« Le Magic est un catalyseur
de toute notre activité »

Raphaël Brun
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Comics, mangas, jeux vidéo… Comme chaque année depuis 2015, le Monaco Anime Game International Conferences est de retour. Alors que la cinquiéme édition aura lieu le 9 mars, l’organisateur de ce salon, le patron de Shibuya Productions, Cédric Biscay, s’est confié à Monaco Hebdo.

« Au départ, en 2015, même si cet événement était plus modeste, nous n’étions que deux pour l’organiser. Aujourd’hui, on est cinq à travailler sur le Magic. Mais même s’il y a beaucoup de travail, comme on a été habitué à la dure, ça va. » Cédric Biscay, le patron de Shibuya Productions, une entreprise basée à Monaco qui organise le Monaco Anime Game International Conferences (Magic) est satisfait du chemin parcouru. En quatre ans, son salon s’est fait un nom et son entreprise grandit peu à peu. Aujourd’hui, Shibuya Productions emploie 7 salariés, 5 à Monaco et 2 au Japon. D’ailleurs, en octobre 2018, un Magic a été organisé à Kyoto à la demande du maire de cette ville et du gouverneur. Une nouvelle édition est prévue pour 2019. Quant au Magic à Monaco, la formule ne change pas. L’entrée est toujours gratuite, mais limitée à 3 000 personnes, avec des pré-inscriptions à faire sur le site internet de Shibuya Productions. Pas question d’aller au-delà. « On ne veut pas être une foire, mais un événement basé sur le partage. On souhaite que quelqu’un qui désire une dédicace avec un auteur puisse repartir avec », explique Cédric Biscay. Comme tout est gratuit, ce sont les sponsors qui financent cet événement. « L’objectif n’a jamais été de gagner de l’argent, reprend le patron de Shibuya Productions. Le seul objectif, c’est que le Magic ne coûte pas d’argent. »

« Rarissime »

Cette année, la grande star de ce salon, c’est le créateur d’Albator, ou d’Harlock en version originale, le Japonais Leiji Matsumoto. Il sera présent le 9 mars, à Monaco. « C’est rarissime, souligne Cédric Biscay. Il a également accepté de faire l’affiche de notre salon. » Leiji Matsumoto fera une conférence avec le spationaute Jean-François Clervoy. « Mélanger Albator et l’espace, ça promet beaucoup ! », s’enthousiasme Biscay. Autre invité de marque : Kazuki Takahashi, l’auteur de Yu-Gi-Oh !. « Il faut savoir que les auteurs japonais sortent peu de leur pays. Et Kazuki Takahashi ne fait pas exception à cette règle », ajoute Biscay. L’acteur franco-américain Christophe Lambert sera aussi présent. Un choix plus étonnant ? Pas tant que ça, si l’on en croit le patron de Shibuya Productions : « Christophe Lambert est très connu dans l’univers “geek”. Car hormis Highlander (1986), il a fait une apparition remarquée dans Mortal Kombat (1995), qui est adapté du jeu vidéo du même nom. » L’auteur des storyboards de la série à succès de HBO, Game of Thrones, proposera une séance de dessins en direct le matin et le soir. Une exposition consacrée à son travail sur Game of Thrones sera aussi proposée.

Piratage

Ce Magic 2019 est aussi le dernier avant la sortie du jeu vidéo sur PC et Playstation 4 de Shenmue III, co-produit par Shibuya Productions. Du coup, l’auteur de Shenmue, Yu Suzuki, sera de retour. « En exclusivité mondiale, on aura le premier trailer de ce jeu. Les gens pourront voir le jeu tourner. Ils verront enfin ce qu’il se passe réellement dans ce jeu. Toute la presse internationale va regarder ça de près. Pour le Magic, c’est un super coup », se félicite Cédric Biscay. La sortie de Shenmue III est prévue pour le 27 août 2019. Annoncé en mai 2015, ce jeu vidéo aura donc nécessité quatre ans de travail. Le budget ? « On n’en parle pas. Je peux juste indiquer que les budgets pour un jeu vidéo ont rejoint depuis quelques temps déjà ceux mis en place pour tourner un film. Ce qui est assez logique, dans la mesure où les revenus du jeu vidéo ont dépassé ceux du cinéma. Il faut savoir que, à mon grand regret, le budget de développement ne représente plus que la moitié du budget total. Car, comme au cinéma, le budget marketing représente une somme astronomique », répond Biscay. Mais, si les budgets de développement des jeux vidéo explosent, le piratage aussi. Il faut dire qu’à des prix étalés entre 45 et 70 euros en moyenne pour un jeu vidéo, les pirates ont de beaux jours devant eux. Pour faire face, il faut donc être imaginatif. « On a une chance avec Shenmue, c’est que les fans de ce jeu ont vraiment envie de posséder physiquement le jeu. Donc le piratage ne devrait concerner que les gens qui, de toute façon, n’auraient pas acheté ce jeu. Mais malheureusement, le piratage touche le jeu vidéo, comme les dessins animés que l’on produit. Et il n’y a pas de solution pour éradiquer le piratage à 100 % », soupire le patron de Shibuya Productions. Pour éviter de mettre en péril l’activité de son entreprise, Cédric Biscay a imaginé un véritable écosystème autour de ses productions. De grands artistes travaillent sur le packaging des produits, pour les valoriser au maximum et tenter ainsi d’attirer les fans et les collectionneurs d’objets.

