédente, cependant globalement en très légère augmentation par rapport à 2014 (26,9 %). « L’accès des femmes aux postes de direction n’est pas seulement un problème de gouvernance. Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte et encore bien des verrous à lever, car leur rapport à une carrière professionnelle et à leur vie familiale est différent de celui des hommes. C’est donc aussi un enjeu de société dans un modèle culturel où les rôles de chacun ont été bien définis et cloisonnés », poursuit Sophie Vincent de l’Imsee. Dans le focus “gouvernance d’entreprise” édité en juin 2018 par son organisme, avec des données arrêtées au 31 décembre 2017, les portraits des dirigeants diffèrent nettement d’un secteur d’activité à un autre en principauté.

Plus d’étudiantes que d’étudiants

Les activités financières et d’assurance et le transport et entreposage apparaissent comme les secteurs d’activité les moins féminisés (15,9 %), suivis par le transport/entreposage (17,4 %) l’information et communication (19,7 %) et la construction (19,9 %). « Tous ces grands secteurs d’activités comptent plus de 80 % d’hommes parmi les gouvernants d’entreprises », confirme l’institut statistique monégasque. C’est dans l’administration, l’enseignement, la santé et l’action sociale — « plus petit secteur en termes d’effectif » — que les femmes sont les plus représentées dans les organes de décision (4 sur 10). Au final, aucun secteur d’activité n’atteint la parité en termes de gouvernance d’entreprise à Monaco. Pourtant, toujours selon les chiffres de l’Imsee, les femmes sont aussi celles qui sont les plus représentés parmi la population étudiante de Monaco. « En 2017, dans les établissements d’enseignement supérieur de la principauté, près de 6 étudiants sur 10 sont des étudiantes. Cette proportion est plus élevée à l’École supérieure d’arts plastiques ainsi qu’à l’institut de formation en soins infirmiers où les femmes représentent plus de 80 % des effectifs », commente l’Imsee.

40 % de femmes salariées

Sur les 49 693 salariés répertoriés dans le secteur privé monégasque, 19 940 sont des femmes, soit 40,1 %. 0,2 % exercent dans le secteur primaire qui rassemble l’ensemble des activités qui produisent des matières premières non transformées. 6,5 % travaillent dans le secteur secondaire qui regroupe les activités liées à la transformation des matières premières issues du secteur primaire (industrie manufacturière et construction). Enfin, l’immense majorité des femmes employées dans le privé à Monaco (93,4 %) exercent dans le secteur tertiaire, celui des services. Mais outre cette représentation plus flagrante dans le secteur de l’emploi, des questions se posent sérieusement sur les inégalités salariales entre hommes et femmes. Le gouvernement souhaite mieux établir la réalité en principauté. Pour cela, il vient juste de mandater l’Imsee pour qu’il recueille des données précises auprès des entreprises monégasques. Et ainsi mieux aborder la problématique et y répondre.

Une mairie au féminin

C’est peut-être l’une des seules administrations monégasques où la question de la féminisation ne se pose pas. La parité a toujours été de mise. « La mairie a toujours été un peu à part, confirme Hélène Zaccabri, secrétaire générale depuis 2013. Deux femmes avant moi ont exercé ces mêmes fonctions. » Entrée comme secrétaire d’administration en 1999, celle-ci a franchi toutes les étapes avant d’occuper le poste hiérarchiquement le plus haut. Comme un chef d’orchestre, aujourd’hui, Hélène Zaccabri chapeaute l’ensemble des services de mairie, ainsi que la direction du personnel, soit 750 personnes. Elle fait aussi le lien entre les élus et les services. La commune compte deux femmes chargées de mission sur quatre postes au total. D’autre part, sur 19 services, 10 cheffes de service et 9 cheffes de service adjoints sont des femmes. Six femmes sont actuellement élues au sein du conseil communal. « C’est la compétence qui fait la valeur de la personne. Qu’importe qu’elle soit une femme ou un homme. Mais je pense que le mélange fait avancer sur tous les sujets. Il est important de conserver une parité », réagit la secrétaire générale.

journalistAnne-Sophie Fontanet