Administration
Le gouvernement mise
sur la e-formation

Pascallel Piacka
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Monaco poursuit le déploiement de sa stratégie numérique. Le 28 février a eu lieu l’inauguration du Learning Lab, un campus destiné à la formation des salariés de l’administration monégasque. Visite guidée.

Au n° 9 de l’avenue Albert II, les agents de la fonction publique auront désormais rendez-vous dans des locaux flambant neufs. Pour les accueillir, le Monaco Digital Campus offrira 250 mètres carrés dédiés au développement et à l’approfondissement des connaissances. Au total, 700 000 euros d’investissement ont été consentis par l’Etat monégasque. La durée des travaux s’est échelonnée sur moins de six mois. Un investissement que le ministre d’Etat, Serge Telle, a justifié ainsi : « Nous ne pourrons pas avancer quels que soient les moyens que nous mettrons dans le digital sans avoir des agents qui soient eux-mêmes investis dans cette capacité d’innovation nécessaire pour répondre aux défis de demain. » Basé dans les locaux de l’entreprise Monaco Informatique Service (MIS), ce nouveau lieu, baptisé le Campus, a supposé quelques ajustements. Ainsi, MIS a opéré un changement de dénomination pour devenir Monaco Digital, dont l’État monégasque a pris 15 % du capital. « La naissance conjointe de Monaco Digital et du Campus reflète la volonté de mettre l’humain au centre de la nouvelle économie du numérique », a lancé Anthony Boira, PDG de Monaco Digital. Ce Learning Lab abritera des salles de formation, des espaces de “coworking”, un “showroom” numérique et un studio de création de contenus pédagogiques. Il pourra accueillir des groupes de 2 à 80 personnes. Objectif : réaliser 450 sessions de formation, avec 4 000 personnes attendues dans les six prochains mois.

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Administration 2.0

Dans le cadre des transitions numériques et écologiques, l’administration se devait de suivre le mouvement. « Le Learning Lab s’intègre pleinement dans la stratégie de l’e-administration. Ce sont environ 1 000 supports informatiques de formation qui sont mis à la disposition des agents publics », a détaillé Serge Telle. « Le Campus va permettre de travailler autrement, en favorisant l’apprentissage pour tous », a ajouté Stéphan Bruno, directeur des ressources humaines et de la formation de la fonction publique. « Ce que nous mettons en place, c’est une pièce maîtresse de la palette d’outils digitaux dont disposent désormais tous les collaborateurs de notre administration 2.0. », a souligné Frédéric Genta, délégué interministériel pour la transition numérique. Comme pour le futur cloud de santé (lire notre dossier publié dans Monaco Hebdo n° 1096), le gouvernement doit tenter de sécuriser au mieux son Campus face aux risques de cyber attaques. « La plate-forme dédiée et sécurisée proposera des modules éducatifs. Ils seront des aides essentielles au développement du personnel public », a indiqué le délégué interministériel pour la transition numérique. Face au cyber-crime, le développement de l’e-administration passe aussi par une formation accrue du personnel administratif. « Nous devons apprendre à apprendre. Le numérique doit être une aide à l’amélioration de la qualité au travail », a jugé Serge Telle.

E-administration

L’administration électronique, e-administration ou e-gouvernement a pour objectif de rendre les services publics plus accessibles aux Monégasques et aux résidents. Mais aussi à améliorer le fonctionnement interne de l’administration, en l’adaptant aux télé-procédures, c’est-à-dire aux procédures administratives effectuées à distance. D’où un gain de temps, de déplacement et de productivité. L’e-administration doit aussi rendre possible l’interopérabilité entre les systèmes publics d’informations. En clair, il s’agit de rendre compatible les équipements, les procédures et les organisations. « Nous devons avoir pour objectif l’e-administration inclusive la plus aboutie possible d’ici la fin de l’année 2019 », a lancé le délégué interministériel pour la transition numérique. Néanmoins, l’e-administration inclusive reste une ambition loin d’être atteinte. À l’heure où les administrations publiques dématérialisent l’ensemble de leurs démarches, nombreux sont les administrés encore exclues des usages du numérique. En 2018, les Nations Unies ont rendu leur rapport sur l’administration en ligne, réalisé auprès de 193 pays, dont Monaco. L’indice de développement du gouvernement électronique monégasque est de 0,8050, ce qui permet à la principauté de se classer au 28ème rang mondial, contre une place de 31ème en 2016. Le Danemark est premier, avec 0,9150. La France se classe 9ème avec 0,8790. L’indice monégasque de participation électronique est de 0,5618. Du coup, la principauté se place au 105ème rang (classement en 2016 : 127ème). Par ailleurs, les 10 % de Monégasques résidant à l’étranger ne pourront pas utiliser le vote électronique, notamment, lors des prochaines élections municipales du 17 mars 2019, car ce moyen de vote n’existe pas en principauté. À noter que, selon les études de l’ONU, l’index de services en ligne est de 0,6250 pour Monaco, contre 0,9792 pour la France. En revanche, la principauté est leader des télécommunications de la sous-région sud européenne, avec un indice d’infrastructure de 1. Un groupe d’experts internationaux se réunira les 1er et 2 avril prochain à New York à l’ONU pour échanger au sujet de la future enquête sur l’e-gouvernement 2020.