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Cosplay

C’est devenu une habitude du côté du Magic, mais c’est une habitude qui a pris de l’ampleur, pour devenir une référence. Le concours de cosplay, un loisir qui consiste à incarner un personnage de fiction, s’est imposé en quatre éditions comme le plus grand concours du monde, avec cette année 16 participants, venus de 15 pays différents. Ce moment de pop culture venu du Japon, lancé en 2016 et désormais appelé le Magic International Cosplay Masters (MICM), est devenu une référence. « On a signé un partenariat avec le World Cosplay Summit (WCS), qui est une convention annuelle de cosplay qui se déroule à Nagoya, au Japon, explique Cédric Biscay. Du coup, les deux gagnants du WCS sont invités au concours de cosplay du Magic. C’est une véritable reconnaissance pour nous. » Dans le jury, des spécialistes du monde du cosplay bien sûr, avec notamment le vainqueur de l’édition précédente, mais aussi une personnalité extérieure. Après Orelsan et Mai Lan, les Marseillais d’IAM feront partie de ce jury. « Même s’il s’agit de pop culture, on souhaite que le cosplay soit considéré comme un art. Il faut savoir que pour concevoir un costume, les participants peuvent parfois y passer 1 000 heures », lance Cédric Biscay. Au vu de la notoriété, mais aussi parfois de la rareté, des intervenants de ce salon, on demande au patron de Shibuya Productions comment il s’y prend pour les convaincre. « Tout se joue sur la confiance, explique Cédric Biscay. J’ai quasiment 20 ans d’expérience professionnelle avec le Japon. J’ai 39 ans et c’est le fruit de ce relationnel qui me permet d’arriver à faire venir à Monaco ces grands noms. » Pour attirer IAM, un heureux concours de circonstance a joué en faveur de l’organisateur du Magic. En effet, Shibuya Productions a co-produit le documentaire Sad Hill Unearthed, diffusé sur Netflix et consacré au cimetière espagnol de Sad Hill. « C’est le cimetière que l’on retrouve à la fin du film de Sergio Leone, Le Bon, La Brute et Le Truand (1966). Or, IAM est fan de Sad Hill. Ils ont d’ailleurs fait une chanson autour de ce lieu. Cela a joué en notre faveur lorsqu’on leur a demandé s’ils accepteraient de participer au Magic 2019 », explique Cédric Biscay. Est-ce que IAM chantera le 9 mars ? « Ce n’est pas prévu. Mais on ne sait jamais ce qu’il peut se passer avec IAM… »

Manga

Autre nouveauté pour cette 5ème édition : Shibuya Productions se lance dans la publication de mangas, avec le rappeur Tiers Monde qui publie Nako et Seldon, un jeune auteur qui sort le tome I de La voie de Van Gogh. Ces deux auteurs ont été les coups de cœur du jury du concours de création de manga du Magic. « Le Magic est un catalyseur de toute notre activité. Les deux premiers titres que l’on sort en manga sont des titres qui sont apparus au concours de création de manga du Magic. Mais il n’était pas prévu qu’on les édite. L’idée est venue après », raconte Biscay. Ces deux mangas seront disponibles dans le commerce dès le 14 mars 2019. D’autres sorties sont d’ores et déjà prévues, notamment un Astroboy. L’écosystème Magic fonctionne donc à plein, avec des artistes qui collaborent, et les nouveautés de Shibuya Productions qui sont ensuite montrées en exclusivité pendant ce salon. « Comme souvent, tout est parti d’une rencontre, reprend Cédric Biscay. J’ai rencontré Michel Lafon qui sait le réseau que j’ai auprès des artistes. Pour éviter le secteur de l’adaptation de mangas qui est devenu trop concurrentiel, on se positionne sur le marché de la création. On fait appel à des auteurs japonais ou européens pour créer de nouvelles histoires. Par exemple, on utilise les droits de la licence Astroboy en faisant travailler des auteurs sur de nouveaux designs et de nouvelles histoires. C’est dire la confiance qui est placée en nous. On arrive donc avec des armes qui doivent nous permettre d’exister sur ce marché. » Et ce n’est pas fini. En septembre 2019, un manga dont le scénario a été écrit par le patron de Shibuya Productions, sortira. Cédric Biscay refuse d’en dire davantage, pour l’instant. Mais on devrait en savoir plus dans les semaines qui viennent.

 

Monaco, vu du Japon

Vu du Japon, comment est envisagée la principauté ? « C’est un peu du 50-50 », répond Cédric Biscay. Au Japon, soit les Japonais connaissent Monaco et son glamour, soit ils n’en ont jamais entendu parler, explique le patron de Shibuya Productions : « La principauté est pour eux une destination de vacances, plutôt qu’une destination professionnelle. Les Japonais connaissent surtout le prince Albert, mais aussi le casino de Monte-Carlo et le Grand Prix de F1. Ou alors ils confondent Monaco avec Morocco, le Maroc en anglais. A nous de leur faire comprendre que la principauté est aussi une terre de business, grâce à l’exemple de notre boîte de production. »

 

journalistRaphaël Brun