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E-learning

La formation en ligne, l’e-formation ou e-learning représente l’ensemble des solutions et moyens permettant l’apprentissage par des moyens électroniques. Elle inclut donc des sites web éducatifs, la télé-formation, l’enseignement télématique et, parfois, l’e-training. Elle participe au « cyber-marché de la formation ». Elle est un outil essentiel dans l’e-administration, avec quatre priorités : améliorer les infrastructures, la formation, les contenus et les services administratifs. « Le Learning Lab doit devenir un lieu de vie numérique et faire des cadres administratifs des relais de la transition numérique, a noté le ministre d’État. Mettre l’humain au centre du processus d’apprentissage est nécessaire. Cet espace devra être un lieu de rencontre et de partage. » Il y a au total 950 modules de formation accessibles aux agents publics monégasques en français et en anglais, mais pas en italien. Dès la mi-mars, une première tranche de 1 500 fonctionnaires pourront suivre ces formations en ligne. Pour rappel au 31 décembre 2017, 4 610 personnes occupaient un poste dans la fonction publique, soit 8,5 % de la population salariée en principauté. D’ici fin 2019, la totalité des fonctionnaires et des agents de l’État devrait bénéficier de formations ou d’ateliers collaboratifs au Campus. Pour assurer son fonctionnement, Monaco Digital a noué un partenariat avec l’entreprise Coorpacademy. Cette start-up a été créée en 2013 par Frédérick Benichou, fondateur de TeamInside et de Planète Interactive, Arnauld Mitre, un ancien cadre dirigeant chez Google et Jean-Marc Tassetto, qui est l’ancien directeur général de Google France. Coorpacademy est spécialisée dans les formations destinées aux grandes entreprises et les modules éducatifs. Elle tire son savoir-faire en ingénierie pédagogique de son partenariat avec l’école Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL). La communauté Coorpacademy rassemble, à ce jour, plus de 200 000 inscrits payants en Europe.

« Changement »

Mais, au-delà des questions purement matérielles et techniques, il faudra aussi prendre en compte la dimension humaine de la formation. Et vaincre, si nécessaire, les résistances passives face au numérique. « La transition numérique nécessite une transformation profonde en termes d’organisation du travail et de pratiques managériales », a souligné Stéphan Bruno. Pour l’instant, aucune obligation : les fonctionnaires ou agents de l’Etat iront se former s’ils le souhaitent. « Les modules de formation seront ouverts et accessibles à tous les agents. La valeur ajoutée est la flexibilité de la plate-forme éducative », a commenté le délégué interministériel pour la transition numérique. « Il est nécessaire de mener une conduite du changement auprès des agents. Ils peuvent eux aussi, dans une certaine mesure, être perturbés par les évolutions des services publics en ligne », a mis en avant le ministre d’Etat. Il faudra donc considérer les capacités numériques des usagers, car les salariés les plus âgés notamment, pourraient se sentir démunis face à des interfaces administratives jugées complexes. Dans la pratique, les cours peuvent être commencés, interrompus, puis repris. Ils sont conçus pour une durée de 20 minutes en moyenne, ce qui représente le temps qu’une personne active est prête à consacrer quotidiennement pour se former. Ceci permet au personnel administratif d’apprendre à son propre rythme, selon ses objectifs. Selon les dirigeants de Monaco Digital, le retour d’expérience permettra des actualisations mensuelles du catalogue. « Nous espérons le déploiement d’une application de formation sur GSM, éventuellement pour la fin mars », a avancé Anthony Boira, le PDG de Monaco Digital. « Quels que soient les moyens mis dans le digital, nous ne pourrons pas avancer sans avoir des agents investis dans cette capacité d’innovation nécessaire pour répondre aux défis de demain », a conclu le ministre d’État.

 

Learning Lab : le premier à Stanford, en 1997

Le Campus est donc un Learning Lab. Les Learning Labs sont des lieux d’expérimentation en innovation pédagogique. Ces espaces sont dédiés aux nouvelles formes d’apprentissage, utilisant les possibilités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Leur développement s’inscrit dans le mouvement des MOOC, c’est-à-dire des formations en ligne ouvertes à tous, mais aussi de l’intelligence collective et du web 2.0. Le premier laboratoire de ce type a été celui de l’université de Stanford, en 1997. En France, l’École centrale de Lyon, l’EM Lyon Business School et l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, ont mis en commun leur équipement et savoir-faire pour mettre sur pied un réseau de Learning Lab. P.P.

 

journalistPascallel Piacka